Coline serreau : une femme qui veut soigner la terre

Publié le 21 octobre 2009 - Mis à jour le 15 novembre 2012

A l’occasion de la sortie de son dvd « La belle Verte », Colline Serreau a bien voulu se prêter au jeu de l’interview.  Son film-documentaire sur les solutions écologiques agricoles sortira en salle en mars 2010. Mais avant cet évènement très attendu, Colline Serreau répond aux questions de FemininBio.com sur les femmes et l’écologie.

Coline serreau : une femme qui veut soigner la terre

Pourquoi les femmes ne sont-elles pas plus présentes sur le terrain médiatique en écologie, que ce soit en politique, dans le domaine culturel... ?

L’écologie c’est leur valeur, leur terrain. « Bio » en grec c’est la vie. Mais on est dans une société patriarcale où tout est à l’envers. Les portes parole de l’écologie devraient être les femmes car elles sont naturellement « écologiste ». Elles produisent le vivant dans leur corps sans aucune intervention chimique, c’est déjà un geste écologique. Mais cela est en train de changer, car je reviens d’un grand rassemblement écologique où toutes les interventions étaient menées par des femmes. C’est elles qui portent cette vision écologiste. Il va falloir prendre le pouvoir là-dessus assez vite.

Quelle est ou quelles sont vos héroïnes Bio préférée ?

Il y a surtout les grandes fondatrices, comme Catherine Kouzmine et Marguerite Soubeyran. Cette dernière était la fondatrice de l’École de Beauvallon où j’ai été élevé et était une résistante très connue, pédagogue extraordinaire qui a dans les années 30 pratiqué l’homéopathie, le jeun… Une éducation qui était déjà  dans une démarche écologiste.

Les écologistes ne font parfois pas le lien entre l’écologie de la planète et l’écologie du corps ? Commençons par s’occuper de nous-mêmes avant de nous préoccuper du reste, ce serait ça le message ?

La bonne alimentation c’est le degré ultime et le début de la démocratie. Amener dans chaque assiette et pour tout le monde un aliment qui fasse vivre et ne pas mourir. C’est simple. Hippocrate a dit: « que ton aliment soit ton seul médicament et inversement ».  Aujourd’hui ton aliment est ton seul poison !

Beaucoup de gens disent qu’il faut une agriculture biologique intensive car on ne peut pas nourrir toute la planète.  Qu’en dîtes-vous ?

C’est aberrant de dire ça. On en est actuellement à 2 milliards de gens qui ne mangent pas sur notre planète. Alors qu’il y a 100 ans tout le monde mangeait.  Il n’y avait pas un seul mendiant en Inde, rendez-vous compte.
L’agriculture intensive, la révolution verte a prouvé qu’elle ne pouvait pas nourrir tout le monde. On ne nourri pas le monde en ce moment. L’agriculture biologique est une agriculture qui, si elle est locale et distribuée démocratiquement, est la seule agriculture qui puisse nourrir le monde. C’est donc tout à fait l’inverse car elle est productive. Il ne faut pas oublier de mélanger la forêt, l’animal et le champ pour faire une véritable agriculture biologique et qu’elle soit local. Là on nourrira tout le monde.

Tous les paysans de tous les pays du monde ont survécu  jusqu’à maintenant grâce à l’agriculture biologique et à la sélection des semences qui était faite par les femmes. Ce sont les femmes qui ont été les innovatrices techniques en matière d’agriculture. C’est à elle que l’on confiait le soin de la sélection et de l’amélioration des semences. Mais tout ça a été ignoré au profit des ingénieurs qui ne savent même pas que la chaire de microbiologie des sols a été supprimée il y a 20 ans ! Il n’y a plus personne qui sait que cela existe.

La première chose à faire c’est viser l’autonomie alimentaire et boycotter. Il y a un très beau slogan qui dit : « devenez riche n’achetez plus ! ».

Au niveau alimentaire, quel est selon vous le plus grand poison ou les plus grands poisons ? Pour une personne qui ne consomme pas bio, par quoi devrait-elle commencer selon vous ?

Je pense qu’il ne faut pas dire aux gens d’arrêter. On est drogué par beaucoup de choses, le sucre par exemple ! Il faut voir les choses de façon positive en proposant de rajouter certaines choses. Il ne faut pas priver les gens, il faut les rendre amoureux d’autres aliments. Il faut commencer par changer de petites choses dans ses habitudes alimentaires sans culpabiliser les gens : les vitamines, les fruits, les céréales, l’huile. Boire 1 jus de citron bio, consommer un peu d’huile de noisette, un bol de riz complet, une pomme de variété ancienne bio et c’est déjà bien pour lutter contre le cancer par exemple. C’est aussi commencer par mâcher du riz complet  40 fois par bouchée, juste pour essayer. On se sent déjà tellement mieux.  Mais surtout il faut continuer à manger les mêmes choses. Pas des choses en moins mais des choses en plus ! On ne peut demander à des gens de modifier complètement leur alimentation. Aujourd’hui on n’a pas le temps de manger bien. On ne peut pas dire aux gens tout d’un coup vous mangez mal !

Quels conseils donneriez-vous aux femmes de votre génération qui veulent bien vieillir ?

Je n’ai aucun conseils à donner vous savez ! Je suis moi même pas comme il faut, et je fais les mêmes bêtises que les autres (rire). Il y a qu’une seule chose que je crois avoir vu, c’est que la fin de la vie c’est vraiment bien ! Il y a un dicton qui dit « il faut que jeunesse se fasse ». C’est vrai que ce n’est pas facile la jeunesse. Il y a les enfants à élever, il faut faire sa place professionnellement… Ce ne sont pas des moments faciles. Et lorsqu’on arrive à mon âge, où l’on a l’impression qu’on a fait ce qu’on devait, alors on est libre. Pour moi c’est la plus belle période. La fin de vie c’est quelque chose à laquelle je me prépare et que j’attends. J’essaie de me dire que chaque moment est bon et que l’avenir sera de mieux en mieux. En tout cas je l’espère.

Concernant l’actualité du film la belle verte qui est sorti en dvd, pourquoi selon vous ce film a été ignoré en 1996 à l’époque de sa sortie ?

Car il était en avance. Ça se réveille maintenant beaucoup plus. C’est bien. Ce qui est beau avec un film, c’est qu’il peut revivre. Il a été massacré à sa sortie et maintenant c’est presque le film dont on parle le plus et même davantage que « trois hommes et un couffin ». Je suis très heureuse parce que cela veut dire que les idées passent.

D’où vient votre engagement personnel ?

Bernard de Chartres disait que nous sommes « des nains assis sur les épaules des géants ». C’est grâce à Marguerite Soubeyran qui m’a élevé dans ces idées là, à mon environnement familial qui était dans cette mouvance écologique, qui pratiquait le jeun par exemple. Ma famille était également composée de grands résistants. Tout ceci à fait naître mes convictions politiques. Je n’ai vraiment aucun mérite. J’ai bu ça avec le lait maternel.

Que pensez-vous du système éducatif en France ?

L’éducation est très bloquée en France, mais il y a malgré tout des efforts fait du côté des maternelles, il ne faut pas jeter la pierre au système entier. J’ai été éduqué avec l’idée que tout le monde est doué pour quelque chose. Il faut ouvrir la bonne porte chez quelqu’un et trouver ce pour quoi il est doué et non pas ce pour quoi il va faillir. C’est peut-être dans ce sens là que l’éducation  n’a pas encore compris ce qu’est un groupe humain.

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Anne Ghesquière
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