COP 21

COP 21 : 5 questions à Esra Tat

Publié le 8 décembre 2015 - Mis à jour le 11 décembre 2015
Esra Tat lors du WeTalk Event 2015
Esra Tat lors du WeTalk Event 2015
© Lionel Faucher

Co-fondatrice de W(e)Talk, un événement qui valorise les success stories engagées au féminin, Esra Tat accompagne en parallèle des initiatives à impact social et environnemental. Curieuse de tout (elle voyage actuellement en mode slow travel), elle est convaincue que les citoyens peuvent prendre la main sur les grandes questions environnementales.

Quelle problématique est la plus urgente à vos yeux pour cette COP21 ?
L’urgence est bien de trouver un accord ambitieux, et de s’assurer du passage à l’acte de tous les pays. Cependant, je reste sceptique sur l’issue même des négociations. A mon sens, le vrai levier de changement reste la société civile et tous ces acteurs – associations, territoires, entreprises -, qui oeuvrent concrètement au quotidien. La COP21 agit positivement malgré tout ; elle fait connaitre ces actions et initiatives d’ores et déjà en marche. Et c’est un effet non négligeable puisqu’à mon sens, la prise de conscience sur ce qu’est le changement climatique et ce qu’il implique pour chacun d’entre nous est loin d’avoir eu lieu. 
Face à l'urgence climatique, quel pays vous semble avant-gardiste et quel pays vous parait en danger ?
Certains pays et quelques villes sortent du lot pour avoir mené des démarches ambitieuses et inspirantes. On pense à l’Europe du Nord à l’avant-garde sur les questions des déchets ou des éco-quartiers, San Francisco, à présent connue comme la ville Zero Waste, Montréal et l’agriculture urbaine… Souvent, ce sont des avancées limitées à des champs spécifiques, tout l’enjeu étant aujourd’hui d’adapter et répliquer ces initiatives pour sortir du prototype.  
La situation de certains pays semble elle paradoxale, comme la Chine, à la fois « drame écologique » et à l’avant-garde. On sait qu’aujourd’hui la Chine innove fortement dans les énergies renouvelables, et en même temps le « smog » est devenu l’un des symboles du pays. 
Le danger est réel pour nous tous. Mais je crains qu’il ne soit d’autant plus « palpable » et imminent pour certains, comme les pays insulaires ou ceux ayant une forte densité sur leurs côtes. La problématique des réfugiés climatiques est bien réelle.  
Quels sont les choix citoyens qui permettraient de sauver la planète ? 
La question serait plus d’assurer notre survie que de sauver la planète, il me semble. Aujourd’hui ces choix de production, et de consommation existent. Faire l’effort de tendre vers le local, les circuits-courts, le réutilisable, le renouvelable... Mais avant tout je dirais : questionner nos habitudes et nos modes de vie. Faire un « bilan de conscience » sur nos besoins réels, savoir s’alléger. Opter pour la voie du minimalisme, de la sobriété heureuse, en somme.
Quel peut être l'engagement féminin pour le climat ?
Sans m’expliquer cette réalité, je suis témoin comme beaucoup de la sur-représentation des femmes dans les milieux « écolo ». Et j’en suis ravie. Sans tomber dans un cliché, je crois que les femmes apportent une énergie fédératrice, elles osent interroger le statut quo… dès lors qu’elles assument pleinement leur légitimité et leur puissance. Je crois au pouvoir créateur des femmes et à notre capacité à changer la donne, pour le bien commun. C’est aussi une vision que nous défendons à travers l’association W(e)Talk. Pour le futur W(e)Talk Event 2016, nous prévoyons d’ailleurs un thème en ce sens. 
Le collaboratif, c'est l'avenir pour l'homme et la planète ?
C’est en tout cas une des pistes à investir ! Nous grandissons dans l’illusion de l’indépendance, à nous voir comme des individus isolés. Or ces schémas de pensée nous conduisent à dissocier nos actions de leurs conséquences, et à minimiser notre interdépendance. La vision holistique, la capacité à se voir comme élément d’un ensemble est pour moi essentiel pour « agir en conscience ». À leur niveau, les modèles collaboratifs peuvent participer à cela ; ils « encapacitent », donnent les moyens de faire dans une logique de pair à pair, de manière horizontale et ouverte. Les démarches open source, par exemple, offrent des possibilités nouvelles pour le partage des savoirs et des solutions techniques.

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