C’est bio, c’est bon, c’est… cher ?

Publié le 5 février 2010 - Mis à jour le 9 juin 2015

L’UFC-Que Choisir apporte une première piste de réponse : la théorie économique tout simplement, et la question des rendements en particulier. Explications par un exemple concret. Un agriculteur conventionnel de céréales décide de passer à l’agriculture bio. Le champ, qui lui permettait de produire une certaine quantité de céréales, lui donnera une récolte moins importante. Il est en effet prouvé que l’agriculture bio produit moins que l’agriculture conventionnelle car elle ne « dope » pas les plantations artificiellement. Or, dans les deux cas, notre agriculteur aura passé autant de temps à travailler et aura suivi la même méthode de travail (les facteurs de production). On voit ainsi que pour une même quantité de travail, il a moins de production. Le rendement, c'est-à-dire la relation entre la variation de la production et la variation des facteurs de production, de son travail a diminué. Pour conserver le même chiffre d’affaire, l’agriculteur converti de notre exemple est obligé d’augmenter le prix de vente de ses céréales.

Il y a donc à la base de la différence de prix une réalité économique certaine. Cependant, cela n’explique pas l’importance de l’écart de prix observé. Alors, où trouver les autres explications ?

L’UFC-Que choisir point du doigt les rouages de Bruxelles et les aberrations de certaines décisions technocratiques. Mise en place dans les années 1960, la Politique Agricole Commune favorise aujourd'hui les agriculteurs conventionnels car elle subventionne les exploitations en fonction du rendement par hectare. Autrement dit, plus l’agriculteur utilise d’engrais et de pesticides, plus il sera subventionné et pourra donc vendre sa production à un prix bas ! Le bio n’a donc aucune chance de faire le poids face à une agriculture conventionnelle. Par définition plus rentable, elle est en plus largement subventionnée !

Cependant, Bruxelles  n’est pas responsable de tout, loin de là. Le marketing et la loi du marché ont aussi une grande part de responsabilité dans l’envol des prix du bio. Surfant sur la vague verte, les producteurs et les distributeurs font de plus gonfler les prix pour augmenter leurs marges, car ils savent, études de marché à l’appui, que les consommateurs sont prêts à dépenser plus manger bio. Mais là encore, il faut approfondir le sujet. Les enquêtes démontrent en effet que les bio-addicts sont majoritairement issus des catégories socioprofessionnelles supérieures, qui ont les moyens de dépenser plus. Le bio reste donc, comme le souligne à juste raison l’UFC-Que choisir, un marché de niche loin d’être démocratisé.

Enfin, il faut noter qu’un produit bio n’est pas vendu comme un simple produit alimentaire, on nous vend en même l’image, l’authenticité d’un produit naturel, respectueux de la nature. Le consommateur paie donc aussi une part de marketing (plutôt efficace) lorsqu’il achète un produit bio.

Mais le cynisme du marché se base malgré tout sur une réalité incontestable. Respectueuse de la nature, l’agriculture bio produit des aliments plus sains, car pourvoyeurs de bien plus de nutriments de qualité. Le bio est cher, certes, mais il ne faut pas l’abandonner. Soutenir la demande en continuant autant que possible d’acheter bio est un message à l’intention des agriculteurs pour les inciter à se convertir.

Lorsque l’agriculture bio représentera une part non négligeable de la production agricole française, les mécanismes économiques joueront à plein. Une plus grande offre amènera une baisse des prix, qui profitera à tous les consommateurs et permettra de démocratiser ce marché. Alors, le bio est cher, certes, mais jusqu’à quand ?

Pour aller plus loin...

Lire l'interview du Docteur Legoff sur FemininBio.com

Claire Sejournet
Articles du thème Développement durable
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Réaction à l'article
Par lunazen le 19 février 2010 à 15h58
Cher, oui et non

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