Le bio trop cher ? Interview vérité du docteur Lylian Le Goff

Publié le 12 février 2010 - Mis à jour le 27 septembre 2017

"Les produits bio coûtent chers", c'est ce que martèle une certaine presse. La rédaction de FemininBio a décidé de répondre en interviewant un spécialiste en santé environnementale, le docteur Lylian Le Goff.

Le bio trop cher ? Interview vérité du docteur Lylian Le Goff
Le bio trop cher ? Interview vérité du docteur Lylian Le Goff

"Produits bio beaucoup trop chers" titre le magazine Que Choisir (n°478 - février 2010), la presse quotidienne reprend également le sujet : pourquoi cette polémique revient-elle aussi souvent  ? Le bio est-il vraiment plus cher ?

Au vu des étiquettes, les produits bio apparaissent plus chers … sans l’être réellement, à condition de se considérer à la fois comme consommateur et contribuable.
En effet, en politique agricole, on pratique un tour de passe-passe appelé « l’externalisation des coûts », selon lequel nombre de dépenses (aides de toutes sortes à la production intensive, dépollutions, crises sanitaires et économiques …) ne sont pas intégrées dans les prix affichés mais prélevées sur les deniers publics, c'est-à-dire nos impôts.
Ainsi, l’agriculture biologique, plus autonome et économe, joue davantage la transparence et apparaîtrait plus économique si l’on affichait le juste prix des produits.

Paradoxe : les produits bio ne connaissent pas – ou moins – la crise comme en témoignent les progressions de leur consommation depuis des années (ce n’est certes pas un « effet de mode » !) et, plus récemment, de leur production (300 agriculteurs chaque mois se sont convertis à la bio en 2009). Certains consommateurs ne sont donc pas dupes, conscients des enjeux liés à une saine alimentation.

Cependant … des gros titres en première page de journaux de référence se scandalisent : «Manger bio coûte vraiment plus cher » (Ouest-France du 11 11 2009) ; «  Produits bio : beaucoup trop chers ! » (Que choisir de février 2010).

Une fois de plus, l’agriculture biologique fait l’objet d’une offensive qui ne peut que favoriser la rente de situation des marchands d’engrais chimiques et de pesticides ; comme si l’on voulait que notre « pauv’ bio » – de pionnière durant la décennie 1980, elle est maintenant eu queue du peloton européen – subsiste dans son ghetto de l’ordre de 2 % de la production nationale française (contre une bio à près, ou à plus, de 10% chez certains de nos voisins européens) et dans sa niche commerciale.

En réalité, ces gros titres – qui sont bien l’expression d’une politique éditoriale – ne reflètent pas le contenu des articles traitant du prix de produits pratiqués par la grande distribution qui, selon Que choisir, « entend tirer profit du bio » du fait des marges pratiquées sur ces produits. Voilà où réside en partie le scandale car, faute de titrer : « La grande distribution se fait du gras avec le bio », ce constat se retourne contre les produits bio !

 

D'après l'enquête réalisée par le magazine Que choisir(n°478 - février 2010), "un panier comprenant des marques de distributeurs bio coûte 22 % plus cher que le même panier rempli de produits de grandes marques nationales (non bio) et 57 % plus cher qu'un autre panier rempli de marques de distributeurs non bio". Comment le consommateur peut-il réussir à manger sainement sans exploser son budget ?

Il s’agit de ne pas en rester au facteur prix apparent, pour surtout changer de comportement, en l’occurrence bien manger, c'est-à-dire équilibré, avec des produits variés, frais et si possible  de proximité :

  • équilibrer ses menus avec des aliments variés en faisant la part belle aux végétaux, particulièrement pour les protéines ; on mange trop carné (donc trop de graisses saturées, ce qui facilite les surcharges et le cancer), et pas assez de produits céréaliers non raffinés et de légumineuses (lentilles, haricots secs …) riches en protéines et en nutriments protecteurs ; réduire les premières qui sont onéreuses, au profit des secondes très économiques, permet de manger bio régulièrement (même avec un revenu modeste : je connais nombre de « RMIstes » bio !) et de préserver à la fois sa santé et son budget.
  • manger frais : réserver les produits transformés, de marque (précisément ceux qui ont fait l’objet des enquêtes de prix !), en conserve, les plats traiteurs … , au dépannage ; par contre, des produits frais, cuisinés « maison », sont beaucoup plus économiques pour un rapport qualité nutritionnelle/prix incomparable … sans compter le plaisir des vrais saveurs et de (re)faire les choses par soi-même.
  • La proximité des produits – mais aussi conditionnés en vrac et non sous emballage – réduit de beaucoup les coûts – et la pollution !
  • Sur le plan individuel, les produits bio sont sains pour ne pas générer à la production de facteurs de risques (nitrates, pesticides, additifs de synthèse …), mais surtout pour leur richesse en nutriments protecteurs (antioxydants, fibres, oméga 3, etc …), prouvée scientifiquement ; cette densité nutritionnelle allant de paire  avec de bien meilleures qualités organoleptiques.
  • Sur le plan de l’intérêt général, utiliser son pouvoir d’achat pour promouvoir des produits dont la production respecte les équilibres naturels, c’est donner du sens à un développement soutenable par le contenu de son assiette : préserver l’environnement et la biodiversité, la santé publique, l’aménagement du territoire, l’emploi agricole de proximité, une meilleure gestion des ressources alimentaires et énergétiques.
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Réactions à l'article
Par lunazen le 15 février 2010 à 13h10
D'accord

Je suis entièrement d'accord avec les remarques du Dr Lylian Le Goff : le bio ne coûte pas plus cher que le conventionnel. Les consommateurs doivent juste réapprendre à faire leur panier : privilégier les produits en vrac, de saison, les moins transformés, etc. Il est vrai qu'en France, le Bio n'est pas favorisé et c'est bien dommage car on se sent vraiment bien en consommant bio : les aliments sont plus rassasiants et ont plus de goût !

Par elodie le 18 février 2010 à 22h02
pourquoi ce sont les mèmes qui doivent payer

bonjour,

ok que le bio soit cher, mais on a l'impression de payer nos impots deux fois!!

Par mllecricri le 19 février 2010 à 14h54
Le bio pas cher si nous consommions mieux

Nous vivons une telle société de surconsommation que nous avons tendance à remplir nos paniers d'épiceries avec beaucoup plus de produits que nous en avons réellement besoin. Il n'y a qu'à regarder le nombre de nourritures, non consommées, qui se perd. Il va simplement réapprendre à faire son épicerie. Le bio n'est pas si cher si on achète raisonnablement.

Par besetreup le 19 février 2010 à 20h14
le bio trop cher?

Le téléphone portable, internet, les vacances au ski ne sont ils pas trop cher? le priorité du français est le loisir et la nourriture le dernier budget d'une famille. Trop de tout n'est pas plus cher que du bio consommé raisonnablement, de saison, de proximité et sans produits transformés ni surconsommation.

Par lilith_lyon le 26 février 2010 à 10h32
le bio pas si cher que ça

Beaucoup paye sans regarder leurs factures de téléphones portable ou d'électricité, gaspille leur argent dans des achats de vêtements tout au long de l'année sans regarder et sans compter...alors que ce n'est pas le cas de la nourriture.
On peut très bien consommer bio sans vider son porte monnaie, et prévoir des loisirs. Ce n'est pas incompatible.

Par frujomi le 26 février 2010 à 14h11
Bio = vie !

Tout à fait vrai : bio veut dire vie !
Tout à fait vrai : manger bio ne revient pas plus cher si l'on choisit un circuit de distribution court et si l'on réduit considérablemet la viande (on peut s'en passer . Manger bio : plus de nutriments essentiels, pas d'OGM, pas de chimie, pas d'aliments irradiés)Il y a longtemps que j'ai choisi : l'agroalimentaire ne m'imposera pas sa chimie !

Par michele le 9 mars 2011 à 12h26
La bio trop cher ?

Faisons un calcul rapide : mauvaise alimentation = organisme encrassé = maladie. Alimentation bio = organisme beaucoup moins encrassée = - de maladie = - de frais pour la sécu presque en faillite.
Je crois vraiment que nous sommes arrivés à un moment où chacun doit comprendre les enjeux et surtout la vérité. Nous nous sommes habitués à voir le prix immédiat en oubliant les vrais coûts, la vérité c'est que tous coûts réunis, la bio est beaucoup moins chère pour chacun de nous et beaucoup plus rentable pour la nation entière, quantitativement et qualitativement.

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