Rencontre

Cyril Dion intime

Publié le 21 février 2015
Fondatrice de FemininBio, directrice de collection chez Eyrolles, dingue de bio, folle de nature, de running et par dessus tout de l'évolution de la conscience de l'être humain ;-)
© Fanny Dion

Cyril Dion a mis longtemps à trouver sa voie car il n'imaginait pas faire un métier qui n'ait pas de sens pour lui. Encore en chemin, il se sent aujourd'hui plus à sa place qu'il ne l'a jamais été. Rencontre avec un électron libre qui veut apporter sa pierre à la construction d'un autre monde.

Cyril est un créatif touche à tout, engagé et insoumis. Il appelle par ses actes une nouvelle culture. Co-fondateur de Colibris -avec Pierre Rabhi-, directeur de rédaction du magazine Kaizen, éditeur, poète, il est aujourd’hui auteur et co-réalisateur du film DEMAIN avec Mélanie Laurent (sortie prévue en octobre 2015).

Tu as commencé ta carrière comme comédien. Pourquoi une telle orientation ?
Petit, j'étais assez introverti, angoissé. J'avais l'impression de ne pas être au bon endroit, d'être dans une famille qui ne me comprenait pas très bien. J'avais l'impression de ne pas avoir d'espace pour dire qui j'étais. Devenir comédien, c'était pouvoir m'exprimer.

Ton expérience a cependant tourné court...
J'ai vite déchanté car artistiquement, je faisais des choses qui ne m'intéressaient pas beaucoup. J'ai toujours trouvé le concept de travailler pour gagner de l'argent totalement absurde. Là, je me retrouvais à enchainer les publicités et les téléfilms. J'étais comédien, mais c'était un boulot alimentaire. Et puis, ça je l'ai réalisé plus tard, je suis quelqu'un qui a besoin de donner la direction de ce qu'il fait. Quand tu es comédien, tu te mets au service de la vision de quelqu'un d'autre. Ce n'est pas toi qui dit où on va.

Tu as une âme de leader ?
J'ai beaucoup de mal à me conformer à la vision de quelqu'un d'autre, à me plier à la structure décidée par quelqu'un d'autre. En fait, j'ai beaucoup de mal avec l'autorité. Peut-être que le fait d'avoir eu un grand-père militaire y est pour quelque chose…

Tes parents t'ont-ils encouragé dans ta vie professionnelle ?
Ils ne m’ont jamais empêché. Ils m’ont même influencé, d’une certaine manière… Ma mère avait des aspirations artistiques qu'elle n'a jamais vraiment poussées. Elle est restée femme au foyer, puis quand mes parents ont divorcé, elle a trouvé un boulot alimentaire. Mon père aurait aimé faire de la politique, être diplomate, mais ma mère ne voulait pas voyager. Il est devenu banquier et a fait de la gestion de patrimoine. Ils ont affermi mon besoin de me lever le matin en sachant que je fais ce qui me passionne, me rend heureux… Et il n’y a pas longtemps j’ai réalisé que, d’une certaine manière, je faisais ce qu’ils n’avaient pas pu ou osé faire. On ne vient jamais de nulle part !

Y es-tu parvenu ?
Je me demande souvent si j'ai trahi l'enfant de 16 ans que j'étais dans ce que je suis et ce que je fais aujourd'hui. Si l'enfant que j'étais à 16 ans regardait l'homme que je suis à 36 ans, se dirait-il "quel crétin, il a raté sa vie, il s'est assis sur ses rêves" ? La plupart du temps, la réponse que je me donne est non. C'est positif ça !

Pourtant, tu as fait un burn out en 2012...
Je faisais un nombre de chose déraisonnable : je dirigeais le mouvement Colibris, la rédaction du magazine Kaizen, une collection chez Acte Sud, j’écrivais un film, un roman… Et j'avais une vie de famille ! J'ai beaucoup de mal avec les limites, donc à écouter mon corps, à accepter de ne pas toujours avoir le temps, la force physique, l'énergie pour faire les choses. Malgré mon burn out et les 9 mois de thérapie qui m'ont aidé à m'en remettre, je continue à faire beaucoup de choses. Mais j'essaie de m’écouter d’avantage.

Aujourd'hui, qu'est-ce qui te fait vibrer, qu'est-ce qui t'anime ?
La création et l'expression. J'aime écrire, créer, parler en public. J'ai l'impression d'être de plus en plus à ma place. J’ai encore des progrès à faire, comme tout le monde, mais je sens que je vais vers mes rêves, mes aspirations. Brel disait "Un homme heureux, c'est un homme qui arrête de rêver et qui accomplit ses rêves". Ca me guide.

As-tu une pratique spirituelle ?
Oui, même si elle a beaucoup varié au fil du temps. J'ai reçu une éducation catholique et j'ai été très pratiquant. Depuis j'ai évolué, et au tournant des années 2000, j'ai commencé à pratiquer la méditation. Pour moi, la spiritualité passe beaucoup par le silence la relation à la nature, la création artistique. J'ai l'impression de vivre ma spiritualité lorsque je réussis à me sentir relié aux autres, quand j'ai la capacité de m'émerveiller. Je pense qu'il y a un principe qui organise le vivant et qui est peut-être une source d'amour. Mais je n'ai aucune idée de ce que c'est et de comment il faut l'appeler.

Dans ton actu, il y a le film DEMAIN, coréalisé avec Mélanie Laurent. As-tu été surpris par le soutien que vous avez reçu du public pour le financement du film ?
Nous avons été interloqués, soutenus, portés et confortés dans notre démarche. C'est une grande responsabilité et une sacrée pression ! L'idée est d'aller plus loin qu'un catalogue de solutions concrètes et d'initiatives formidables. On voulait raconter l'histoire du monde et de la société de demain. Nos fondamentaux seront différents, on pensera différemment, et cela irriguera tous les secteurs économique. J'espère que les gens qui verront le film ressortiront en se disant "Waouh, j'ai envie de vivre dans un monde comme ça. Banco, comment on fait ?".

Sommes-nous arrivés à un tournant pour l'humanité ?
Le grand rendez-vous aura lieu d'ici 20 ans, autour de trois sujets qui résument les autres : le climat, la biodiversité et les inégalités. On a perdu 50% des mammifères sauvages ces 40 dernières années, c'est la 6ème extinction de masse des espèces ! On est entrain de dérégler les écosystèmes et le dérèglement climatique accélère le processus. 85 personnes possèdent autant que 3,5 milliards… La question est de savoir si l'humanité est capable de s'imaginer comme un tout, une espèce, et de prendre conscience de notre interdépendance.

Cette nouvelle culture sera-t-elle bottom–up, c'est-à-dire portée par les citoyens ?
La conscience collective évolue. On peut parler aujourd'hui de sujets qui n'étaient pas du tout audibles il y a cinq ans. Même la classe politique et les grandes entreprises comprennent où sont les problèmes. Aujourd'hui, ces gens sont focalisés sur la défense de leurs intérêts plus que sur l'engagement pour l'intérêt général. Mais en face, la culture change, au point que les politiques devront bientôt se plier à des nouveaux comportements devenus la norme.

Sommes-nous loin de cette bascule vers une nouvelle culture ?
Le mouvement est encore minoritaire, mais il s'accélère. J'ai récemment déjeuné avec un ami qui se fichait un peu de ce que je lui racontais il y a cinq ans sur l’économie. Et voilà qu'il s'est fait virer parce que son entreprise a été rachetée par un fonds de pension américain. Maintenant il a compris. L’idéal serait de comprendre avant que les ennuis arrivent !

Penses-tu que l'humain a tous ces besoins inutiles car il cherche à être toujours autre chose que ce qu'il est ?
Je ne sais pas si nous cherchons à être autre chose, mais nous cherchons qui nous sommes et pourquoi nous sommes là pendant très longtemps. Une grande partie de notre existence est consacrée à essayer de compenser notre angoisse de la mort et la conscience aiguë de notre fragilité par la sécurité, l’apparence… Nous allons chercher des réponses intellectuelles à des questions existentielles. Pourtant, être n'est pas un concept, il faut l'expérimenter.

Quelles personnalités t'inspirent ?
Plein de gens m'inspirent. J'adore Rob Hopkins, il est drôle, simple et concret. Il a beaucoup d'humour. Ses mots me touchent, il me donne envie d'avancer et me ramène à des choses simples. Vandana Shiva me donne envie de me bouger, Naomi Klein a une pensée intransigeante et une immense intelligence. Et si je peux en citer un dernier, je dirais Christophe André. Il est simple, profond, doux. C'est tout ce dont j'ai besoin dans ma vie en ce moment !

 

 >> Pour une lecture optimisée, retrouvez cet article dans votre magazine iPad de février 2015

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