Femmes japonaises, femmes françaises : au fond, c’est le même combat

Publié le 10 septembre 2010 - Mis à jour le 17 mars 2011

Comme dans beaucoup de pays développés, le Japon fait face actuellement à un vieillissement de sa population et la main d’œuvre intellectuelle et manuelle commence à y faire défaut. Comme historiquement, le recours à l’immigration est mal accepté, la solution ne pourra venir que des femmes japonaises. En effet, celles-ci ne sont encore que 40% à peine à faire partie de la population active. Au pays du soleil levant, elles n’ont jamais réellement été intégrées à une théorie globale du travail. Face à la pénurie croissante, les pouvoirs publics ont donc récemment demandé à toutes les entreprises d’intégrer plus les femmes dans leurs effectifs.

A la poste japonaise (Japan Post Service) que j’ai récemment visitée, le pourcentage des femmes n’y représente qu’environ 10% et même, moins de 5% à la distribution du courrier. Confronté au même problème que les autres entreprises japonaises, Japan Post Service a d’abord réfléchi pour améliorer les conditions de travail en développant par exemple l’utilisation de moyens de transports électriques (voiture, tricycle, vélo, et.) pour alléger l’impact physique sur les factrices du poids de leurs sacoches de lettres. Néanmoins, comme tous les autres, et quelles que soient ses bonnes intentions, Japan Post Service, à un moment, ne peut que se heurter à une réalité bloquante : la société japonaise n’est pas organisée pour que les femmes puissent travailler en entreprise. Par exemple, les crèches n’existent pratiquement pas ainsi que les écoles maternelles. Alors, que faire des enfants ?
Pour en sortir, la société japonaise doit tout repenser et  prendre les mesures concrètes qui favoriseront l’entrée des femmes sur le marché du travail comme créer des structures d’accueil pour les enfants en bas âge. La décision des pouvoirs publics qui viennent d’autoriser le papa japonais à prendre des congés paternité de six mois s’il le faut et à ne pas travailler plus de six heures par jour quand il a un enfant de moins de 3 ans, va aussi dans le bon sens.

Du concret !
En France, on ne subit pas le vieillissement de la population de la même façon qu’au Japon puisqu’il y a malheureusement du chômage, mais, heureusement, aussi des crèches et des maternelles. Mais, pour les femmes qui travaillent, se pose une autre question de fond, celle de leur égalité avec les hommes. Là-aussi, tout le monde semble pour, a priori. Mais, ceux qui tiennent les manettes se gardent bien, pour y arriver, de prendre les mesures d’organisation suffisantes et, au rythme actuel, dans 50 ans, on y sera encore…

Il faut donc que les entreprises françaises sachent prendre des mesures concrètes pour que les femmes puissent un jour avoir les mêmes responsabilités et les mêmes salaires que les hommes. Ce ne sont pas toujours des choses très compliquées. Tiens, au hasard, arrêter de mettre des réunions de travail le soir après 18 heures ou tenir des séminaires à Trifouilly-les-Oies. Ca, c’est du concret qui commence à entamer l’autocensure des femmes qui, trop souvent, renoncent à se porter candidate à un poste supérieur au regard de ses conséquences sur leur vie familiale.
Femmes japonaises, femmes françaises, leur combat n’est finalement pas si éloigné que cela. Pour que leur cause avance, il leur faut beaucoup moins de déclarations d’intention et beaucoup plus de mesures concrètes.

Patrick Widloecher est actuellement conseiller du Président du groupe La Poste sur les aspects Développement Responsable et Déontologie. Retrouvez son dernier livre, Le guide du développement durable aux Editions Eyrolles et Comment se déplacer sans polluer chez Spécifique Editions.

Patrick Widloecher
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