COP 21

COP 21 : 5 questions à Isabelle Delannoy

Publié le 2 décembre 2015 - Mis à jour le 3 décembre 2015
Pour Isabelle Delannoy, l'homme peut avoir une activité à impact positif sur la nature
Pour Isabelle Delannoy, l'homme peut avoir une activité à impact positif sur la nature
© Louise Delannoy

Ingénieure agronome, experte du développement durable, Isabelle Delannoy s'intéresse aux nouveaux modèles économiques et a développé le concept d'économie symbiotique, pour traduire une économie où l'activité de l'homme devient positive pour son environnement. Futuriste ? Non, précurseur !

Quelle problématique est la plus urgente à vos yeux pour cette COP21 ?
L'enjeu principal ne me semble plus être dans les négociations officielles. Il est dans le coup de projecteur vers la société civile, les associations, les collectivités, les entreprises qui ont déjà mis en place de nouveaux modèles partout dans le monde. Ils montrent qu'on peut faire économie autrement, en préservant les ressources et en dynamisant la vie et l'emploi local.
Face à l'urgence climatique, quel pays vous semble avant-gardiste et quel pays vous parait en danger ?
Tous les pays insulaires et chauds sont en danger. Ils réclament une limitation à 1,5°C et ils ont raison. Le consensus des 2°C est un consensus des pays les plus émetteurs de la planète. On trouve des pays et des régions avant-gardistes sur tous les continents. La Chine est très active sur les énergies renouvelables et la mise en place de solutions innovantes sur la gestion des eaux usées. Aux Etats-Unis, des Etats comme l'Orégon, la Californie, NewYork  ont une vraie longueur d'avance sur la restructuration des espaces urbains. Le Texas développe intensément les énergies renouvelables. Au Canada,  Montreal est une des villes promouvant le plus les jardins partagés et la revégétalisation de la ville. L'Angleterre est innovante via les villes en transition, l'Amérique latine dans des solutions mises en place avec la société civile. L'Europe du Nord dans la construction de quartiers autonomes en énergie et zéro déchet, l'Afrique dans l'agriculture urbaine en circuits courts avec récupération des eaux. L'Inde dans des mouvements locaux, concernant l'énergie, l'agriculture ou encore la gestion des eaux usées dans les bidonvilles. Cela bouge partout. 
Quels sont les choix citoyens qui permettraient de sauver la planète ? 
Tous ceux qui favorisent les circuits courts, le naturel plutôt que la chimie, la baisse de la consommation de la viande, l'achat aux petites entreprises éthiques et écologiques, et toutes les participations à des actions locales.
Quel peut être l'engagement féminin pour le climat ?
Les femmes sont très présentes dans ce nouveau mouvement. Ce sont elles qui décident les achats quotidiens et si le bio progresse tant, c'est grâce à elles. Elles sont aussi très présentes dans l'activisme et la pensée écologique : les pionniers de l'écologie sont bien souvent des pionnières. Je crois que nous les femmes amenons une autre vision de la puissance. La puissance n'est pas que la force. La puissance, c'est aussi savoir mettre les gens en collaboration, tisser les liens, régénérer la vie. Nous sommes souvent plus timides que les hommes et avons du mal à nous sentir légitimes à nous exprimer dans la société. Il faut que nous sachions sortir de ce complexe.
Les Français sont-ils conscients de leur empreinte carbone ?
Non. Il y a quelques années nous avions réalisé avec mon associé, Gabriel Dabi-Schwebel, une étude sur l'empreinte carbone des Français : nos émissions ne dépendent pas ou peu de notre prise de conscience, elles dépendent en premier lieu de notre capacité à mutualiser. C'est pourquoi les émissions par personne dans une famille avec deux ou trois enfants sont trois à quatre fois inférieures à celles d'une personne vivant seule. En famille, on mutualise obligatoirement. Il faudrait aussi mutualiser entre familles d'un même quartier. Pourquoi ne pas partager sa voiture en faisant du covoiturage ou de l'autopartage, ouvrir la chambre qui ne sert plus à un étudiant, etc. De plus cela permet de générer un complément de revenu et de refaire du lien social.
 
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Réaction à l'article
Par Laurenzerl le 4 décembre 2015 à 16h39
et surtout...

... la baisse du consumérisme... nous ne sommes plus programmées que pour cela : je consomme, donc je suis :-(
ce n'est pas en achetant équitable qu'on fera changer les choses, c'est en arrêtant de consommer !

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