COP 21

COP 21 : 5 questions à Sarah Toumi

Publié le 3 décembre 2015
Sarah Toumi, entrepreneure sociale, Ashoka fellow et fondatrice de Dream in Tunisia
Sarah Toumi, entrepreneure sociale, Ashoka fellow et fondatrice de Dream in Tunisia
© Sarah Toumi

Entrepreneure sociale et Ashoka fellow, Sarah Toumi est fondatrice d’Acacias for All, activiste dans la lutte contre le changement climatique et féministe franco-tunisienne. Rencontre avec une femme qui a choisi d'agir pour participer à la création du monde de demain.

Quelle problématique est la plus urgente à vos yeux pour cette COP21 ?
A mes yeux, la problématique la plus urgente pour cette COP21 est de faire comprendre aux dirigeants du monde que le dérèglement climatique n'est pas une invention, que les conséquences sont déjà visibles pour des millions de personnes sur la planète, et que cela est dû à nos modes de production et de consommation qui épuisent les ressources, et polluent la terre, la mer, et l'air. 
Face à l'urgence climatique, quel pays vous semble avant-gardiste et quel pays vous parait en danger ?
Quand on voit qu'un pays comme la Suède a tellement bien mis en place son système de collecte et tri des déchets qu'elle en vient à importer des déchets pour produire de l'énergie, on peut parler d'avant-gardisme. Quant aux pays qui sont en danger, ils sont nombreux. Je ne peux m'empêcher de penser aux enfants des îles du Pacifique comme Tuvalu, qui vont disparaître d'un moment à l'autre. Alors qu'en Europe nous peinons à accueillir dignement les réfugiés de guerre, qu'en sera-t-il de ces réfugiés climatiques qui vont se retrouver sans pays, sans ressources, derniers témoins de cultures ancestrales? Sans partir trop loin, l'ensemble des pays méditerranéens commencent à ressentir les changements de températures, l'apparition de phénomènes climatiques extrêmes, et l'avancée de la désertification qui menace plus de 40% des terres sur la planète. 
Quels sont les choix citoyens qui permettraient de sauver la planète ? 
Nous avons le pouvoir de choisir ce que nous laisserons à nos enfants. Actuellement, l'empreinte écologique moyenne d'un français est de 5.6. Cela signifie que notre mode de consommation est tel qu'il nous faudrait 5.6 planètes pour produire les ressources nécessaires à notre consommation. Vu que nous n'avons toujours qu'une planète, il est clair que chaque action compte ! Adhérer aux principes de consommation et production durable est un défi à relever par toutes et tous, pour préserver nos ressources, mais aussi contribuer à faire évoluer nos modes de production vers des modèles écologiques, respectueux de la faune et la flore (Humain inclus). Cela se traduit par l'achat de produits en circuits-courts (AMAP, coopératives d'achats...), la réutilisation et le troc (plutôt que de jeter, échangeons !), le retour à une économie locale et le soutien aux organisations de l'économie sociale et solidaire. 
Quel peut être l'engagement féminin pour le climat ?
Je n'aime pas distinguer masculin et féminin car notre responsabilité est égale, mais la nature même du féminin en tant que porteur de vie nous invite à plus de sensibilité sur les questions de préservation de notre eco-système. En tant que mère, je me préoccupe d'avantage de l'avenir que je laisserai à ma fille, et c'est un moteur pour moi pour agir, pour que plus tard elle voit que j'aurais essayé de préserver son héritage environnemental. 
Quels sont les impacts du réchauffement climatique pour les agriculteurs du bassin méditerranéen et comment peuvent-ils réagir ?
Augmentation de la température en été, chute des températures en hiver, baisse des précipitations, élévation du niveau de la mer...voici quelques uns des impacts du réchauffement climatique sur les agriculteurs du bassin méditerranéen aujourd'hui. Cela entraîne une diminution des ressources en eau, une baisse des récoltes, une diminution de la bio-diversité, et bien entendu une baisse de revenus pour les agriculteurs, qui sont les plus vulnérables car dépendants du climat. Il faut comprendre que protéger les agriculteurs, c'est assurer la sécurité alimentaire de la région, mais également la paix. Les plus grandes organisations internationales prévoient une guerre de l'eau dans les années à venir au Proche-Orient, compte tenu de la forte pression sur les ressources hydriques. Il faut réagir maintenant, pour éviter le pire. Cela passe par un soutien aux investissements dans des techniques agricoles respectueuses de l'environnement comme l'agriculture biologique, la permaculture, la culture traditionnelle à étage, le bio-dynamisme ; mais aussi par un accompagnement à travers la plantation d'arbres capables de renverser le phénomène de désertification, protéger les récoltes, et recréer le cycle de l'eau. 
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