Very Green People

Bernard Werber : « Nous ne sommes que locataires sur Terre »

Publié le 7 décembre 2012 - Mis à jour le 26 décembre 2013
Fondatrice de FemininBio, directrice de collection chez Eyrolles, dingue de bio, folle de nature, de running et par dessus tout de l'évolution de la conscience de l'être humain ;-)
Bernard Werber, romancier engagé
Bernard Werber, romancier engagé

Ancien journaliste scientifique, Bernard Werber explore l’humanité du bout de sa plume. Dans son nouveau roman, La Troisième humanité, il s’interroge sur l’avenir de notre civilisation. Inquiet de la situation actuelle mais résolument tourné vers l’avenir, le romancier revient pour FemininBio sur les principaux éléments de son dernier livre.

Votre livre parle de la découverte d’une civilisation passée et de la création d’une nouvelle civilisation. Pourquoi un tel sujet ?

Je pense que nous sommes arrivés au moment où il nous faut choisir. Soit on évolue vers la conscience et la solidarité, soit nous stagnons, soit, pire, nous revenons en arrière. Aujourd’hui, les trois solutions sont équidistantes. J’ai écris ce livre car je voulais attirer l’attention sur l’importance de se sentir responsable de la suite de l’Histoire de l’Humanité. 

Vous faites de la Terre un personnage à part entière. Pourquoi ? 

Vous soulignez un élément crucial du roman. La Terre est personnifiée par Gaïa, elle exprime ce qu’elle pense et attend de l’Humanité. J’utilise là une convention d’écrivain : pour rendre la Terre plus sympathique et plus proche de nous, je lui donne des attributs humains. Mais ce n’est qu’une proposition, au lecteur de l’accepter ou de la rejeter. 

La civilisation occidentale actuelle est-elle décadente ? 

Pour l’instant non. Actuellement, je dirai même que nous vivons un âge d’or. Jamais nous n’avons atteint un tel niveau de confort, une telle abondance de nourriture, une telle qualité de vie. Mais cela a un coût, et en matière de destruction de la planète, il est élevé. C’est pourquoi je crains qu’il n’y ait un risque réel de décadence de la civilisation si rien ne change. Quand on aura tué la planète, on s’entretuera. 

Vous décrivez dans le roman l’idée de « lever du voile », qui est le sens premier du terme d’Apocalypse. Vous rapprochez-vous des écrits de Saint Jean ? 

J’aime beaucoup l’Apocalypse de Saint Jean. C’est un texte poétique, spirituel et en même qui comprend des éléments de science-fiction. C’est incroyable lorsque l’on pense qu’il a été écrit par un vieillard il y plusieurs siècles ! L’heure est venue de faire la part des choses entre le mensonge et la vérité. Le mensonge est attirant et facilement compréhensible. Mais ne faut-il pas préférer la vérité ? Malheureusement, peu de personnes veulent l’affronter car elle n’est pas attrayante et elle fait peur. 

Que pensez-vous du mysticisme ? 

Il y a aujourd’hui une poussée de l’obscurantisme. Face à la foule, il est aisé de faire passer des messages faciles, qui se résument à la volonté de posséder et de consommer et qui mènent à la violence et la guerre. Le mysticisme est un gadget pour gagner du temps et s’adresser à des populations primitives. Il a été utile à un moment, mais aujourd’hui c’est un frein. Il est facile d’obéir car cela rend irresponsable en même temps que cela donne une occupation. Etre libre est plus dur mais plus riche car cela permet d’être connecté à soi-même et à la planète. Le système actuel nous déconnecte de notre vraie nature. 

Quelle est-elle, cette vraie nature de l’homme ? 

Nous devons reprendre conscience que nous sommes locataires et non propriétaires de la Terre. Il faut la laisser en bon état pour les générations futures. Aujourd’hui, nous avons perdu le lien qui nous unit à elle. Cela nous fragilise. Or une civilisation fragile peut s’effondrer à tout moment. 

Faut-il souffrir pour évoluer ? 

Personnellement, je pense que non. Mais au regard de l’Histoire, il semblerait que ce soit le cas ! Notre éducation, l’éveil de l’humain, sont basés sur la souffrance et la douleur. Regardez les contes de fées : les personnages ont toujours des problèmes et réussissent à les résoudre après bien des péripéties. Les héros sont des gens qui souffrent, il n’y a pas de héros dans la tranquillité.

Que faire alors ? 

Il y a une réflexion à mener. Je pense que l’on peut évoluer autrement que par la douleur et la souffrance. La voie artistique est une réponse pacifique, la déduction est un outil idéal. Réunir une idée, puis une autre et en faire germer une troisième par ricochet, c’est une évolution, c’est positif sans être agressif. Moi-même, je sens que j’évolue lorsque j’écris, en organisant mes idées au fil du texte. 

Les manipulations génétiques sont au cœur de votre roman. Que pensez-vous des OGM ? 

Les manipulations génétiques doivent avoir leur place dans la société aujourd’hui. Tout ne doit pas être arrêté. Mais leur place doit être mineure et contrôlée, de façon à promouvoir avant tout le respect de la planète, de l’homme et des générations futures. Le problème des manipulations génétiques réside dans le fait de les utiliser pour obtenir du pouvoir personnel. Dans ce cas, elles ne sont plus neutres. Malheureusement dans notre civilisation, les bonnes idées ont toutes finies par être dévoyées. 

Dans votre livre, les humains créent une nouvelle humanité. En filigrane, est-ce une façon de critiquer les théories de Darwin ? 

Si j’ai une conviction politique et scientifique, c’est bien celle-là : avec sa théorie transformiste, Jean-Baptiste Lamarck a eu la bonne intuition. Cependant, il n’a pas su communiquer car il n’était pas avide de reconnaissance comme Darwin. Il l’a payé cher. Mais ça ne veut pas dire qu’il avait tord. Pour moi, il a même clairement raison. 

Y a-t-il plusieurs niveaux de lecture de votre roman ? 

Sans aucun doute ! J’utilise le roman car c’est la meilleure façon pour montrer comment une bonne idée peut aboutir au meilleur mais aussi au pire. Dans la réalité, on est tout de suite confronté à des dogmes, face auxquels on ne peut pas discuter. Pour le reste, je pars du principe que « comprenne qui pourra… et voudra ». Je donne des éléments d’information dans l’encyclopédie. Certains lecteurs ne verront dans mes romans qu’une histoire pour passer un bon moment, d’autres se remettront totalement en question en refermant le livre. 

Comment vous définissez-vous ? 

Je ne suis pas croyant mais je suis un explorateur de l’Humanité. Le terme exact est agnostique : je ne sais pas, mais je me renseigne. C’est ma façon d’évoluer, pacifique et en conscience de moi-même et de mon environnement. 

Vous êtes inquiet pour l’avenir de la planète. Avez-vous opté pour des gestes écolos pour agir à votre niveau ? 

J’essaie d’avoir un mode de vie sain. Je me soigne par l’acupuncture et tous les matins, je fais du tai-chi-chuan. Par ailleurs, je fais des grandes marches en forêt et je sais m’arrêter pour respirer. J’ai eu la chance de faire du yoga étant plus jeune, et j’ai appris à respirer en conscience. C’est important, trop peu de personnes le font. Au niveau de mon alimentation, je mange peu de viande, mais je ne me l’interdis pas, car j’ai des canines ! Je réduis autant que possible le pain et le lait, mais là aussi j’en consomme un peu car je pense que la diversité est importante dans l’alimentation.

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Réaction à l'article
Par elin le 24 janvier 2013 à 11h18
suite à l'article de Bernard Werber

Bonjour - j'aime les livres de Bernard Werbe. Je souhaite qu'une génération nouvelle s'affirme. Mais ce sera comme une mue...dont il faut se débarrasser et cela au prix de certains efforts de la part de tous et de chacun. Les consciences évoluent...certaines plus tardivement que d'autres. Il y a encore beaucoup de choses qui sont tenues dans l'ignorance sur notre planète et pour les découvrir il faut s'informer. Je trouve que internet permet cette connexion à l'information...à chacun d'y trouver la sienne pour avancer...en bien évidemment...et évoluer !

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