Le congé solidaire, une expérience de bénévolat pour les salariés

Publié le 12 mai 2011 - Mis à jour le 11 septembre 2015

Responsable des partenariats et crédits à la Direction des particuliers, Catherine Becquaert était arrivée depuis peu au Crédit Coopératif lorsqu’elle a entendu parler des "congés solidaires". Un an plus tard, elle partait deux semaines dans une école au Sénégal, travailler auprès d’élèves de CE1-CE2. Une expérience riche de rencontres, qu’elle nous fait partager.

Le congé solidaire, une expérience de bénévolat pour les salariés
Le congé solidaire, une expérience de bénévolat pour les salariés

Comment avez-vous entendu parler des congés solidaires ?
Une salariée du Crédit Coopératif avait profité de ce système en 2002, mais sans que cela soit vraiment repris par les autres salariés. Quelques mois après, une réunion a été organisée pour nous présenter le concept, mais je n’y avais pas vraiment prêté attention. C’est en parlant avec un collègue que j’ai réagi. Je me suis renseignée, et en décembre 2003, je suis partie avec une collègue à Thiès, au Sénégal, en mission d’appui à la lecture d’élèves de CE1-CE2.

Vous êtes donc parties à deux. C’était important pour vous ?
En fait, dans mon esprit, je partais seule. Mais comme je travaille en équipe, j’ai voulu prévenir assez tôt mes collègues proches de ma décision. Cette collègue est venue me voir après que j’aie parlé à l’équipe pour me dire qu’elle aussi aurait aimé partir en congé solidaire. Partir à deux s’est révélé très positif : ce n’était pas de trop pour s’assurer quotidiennement que les enfants suivaient les activités, surtout que les classes comptaient jusqu’à 90 enfants !

Justement, qu’avez-vous fait sur place ?
Nous sommes parties en mission de soutien scolaire auprès d’élèves de cours élémentaire dans une école qu’un quartier pauvre de la ville. La mission principale était le soutient à la lecture, mais nous avions prévu différentes activités en fonction de l’attention des enfants. Certains faisaient plus d’une heure de marche tous les matins pour venir en cours. En fin de semaine, il n’était pas rare qu’ils s’endorment. Et d’autres arrivaient le ventre vide. Il fallait s’adapter à ces imprévus. Avec les CE2, nous avons également monté un spectacle que nous avons présenté aux parents le dernier jour avant les vacances de Noël.

Vous travaillez depuis vingt ans dans le secteur bancaire. Comment vous êtes-vous préparée à une telle mission ?
C’est vrai, je n’ai pas de formation spécifique dans l’éducation. Mais j’ai grandi dans ce milieu puisqu’une partie de ma famille est dans l’enseignement. Et j’ai été monitrice pendant quatre ans auprès d’adolescents, une expérience qui apprend à se remettre en question !

Comment avez-vous été accueillie sur place ?
Nous avons été très bien accueillies, par tous. Mais en arrivant, nous avions sacrément peur ! Tout d’abord, on arrive dans un pays qui n’est pas le nôtre, les repères, les habitudes, ne sont pas les mêmes. Or, quelque soit le continent, on garde notre caractère. Les bonnes intentions ne suffisent pas toujours. Et puis bien sûr, on s’interroge sur soi-même : il ne faut pas surestimer ses forces dans ce genre de situation. Je me demandais en arrivant si mes compétences professionnelles et personnelles allaient être en adéquation avec la mission.

Vous êtes parties deux semaines, ce n’est pas trop court ?
Avant de partir, on se dit bien sûr que c’est court. Mais tout dépend de ce que l’on en fait et de la manière dont on vit les événements. Je les ai vécus de façon intense. Contrairement à ce que leur nom pourrait laisser penser, les congés solidaires ne sont pas du tout des vacances. Nous étions debout à 6h tous les jours, corrigions des copies tous les soirs et préparions plusieurs programmes d’activité pour être en mesure de nous adapter à toutes les situations.

Comment s’est passé votre retour en France ?
Je suis rentrée à quelques jours de fêtes de Noël. Le contraste a été saisissant ! Je quittais des enfants plein de vitalité, de joie et d’envie d’apprendre, qui n’avaient rien. J’ai trouvé des boutiques pleines de jouets et des enfants jamais satisfaits. Ca fait un choc ! Bien sûr, il faut replacer les choses dans leur contexte, mais cela change tout de même la signification et la valeur des cadeaux que l’on fait.

Et dans votre entreprise ?
Nous avions mobilisé nos collègues du Crédit Coopératif avant notre départ. Nous étions ainsi parties avec 75 kg de matériel pour l’école, apportés par le personnel. Il nous paraissait donc évident de les impliquer également après. Nous avons organisé une petite manifestation un jour à l’heure du déjeuner, qui a été l’occasion de témoigner de notre expérience et de faire participer Planète-Urgence qui a expliqué le principe des congés solidaires. Suite à cela, il y a eu un boom des demandes de congés solidaires. J’ai voulu repartir l’année suivante, mais il n’y avait plus de place disponible ! Désormais, c’est un élément bien ancré dans la politique des ressources humaines de la banque.

Claire Sejournet
Articles du dossier Economie humaine
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