Martine Payeur s'engage pour les cantines bio à Marseille

Publié le 15 juin 2011 - Mis à jour le 4 mars 2014

Martine Payeur, fondatrice de Concierge Durable, milite pour le bio dans les cantines. Elle raconte son engagement.

Martine Payeur s'engage pour les cantines bio à Marseille
Martine Payeur s'engage pour les cantines bio à Marseille

Quels ont été, pour vous, les éléments déclencheurs, les motivations à votre engagement dans la campagne pour le bio dans les cantines ?

Tout a commencé quand un prospect m'a appelée pour demander à mon entreprise Concierge Durable, de lui trouver un fournisseur pour des cantines bio pour ses crèches. Une mission difficile, surtout en 2008 où le sujet n'était pas aussi médiatisé.

Ma fille est rentrée au même moment dans une crèche d'entreprise, dans laquelle le prestataire était quand même meilleur que dans les crèches municipales de Marseille.
J'ai donc commencé à mettre mon nez dans les assiettes des enfants. Comme je me suis aperçue qu'on leur faisait manger des légumes qui n'étaient pas de saison, j'ai souvent questionné la directrice de la crèche. Qui ne comprenait pas pourquoi toutes ces questions et ne les trouvais pas légitimes.
Après avoir lu un article sur une crèche dans une petite ville de PACA qui était passée entièrement en bio, je l'ai contactée. La responsable, qui était aussi une élue, m'a racontée qu'après des recherches, elle s'était aperçue que le lapin servi aux enfants venait de Chine, qu'il y avait beaucoup de conservateurs et d'additifs et lorsqu'elle a demandé au prestataire de les éliminer et bien il a été obligé d'avouer son impuissance.

Quels sont les moyens mis en oeuvre ?

J'ai rejoins un petit groupe de parents d'élèves qui semblaient œuvrer pour améliorer les cantines depuis quelques années, mais surtout pour leur propre école et quartier. Mais j'ai trouvé que les réunions ne s'accompagnaient pas d'actions, que tout était très lourd. J'ai donc décidé de mettre en ligne un blog afin de rassembler en un seul et même lieu, des expériences de partout en France, avec les coûts si possible, afin de montrer qu'il n'y avait pas de fatalité à la malbouffe de la cantine, et que si c'était possible ailleurs, c'était possible partout.

Je voulais simplement par ce biais arriver à faire comprendre aux citoyens, parents ou non, qu'ils ont un droit de regard, voire un devoir sur le contenu des assiettes servies aux enfants. Qu'ils paient la cantine par le biais de leurs impôts et par le biais de leur chèque mensuel, donc que c'est à eux de dire à ceux qui passent les commandes, Mairie, Conseil Général, Régional, école, ce qu'ils veulent pour les enfants.

Quel accueil recevez vous ? au niveau des collectivités territoriales, du personnel enseignant, des parents d'élèves ?

A Marseille, nous avions une urgence qui était le nouvel appel d'offre pour les écoles primaires et maternelles, en 2011. Notre interlocuteur était donc la Mairie. Mais malgré la continuité de nos actions pendant 3 ans, les services en charge des cantines n'ont jamais accepté de recevoir ou de discuter avec les membres du collectif  "Changeons la Cantine" ! Il n'y a qu'au 1er trimestre 2011, que la Mairie a reçu en rendez-vous la FCPE pour des sujets généraux et qu'elle s'est retrouvée, sans le savoir à l'avance, avec un membre du collectif pour un rendez-vous autour de ce sujet.

A Marseille on partait de si loin... la question n'avait jamais été vraiment abordée.On déclarait aux parents "vous devez remercier la Mairie de donner à manger à vos enfants à midi, car nous ne sommes pas obligés. Et puis, il y a des repas gratuits pour beaucoup d'enfants de familles en difficulté, à qui on offre le seul vrai repas. Alors c'est déjà beaucoup".

Il fallait donc reprendre le problème à la base et expliquer aux parents, aux citoyens, que non ils ne devaient pas se taire, car les élus sont là parce que des électeurs ont voté pour eux. Qu'ils doivent donc faire ce que les citoyens veulent en majorité. Qu'une décision de la Mairie de ne plus servir de repas aux enfants serait totalement impopulaire pour les élus et qu'ils ne prendront pas le risque.

Le personnel enseignant nous soutien, car avant beaucoup d'instituteurs mangeaient à la cantine, aujourd'hui ils sont rares, car ils avouent que les repas ne sont vraiment pas bons. Même le personnel de mairie qui sert dans les cantines, nous alerte parfois sur le fait qu'il y a des plats de viande qu'ils préfèrent jeter directement car c'est immangeable. De plus, notre mobilisation pour une cantine plus agréable pour les enfants, va également dans le sens du bien-être, de la formation, de plus de respect pour la fonction d'ATSEM.

Par contre, nous avons été très peu épaulés par les Fédérations de parents d'élèves dans les années passés...Sauf en 2011, à partir du moment où le WWF nous a apporté son soutien officiel, national et que JJ Hazan, président de la FCPE et parrain de la campagne "Oui au Bio dans ma Cantine" nous a aidé. Là, subitement tout le monde s'est un peu agité, mais pas très concrètement à Marseille. Ce sont uniquement des citoyens, indépendants, qui ont fait avancer le sujet. Surtout des femmes d'ailleurs.

Le 16 mai dernier, la ville de Marseille s'est engagée à augmenter la part du  bio dans les cantines de la ville. C'est une belle victoire ! Pourquoi et comment a-t-on réussi à Marseille, alors que ça bloque encore dans de nombreuses communes ? Une plus grande conscience des citoyens ? Une mairie plus ouverte ? quel fut le poids du collectif "changeons la cantine" ?

Oui c'est une victoire de parler de bio dans les cantines à Marseille, car il y a quelques mois encore, le sujet n'était même pas évoqué !
Mais, je crains d'être beaucoup moins positive que vous sur le résultat pour les écoles maternelles et primaires de Marseille.
Nous avions une délégation de service public qui était séparée en 2 lots pour 45 000 repas/jour, le plus gros marché d'Europe, donc 2 fournisseurs, les mêmes depuis 17 ans !
Pendant que de nombreuses villes reviennent à de plus petits lots afin de pouvoir travailler avec des agriculteurs locaux, Marseille a fait le contraire. En septembre 2011, et à nouveau pour 7 ans, nous aurons 1 seul lot et donc 1 seul prestataire : Sodexo ! Il nous a tout le temps était répondu que pour de telles quantités il était difficile de recourir à des agriculteurs locaux, alors pourquoi avoir encore augmenté la quantité à fournir ?
Puis, dans les villes qui ont décidé d'agir sur le long terme, le % de produits bio augmente, contractuellement, au fur et à mesure des années. A Marseille non. C'est 30% en 2011, 2013, 14, et dans 7 ans.
Dans les 30%, il a le pain qui sera bio et solidaire. Une belle réussite. Mais il faut donc  se dire que les ingrédients seront bios à 20% et cela ne concernera:
•    ni la viande
•    ni les oeufs, qui seront à 50% surgelés et de catégorie 2 ou 1
•    Les viandes ne seront même pas labellisées
•    les volailles à 100% surgelées
•    pas de % garanti pour les fruits et légumes
•    et il n'y a aucun engagement en local

La Mairie disait toujours qu'elle ne voulait pas de bio de l'autre bout du monde (nous non plus d'ailleurs), mais aujourd'hui elle ne s'engage pas au niveau local pour soutenir la conversion de producteurs de PACA. C'est regrettable.
Parmi les fournisseurs de Sodexo, il y a un distributeur de produits bio...qui peuvent donc venir du monde entier...
Si c'est pour avoir des yaourts bio venus de l'autre bout de France, voire d'ailleurs, des pâtes bio de Savoie et c'est tout,....le soutien à l'économie locale, qui est un des enjeux des cantines bio, n'est pas rempli.
 

Quels sont les perspectives d'avancées dans l'avenir ?
Il faut voir la décision de la ville de Marseille comme un premier pas, mais pas comme un objectif atteint et satisfaisant.

Le collectif Changeons la Cantine a pu discuter de façon constructive avec l'équipe de Sodexo, en leur remettant d'ailleurs le guide sur les additifs alimentaires de Corinne Gouget. La question de la démarche RSE a également été abordée, notamment à travers le rôle des ATSEM. Mais cette collaboration ne pourra se faire de façon officielle que si la Mairie accepte enfin de reconnaître la légitimité du collectif, son savoir, sa connaissance du sujet et d'envisager des réunions en parfaite collaboration.

Le collectif espère que la Mairie acceptera son aide et constituera un comité d'usagers afin de suivre pas à pas, en tant que citoyens finançant les cantines, que les engagements du contrat seront bien tenus, ce qui n'a pas toujours été le cas par le passé, et que les 30% de bio seront un premier pas vers un véritable engagement envers les producteurs locaux.

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