Faire passer l’entreprise du capitalisme libéral à l’âme de l’entreprise éco citoyenne

Publié le 2 novembre 2011 - Mis à jour le 30 novembre 2012

Société du latin societas, socius  signifie uni, associé, partagé. J’y crois. C’est même un vrai sens à ma vie d’entrepreneur. J’ai encore beaucoup de retard sur cet objectif, mais nous progressons ensemble avec l’envie de se rapprocher de cet équilibre idéal et les exemples que nous rencontrons dans notre vie nous stimulent !

Le grand édito de Charles Kloboukoff

Uni
Vers une société à responsabilité moins limitée : de la gestion de l’impact sur la nature à la restauration de la biodiversité
Uni avec la nature depuis que j’ai eu l’opportunité de devenir entrepreneur indépendant, j’ai toujours eu l’envie de construire de la valeur économique en respectant la nature. Ce n’est pas une volonté anodine. C’est une obligation morale. Doit-on se permettre de détruire la nature pour la réinventer en salle blanche au seul motif que la chimie coûte moins chère en termes de productivité ? Qui peut nous dire le coût pour restaurer tout ce qu’elle aura détruit, généré comme déchet, ou comme maladies ? Je ne condamne pas la chimie lorsque c’est une question vitale de survie ou de santé. Elle reste une science et une technologie qui peut nous apporter des solutions.
Je la rejette là où nous pouvons nous en passer.
Nous avons pris le parti dans notre entreprise de nous priver de développement économique sur des marchés où les actifs de synthèse chimiques prédominaient. Au nom de la loi économique et des parts de marché chez les grands distributeurs, c’est préjudiciable à court terme, mais c’est notre choix. Nous sommes convaincus que les distributeurs nous rejoindront et nous soutiendront à terme dans cette démarche citoyenne. Cela impose une exigence économique forte avec des actifs naturels  et des filières bio tracées. Je suis un entrepreneur fier d’accepter ce défi difficile mais au combien chargé de sens, de vie, de diversité et de solutions parfois ancestrales. Je crois que le rôle de l’entreprise de demain dépassera celui de ne pas abîmer la nature ou même de payer un impôt vert volontaire. Il sera de bonifier notre environnement ! L’héritage du pillage de l’environnement par un capitalisme ultra libéral, nous imposera de déstandardiser, de relocaliser les savoirs-faire, de réintroduire la biodiversité. Pour aller vers une société en union avec la nature.

Associé
Vers une société moins anonyme : pour une implication sociétale, envers les associations environnementales et le tissu associatif local
L’excès de demande de rendement du capital a fortement détérioré, au cours des dernières décennies, le lien social dont l’entreprise locale était  garante. Les schémas de centralisation ont enlevé les moyens économiques (locaux) consacrés au soutien du  tissu local. L’entreprise est un être vivant qui doit se réinsérer et apporter sa contribution sociale, et pas seulement fiscale.
Etre volontariste sur l’un devrait permettre d’être partiellement exonéré sur l’autre, pour encourager les initiatives ; tout le monde y serait gagnant car on passerait des subventions passives à des soutiens actifs l suivis localement. Une charte éthique pourrait accompagner ce mouvement (comme pour le sponsoring et le mécénat). Pour devenir une société associée à un projet collectif local.

Partagé

Vers une société coopérative : pour l’intégration des salariés au capital de l’entreprise et à la stratégie, pour la motivation par l’appartenance au projet, pour le rôle des femmes
Créer c’est se réaliser. Que ce soit dans le domaine artistique, agricole, sportif ou économique ; une fois qu’on a satisfait son égo et réussi, on peut s’élever si l’on veut, vers son corps émotionnel et spirituel et « l’écoute de l’écoute ». Celle de soi à travers les autres et vice versa. A partir du moment où on accepte cette interdépendance, on reconnait mieux le rôle positif de chacun. J’ai eu la chance de réaliser cela grâce à des rencontres. Le partage devient alors naturel et progressif.
L’entreprise est une société qui vit avec des règles économiques : elle doit devenir plus sociale, plus démocratique, avec une gouvernance plus partagée pour s’émanciper de son créateur et devenir un fruit collectivement partageable et partagé.

Durabilité
Vers un « éco-capitalisme » social et réaliste : une économie qui gagne moins vite mais plus longtemps
Trouver le bon modèle économique, c’est notre défi à tous au quotidien, pour pérenniser notre entreprise. Pousser le niveau d’exigence  en donnant du sens et en ayant une philosophie entrepreneuriale, tout en trouvant le succès commercial , est une alchimie quotidienne, qui nous pousse vers nos points forts et nous incite à nous défaire de cette nécessité de lutter contre les autres pour gagner des parts de marché. Créer de la valeur durable a plus de sens. Il y a autant d’entreprises que de chemins possibles d’évolutions des espèces. A chacune de trouver sa vraie place, en cultivant son savoir-faire, sans chasser inopportunément sur le territoire de l’autre. Je crois que les PME  et groupements multi spécialistes gouvernés par des hommes et des femmes mutualisant des moyens, ont une vraie place à trouver dans l’économie face aux multinationales gouvernées par l’argent et le rendement à court terme.

Vers un nouveau sens du travail et de la consommation : l’économie au service des hommes, assumer ses consommations et ses convictions. La société en tant qu’entreprise doit retrouver sa vraie nature : créer de la valeur économique partagée, du lien social et sociétal, respecter la nature, et faire émerger à travers ses marques ce qui constitue sa raison d’être, cachée derrière la performance : son âme.
Le bonheur de l’entreprise de demain n’est plus dans le pouvoir et dans l’avoir, il est, comme pour nous, dans notre capacité à échanger, partager, transmettre et à révéler notre âme. C’est ma conviction, c’est ce à quoi j’aspire et que j’essaye d’appliquer un peu plus, fier mais humble.

Charles Kloboukoff est Président Fondateur du groupe Léa Nature (cosmétique bio et naturelle, alimentation bio, santé et diététique bio et naturelle et maison écologique), basé à La Rochelle, il emploie aujourd'hui plus de 500 personnes.
Les 4 sociétés du groupe Léa Nature adhèrent au Club « 1% pour la Planète » et font partie des plus gros donateurs européens de ce réseau international d’entreprises (les sociétés adhérentes s’engagent à verser a minima 1% de leur CA à des associations environnementales). Source Ernst & Young.

Visionnez notre interview vidéo de Charles Klobokouff sur le salon Natexpo 2011 en compagnie Didier Pérréol, PDG du Groupe Euro-Nat.

Charles Kloboukoff
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Par lunazen le 17 janvier 2012 à 15h21
Très juste

Une vision très juste de ce que devrait être l'entreprise d'aujourd'hui.

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