Éducation

Éducation : y'a-t-il une méthode idéale ?

Publié le 6 septembre 2013
Vincent Houba a développé une lecture unique du facteur humain en démontrant le lien étroit entre l’architecture “matérielle” de nos cadres de vie et celui des “architectures invisibles” qui régit le comportement humain. Sa pratique s’appuie sur la psychologie, le management et la communication relationnelle et contribue à l’application de modèles “bio-logiques” au sein des organisations humaines.
Apprendre à croire en son enfant et le laissez devenir l'adulte qu'il doit devenir
Apprendre à croire en son enfant et le laissez devenir l'adulte qu'il doit devenir
© Istock

Les débats sur l'éducation n'en finissent pas de déboucher sur de nouvelles méthodes éducatives. Mais avant de chercher des solutions, si nous prenions le temps de nous reconnecter aux fondamentaux ?

Le mot éducation vient du latin educatio, du verbe ducere (conduire) et de l'adverbe-préposition ex (hors de). Il s'agit donc de "l'art de faire en sorte qu'un enfant puisse sortir de chez lui pour se débrouiller dans le grand monde". 

Dans la nature, chez la plupart des mammifères, il n'y a pas d'apprentissage du bien et du mal mais plutôt du familier et de l'étranger. L'éducation consiste à élargir peu à peu, de façon sécurisée, l'espace que le jeune fréquente. Et cela se fait par "initiations" successives via des expériences accompagnées, et non par de passives leçons de savoir. 



Laissez son enfant devenir ce qu'il doit devenir

Notre société humaine occidentale s'est éloignée de ce mode naturel et son système éducatif, bien à son insu, est devenu une source considérable de violence faite à l'homme. Plutôt que de parvenir au développement du plein potentiel de l'individu, ce qui est le but premier d'un système éducatif, ce dernier aboutit le plus souvent à une perte de confiance en soi et une défiance par rapport à ses propres ressources. 

Voici le dialogue imaginaire qui me vient souvent à l'esprit lorsque j'observe des enfants aux prises avec leurs éducateurs (parents, enseignants ou autres...) et que j'aurais envie d'avoir avec ces derniers. Imaginez que j'ai une noix en main :

 

- Qu'est-ce que je tiens ici en main ?


- Une noix.


- Vous êtes sûr ?


- Bien sûr !


- Et si je la plante en terre, que se passe-t-il ?


- Elle va devenir un noyer. 


- Un noyer ? Vous en êtes certain ? 


- Évidemment !


- Pourtant quand je vois cette petite coquille toute nervurée et grossière, je n'y vois aucun signe de ce grand arbre à la frondaison bien développée. Comment êtes-vous sûr que ça ne puisse pas devenir un chêne ?


- Mais enfin Monsieur, c'est impossible, tout le monde sait ça !


- Et pourquoi n'avez-vous pas cette même confiance aveugle face à votre enfant ? 

Pourquoi vous comportez-vous comme un jardinier qui, ayant trouvé cette noix, aurait décidé de ne pas la planter en terre mais dans un autre substrat, de lui faire une injection pour y ajouter des produits modifiant sa composition de base, de ne pas lui donner de l'eau mais une mixture de son invention, de ne pas la laisser grandir à son rythme mais d'accélérer sa croissance tout en pratiquant de minutieux élagages, tout cela dans le but d'en faire non pas un noyer mais un chêne, simplement parce qu'il estime qu'un chêne est plus noble qu'un noyer ? 



Pourquoi avez-vous cette foi aveugle dans le fait que cette petite coquille contient déjà tout ce qu'il lui faut (à condition de recevoir un bon substrat pour prendre racine) pour devenir ce qu'elle est censée devenir, à savoir un noyer, et n'avez-vous pas cette même foi dans les ressources avec lesquelles votre enfant est venu au monde pour simplement devenir ce qu'il est censé devenir ? 



- ... ?!"

Utilisez des méthodes éducatives non violentes pour lui permettre de se développer 



Aucune noix n'est identique à une autre. Aucun noyer n'est identique à un autre. Tout comme les humains.

Un enfant n'a pas besoin de "méthodes éducatives" pour se développer. Ces méthodes doivent être au service de son déploiement, tout comme le terreau est au service de la transmutation de la noix en noyer, et non l'inverse.



L'enfant a avant tout besoin de présence, d'une posture ancrée, solide, sereine et alignée à ses côtés. Cela lui permet de prendre appui, plutôt que d'être pris en charge, ce qui est devenu un fléau de notre société. Quand il peut prendre appui sur un roc solide, il fait l'expérience de sa propre force à ce contact et il va pouvoir s'y installer en toute confiance. Le temps d'une dépendance d'apprentissage auprès d'un adulte à son service, un adulte qui ne donne, ni ne prend, qui est simplement là et chez qui il peut recevoir ce dont il a besoin pour grandir.  



La vie a besoin d'un témoin pour prendre conscience d'elle même. Pas un témoin qui me dit qui je suis, un témoin qui est lui-même et qui me permet d'aller vers moi. C'est la "relation" indispensable au développement sain d'un être, autonome et responsable. 

Mais si ce témoin donne, ordonne, exige, impose, cela n'est plus de la relation mais du lien, donc de l'aliénant, c'est du "copié/collé".

Il n'y a pas d'appui en soi possible mais de l'appui en l'autre. Ce n'est plus de la dépendance d'apprentissage mais de la dépendance tout court et de l'apprentissage aux diverses formes de prises de charge dans la société. C'est l'apprentissage de la revendication des droits plutôt que de la responsabilité d'être. 

Bien au-delà des méthodes éducatives, c'est notre posture d'éducateur qui est à revoir et à ancrer. 



Bien sûr, les outils éducatifs sont à notre service pour cela et la "Communication Non-Violente" en est une parmi d'autre. La force de cette approche est de privilégier l'écoute des besoins de l'enfant. Ce qui ne veut pas dire leur satisfaction, soyons clairs sur ce point important ! 



Un enfant qui se sentira entendu dans l'expression de ses besoins et à qui, dans le dialogue et l'écoute empathique, on pourra aider à trouver la manière la plus adaptée pour lui de les satisfaire fera l'expérience du respect, de l'autonomie dans la relation, de la responsabilité et du pouvoir sur sa propre vie. Cela lui évitera par la suite de vouloir prendre le pouvoir sur l'autre et lui développera le goût de la collaboration, de la coopération, de la co-construction.



Et cela lui permettra aussi de contribuer à la société humaine en lui offrant sereinement ses compétences et son potentiel plutôt que de militer dans le collectif pour y chercher sa place. Il ne cherchera pas à créer un monde meilleur portant ses valeurs et dans lequel il se sentira mieux. Il se sentira bien avec lui-même dans le monde tel qu'il le rencontre et le monde sera transformé du simple fait que cet être occupera pleinement sa place plutôt que de chercher à en prendre une dans le monde ! À méditer. 


Retrouvez Vincent Houba sur son site Les architectures invisibles. Découvrez plus d'informations sur l'éducation non violente sur le site européen de la CNV et sur le site du Centre pour la Communication Non Violente

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