Martine Payeur, concierge verte

Publié le 4 mai 2011 - Mis à jour le 15 novembre 2012

Martine Payeur a crée une conciergerie d'entreprise écolo et durable afin de promouvoir, au quotidien, le respect de l'homme et de l'environnement. Elle nous raconte son engagement.

Martine Payeur, concierge verte

Pouvez-vous  décrire brièvement votre parcours ?
Ancienne commerciale dans la Communication à Paris, puis voyageuse à l'aventure, avant de découvrir internet et ses possibilités d'échange, de découvertes, de mise en relation. Responsable de rédaction dès les premières années du site de loisirs Cityvox.com, et participation à la mise en place du guide d'achat éthique www.eco-sapiens.com.
Création de Concierge Durable dès novembre 2008 et immatriculation de la société en février 2010.
 

Pourquoi une conciergerie d'entreprise ? Et pourquoi avoir choisi la ville de Marseille ?
Je suis arrivée à Marseille avec le déménagement de Cityvox.com. J'ai suivi l'équipe de Paris à Marseille, histoire de découvrir les Calanques et le soleil. J'ai vite compris que l'écologie et le respect de la Nature que j'avais dans mes gênes en étant Alsacienne d'origine, n'étaient pas une évidence dans le Sud.
J'ai donc eu envie d'agir.

Je n'ai pas choisi de faire une conciergerie d'entreprise au départ. J'ai avant tout cherché un moyen de valoriser des prestataires ou des produits éthiques. Mon parcours dans la communication me permet de savoir identifier les points différenciant et de les mettre en lumière.
Mon expérience au sein de sites Internet a développé mon sens pratique, ma capacité à trouver des solutions qui s'emboîtent, s'améliorent.

Ayant moi-même grandement changé ma façon de consommer, j'avais envie de faire découvrir au plus grand nombre toutes les réponses durables, éthiques, solidaires que j'avais découvert pour mon propre quotidien.
Je rencontrais un nombre important de gens qui avaient envie de consommer de façon plus responsable, mais n'avait pas le temps de chercher les informations.
Je voyais de plus en plus d'entreprises qui communiquaient sur leur engagement Développement Durable, mais oubliaient de former leurs équipes à cette nouvelle façon de penser ou qui proposaient en interne des services incohérents avec leur RSE.

Il m'a semble évident qu'il fallait allier le côté pratique et le côté éthique au sein d'une conciergerie d'entreprise bien différente. Le concept même de conciergerie durable n'existait pas. Il a fallu l'inventer.
 

Vous avez choisi de faire de votre entreprise une initiative citoyenne, quelles ont été vos motivations ?
La cohérence. On ne peut pas dire aux autres ce qu'il faut faire, sans le faire soi-même.
"Dire ce que je fais, et faire ce que je dis", tel est mon adage.
 
Pensez-vous vraiment que ce type d'initiative a des chances d'atteindre un public pas encore acquis aux causes environnementales ? Dans quelle mesure Concierge Durable œuvre à promouvoir la consommation responsable ? En cette période de crise, les gens sont-ils réellement prêts à payer pour ce genre de services ?
En apportant des services quotidiens, pratiques, de qualité, directement dans l'entreprise, qui ne demandent pas d'efforts, pas de déplacement, qui sont au même prix et qui en plus font du bien à la Planète et aux humains, les salariés n'auront plus de raison d'aller voir ailleurs.
Petit à petit ils verront que les enjeux du développement durable se jouent tous les jours, dans tous nos actes. Ils auront testé la différence entre une service standard et un service éthique. Comment pourraient-ils après revenir en arrière ?

Une fois que vous avez testé un pressing performant, qui respecte l'environnement et ses salariés, qui vous rend des vêtements qui ne sentent pas le perchlo...vous ne pouvez plus regarder les pressings comme avant. Vous cherchez à comprendre ce qu'il y a derrière chaque prestataire, chaque service.

Nous expliquons concrètement les différences de chaque partenaire, leurs démarches durables qui les caractérisent, les différencient.
Le produit que vous achetez ou le service que vous utilisez n'est plus anonyme. Vous réalisez qu'il y a des gens, une histoire, un savoir-faire derrière chaque chose.
Armatya Sen parle très bien de cela, "développer la capabilité des individus" en leur donnant des informations qui leur permettent de choisir réellement en connaissance de cause.

Les prix de services éthiques ne sont pas forcément plus élevés. Tout est fait pour nous le faire croire afin de nous décourager et éviter d'aller voir en dehors des magasins de discount, des supermarchés. Nous éviter de réfléchir.
Mais Concierge Durable veut justement démontrer que les prix de nos partenaires éthiques ne sont pas plus élevés, et qu'un prix bas cache bien des choses (pour le consommateur et ceux qui produisent).
 
Par ailleurs, vous êtes très engagée dans la mobilisation pour le développement du bio dans les cantines marseillaises, pourquoi cela vous tient-il tant à cœur ?

J'ai commencé à m'intéresser aux cantines professionnellement pour répondre à la demande du 1er prospect qui voulait proposer des plats bio dans une crèche. Puis forcément quand ma fille est allée à la crèche, j'ai continué à mettre mon nez dedans. Et soudain j'ai compris qu'à Marseille les cantines des écoles qui sont sensées avoir un rôle d'éducation au goût, pour 45 000 enfants, proposaient des plats sans saveurs, sans odeurs, sans saison, avec des tas d'additifs et de conservateurs...
Quand je voyais comment nous nourrissions notre propre fille, avec des produits frais, de saison, bios, pendant que d'autres enfants du même âge connaissaient déjà le mot "Coca", "Mc Do" avant leurs 2 ans, cela me désolait.

Une fois encore, je me suis dit qu'il fallait rendre cette alimentation facile, pour tous. L'alimentation saine, locale, de saison devait se généraliser à toutes les CSP, dès le plus jeune âge.
Il n'y a pas que les "bobos" qui veulent donner à manger des produits sains à leurs enfants. Tout le monde y a droit et normalement l'école est là pour donner ses chances à tous. Non ?
 
Comment agissez-vous et comment faire évoluer les mentalités  ?
Un collectif s'est créé "Changeons la Cantine !", sans appartenance politique, sans adhésion à un groupement de parents d'élèves, sans inscription officielle. Nous sommes juste des citoyens engagés pour le soutien à l'agriculture locale, à l'alimentation saine, à la transparence dans les marchés de service public.
Notre premier objectif était de faire comprendre aux parents Marseillais que
- la cantine n'est pas forcément insipide
- la Mairie ne fait pas un acte de charité en donnant accès à ce service, elle le fait avec l'argent des contribuables, des électeurs
- que réclamer de la qualité, des produits sains est un droit
- et que ce n'est pas plus cher, dans beaucoup de villes, tout dépend de l'engagement politique
- qu'il y a de nombreuses façon d'occuper le temps cantine
- et que les parents sont moteurs pour tout !

Après 3 ans de mobilisation, nous sommes arrivés à une première grosse étape puisque la décision du nouveau marché doit être annoncée ce 16 mai au cours du Conseil Municipal.
Nous en espérons beaucoup sur l'avancée de l'approvisionnement en produits locaux, de saison, frais, et si possible cultivés naturellement voire certifiés bio.
Nous espérons également que la Mairie a compris que les citoyens considèrent cela comme un enjeu majeur et qu'ils vont continuer à veiller.
 

A titre personnel, avez-vous modifié vos habitudes pour intégrer la question environnementale dans votre quotidien ? Si oui, quels conseils pouvez-vous donner à nos lectrices ?
J'ai commencé par modifier mes habitudes et ensuite j'ai cherché à rendre la mise en pratique facile aux autres, puis j'en ai fait un métier.

En partant du monde de la publicité, à Paris, ... je peux vous dire que le chemin a été long, mais tellement intéressant. Je me sens plus "maline" aujourd'hui car je sais pourquoi j'achète telle ou telle chose, pourquoi et à qui je donne mon argent, que je suis en accord avec eux, que je veux les soutenir parce qu'ils ont mes valeurs.

Le conseil que je donnerai, c'est de dépasser le sentiment de culpabilité que nous ressentons tous d'abord, en réalisant nos erreurs quotidiennes.
De se débarrasser ensuite de la colère qui nous submerge contre ceux qui pointent nos choix de consommation irresponsables, mais de le prendre plutôt comme une nouvelle possibilité de changer, d'avancer, de devenir plus indépendantes de la consommation impulsive.
De reconnaître que nous ne sommes pas cohérente sur tout, mais que nous avons la volonté de progresser, chacune à son rythme.

De se demander à chaque fois "est-ce que je vais vraiment être plus heureuse si j'achète cela ? est-ce que ce petit plaisir vaut vraiment les conséquences de cet achat ? Pourrais-je regarder droit dans les yeux gens qui ont fabriqué ce produit et leur dire que c'est à moi qu'ils doivent les déchets / les conditions de production / les conséquences sur leur environnement quotidien / leur santé / leurs revenus ?"

Un jour on réalise que notre petit quotidien, notre petit porte-monnaie change le monde et nous change aussi, car nous sommes enfin fière, capable et responsable dans notre consommation.

Agathe Thine
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