Doit-on acheter français ?

Publié le 31 janvier 2012 - Mis à jour le 15 novembre 2012

Le « Made in France » a le vent en poupe. Certains candidats aux élections présidentielles en font même un thème central dans leur campagne. Mais ça veut dire quoi, acheter français ? Peut-on avoir confiance dans les garanties indiquées sur les produits que nous consommons ?

Doit-on acheter français ?

Dans le droit chemin de la tendance « locavore » née aux Etats-Unis il y a un peu plus de dix ans, le retour à l’achat de produits « bien de chez nous » révèle une solide tendance de fond : le besoin de revenir à des valeurs sûres, à de l’authentique et du vrai.

En 2009 déjà, près d’un français sur quatre marquait sa préférence d’achat pour des produits fabriqués en France. L’origine des produits consommés serait même un critère de choix déterminant pour plus d’un français sur deux , c’est dire ! D’autant que 64% des consommateurs se disent prêts à payer plus cher pour des biens fabriqués en France, ainsi que le révélait le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc) en mai 2011.

Comment expliquer un tel engouement ? Avant tout par la qualité des produits : les produits du terroirs sont perçus comme un gage de qualité, dont nous avons bien besoin depuis la multiplication de scandales comme celui de la vache folle. Consommer français, c’est aussi une façon de « réinventer la convivialité perdue des métropoles, dans une proximité à la fois rassurante et gage d’une identité », ainsi que me l’expliquait il y a quelques temps le sociologue Erwan Lecoeur : en consommant ainsi, nous sommes « de quelque part », à défaut d’être « quelqu’un ». Consommer des produits locaux permet de s’affranchir des distances spatiale, temporelle et psychologique contenues dans les autres produits. Cerise sur le gâteau, cela permet de se rassurer face à la crainte du chômage : comme 73% des français estiment que l’industrie française est en déclin , nombreux sont ceux qui préfèrent « consommer solidaire » et boycotter ce qui vient de l’étranger. Enfin, la préoccupation sociale et environnementale entre aussi en ligne de compte : nous serions de plus en plus nombreux à estimer que nos comportements d’achats peuvent influencer l’éthique des entreprises.

Du côté des marques et des distributeurs, la demande est entendue, entre la marque « Reflet de France » développée par le groupe Carrefour depuis 1996, le développement de l’étiquetage environnemental effectué par le Groupe Casino depuis 2006, le lancement fin 2010 par le groupe Léa Nature (marque Jardin BIO’) du logo "producteurs régionaux" garantissant une provenance française pour 70% des ingrédients du produit, etc. Le succès de sites comme La Fabrique Hexagonale ou Madine France témoignent aussi du créneau porteur de l’achat français.

Mais attention cependant, il est facile de croire que la proximité fournit des garanties plus fortes. Mais ce n’est pas toujours le cas : posez des questions et regardez bien les étiquettes pour vous assurer du degré franchouillard de votre achat, l’origine française n’étant pas toujours garantie à 100% dans le produit ! Dans un contexte économique difficile, gare aussi à la tentation protectionniste : la demande de garantie sur l’origine et la qualité de produits ne doit pas être déclinée sur un mode trop « nationaliste » ! Tout est question de bon sens, évidemment…

Anne-Sophie Novel est auteur du Guide des locavores, aux éditions Eyrolles. Retrouvez Anne-Sophie sur ecoloinfo.com

Anne-Sophie Novel
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