COP 21

COP 21 : la femme, l’invisible… d’une photo de famille

Publié le 11 décembre 2015
Ezzedine El Mestiri, journaliste, fondateur du Nouveau consommateur et auteur d'ouvrages consacrés au savoir-être.
Jouer, un luxe pour les petites filles dans de nombreux pays.
Jouer, un luxe pour les petites filles dans de nombreux pays.
© Pixabay

Mais où étaient les femmes sur la belle photo de famille qui réunissait les 150 chefs d'Etat pour l'ouverture de la COP 21 ? Grandes oubliées de cet événement international pour la planète, elles sont pourtant aux premières loges quand il s'agit de vivre les effets des changements climatiques.

Lundi 30 novembre 2015 s’ouvrait au Bourget la conférence mondiale sur le climat, et la force du signifiant ce jour-là, c'était une photo de famille rassemblant 150 chefs d’Etat serrés en rang pour se pencher sur l’état d’urgence de notre planète. Du jamais vu, mais déjà une salutaire prise de conscience et un début de succès. 
Magnifique et majestueuse photo, jamais réalisée dans l’histoire diplomatique, qui manquait pourtant d'un peu de lumière. Sur ce cliché universel, les femmes y étaient à peine une dizaine. Une photo de famille ainsi cochée par une fâcheuse absence et l’invisibilité de l’essentiel ! « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux », écrivait Saint-Exupéry. Et cet essentiel féminin représente beaucoup, la moitié de l’humanité. 
Selon les chiffres des Nations unies, les femmes accomplissent les 2/3 du travail dans le monde. Elles produisent plus de la moitié des aliments, mais possèdent moins de 2 % des terres et ne gagnent que 10 % du revenu total. Faut-il rappeler qu’elles effectuent silencieusement la majeure partie du travail domestique et de soins non compté dans l’économie ? 
Et l’exemple le plus frappant, c'est celui des porteuses d’eau qui assument quotidiennement cette corvée, souvent avec des petites filles. Marchant pendant des heures, elles transportent jusqu’à 60 litres d’eau. Au Burkina Faso et au Bénin, une femme parcourt en moyenne 12 kilomètres pour ramener de l'eau à son foyer. Cette corvée d’eau aura occupé le tiers de la vie d’une femme dans ces pays. A cette pénible activité s’ajoutent toutes les maladies occasionnées et l’éloignement des filles de toute perspective d’éducation, de scolarisation et d’autonomie. 
La conférence sur le climat n’est pas seulement une discussion diplomatique sur la baisse d’un demi-degré, mais aussi un enjeu du devenir des droits humains d’accès à l’alimentation, à l’eau, à la santé.  Le changement climatique est plus qu'une question d'efficacité énergétique ou d’émissions de carbone ; c'est aussi une question d’égalité homme-femme et de lutte contre la pauvreté. Les populations vulnérables à travers le monde sont celles qui seront plus durement touchées par le changement climatique. Parmi les plus pauvres et les plus vulnérables, ceux qui portent le plus lourd fardeau de la marche et de la survie du monde sont les femmes. Elles représentent 70 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté. Elles constituent la majorité des fermiers et elles représentent également une part essentielle de la solution. 
Savez-vous par exemple que lorsque les catastrophes naturelles frappent, elles atteignent d’abord les femmes qui se retrouvent plus démunies. Selon un rapport du programme des Nations unies pour l’environnement publié en 2011, lors de catastrophes naturelles les femmes affrontent des risques supplémentaires. Avec un risque de décès 14 fois supérieur ! Elles sont privées des compétences de survie, comme fuir, courir, monter aux arbres ou nager. Et elles n’ont souvent pas l’autorisation d’évacuer leur maison sans l’accord  de leur père, mari ou frère… Ce sont elles qui élèvent les enfants, s’occupent des vieux et des malades. C’est pourquoi elles sont en première ligne lorsqu’il s’agit de subir les effets destructeurs de ces catastrophes naturelles. Et ce sont elles qui font face à toutes les conséquences du changement climatique. 
Porteuses de solutions innovantes, elles agissent aussi, chaque jour pour développer des actions écologiques concrètes dans tous les domaines. De l’américaine Rachel Carson, auteur d’un ouvrage « Printemps silencieux » sur le scandale des pesticides à Vandana Shiva, l'héroïne indienne du mouvement anti-OGM en passant par toutes les femmes célèbres ou anonymes qui œuvrent pour un monde meilleur… L’avenir de l’écologie et du monde sera féminin. « Nous plantons les graines de la paix, maintenant et pour le futur », s’exclame la kenyane Wangari Maathai, prix Nobel de la Paix 2004 pour sa lutte contre la déforestation, facteur de sécheresse et pauvreté.
L’espérance que la COP21 sur le climat aboutisse enfin à un accord crédible, contraignant, juste, équitable pour éviter le pire, c'est de sauver tout simplement la vie ! Aujourd’hui, l’avancée de notre prise de conscience est réelle. Nous savons ! Et c’est parce que nous savons ce que seront les effets d’un réchauffement climatique que nous agissons, et c’est la bonne nouvelle. Au-delà de prises de positions officielles et des décisions, il y a nous ! Nous, citoyens d’une unique et indivisible planète qui agissons, agirons… Et encore plus parce que nous avons trop tardé. Le changement climatique doit rimer tout simplement avec le mot changer ! Oui, changer notre relation avec la nature et le vivant, notre vision du futur et du monde de demain qui se dessine. « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde » recommandait Gandhi. Nous sommes saisis entre la fin d’un monde ancien et l’avènement du nouveau. Et surtout que ce changement ne soit pas cette sentence immortelle de Tancredi, le neveu du Prince de Salina, dans Le Guépard de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, adapté au cinéma par Visconti : « Il faut que tout change, pour que rien ne change.».
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