COP 21

Les femmes et le climat

Publié le 11 décembre 2015
Les femmes, aux premières loges des impacts du changement climatique
Les femmes, aux premières loges des impacts du changement climatique
© Pixabay

La COP 21 a dédié une journée aux femmes, moins pour célébrer celles qui représentent une moitié de l’humanité que pour remettre les femmes au cœur des problèmes subis à cause du changement climatique. Et des solutions ! C’était le mardi 7 décembre, au Bourget. Vaia Tuuhia a assisté aux échanges de cette journée exceptionnelle.

Pionnières, militantes ou femmes politiques, les femmes présentes à la conférence ont porté des messages forts et parlé avec le cœur pour montrer que l’égalité homme-femme était aussi une condition de succès pour la lutte contre le réchauffement climatique.
Le lien n’est pas évident, du moins, pas spontané pour tous…
Combien de femmes sont dans les délégations diplomatiques qui négocient les politiques climat ? Un combat pour Mary Robinson, ancienne présidente d’Irlande et fondatrice de Climate Justice. « S’il y avait plus de femmes, peut-être se dégagerait il plus d’empathie vis-à-vis des petits états insulaires, des Etats les plus pauvres ». Propos que conforte Vandana Shiva : « Quand on attaque la nature, on attaque les femmes, elles réagissent par empathie ». Néanmoins, c’est aussi au regard de la vulnérabilité des femmes que Ségolène Royal (ministre de l’environnement), Winnie Byanyima (Oxfam International) et Marie-Monique Robin (réalisatrice) sont venues témoigner à cette table ronde.
Elles nous ont amenés à regarder le quotidien de femmes en Afrique, au Cambodge, au Népal… mais ce pourrait être partout dans le monde. Au sein de communautés vulnérables, les femmes sont plus touchées encore, elles sont les plus pauvres des pauvres. "Il y a une féminisation de la pauvreté", martèlent les oratrices. Le changement climatique est une menace sur les activités agricoles, en particulier des agricultures familiales souvent prises en charges par les mères, alors qu’elles ne sont que 5% à avoir accès aux ressources financières et moins encore au foncier. Ce sont des distances plus longues pour aller chercher l’eau, le bois… les femmes sont aussi de ceux qui doivent migrer quand leurs terres sont inondées, mais la route est encore plus source de dangers pour elles.
Fallait-il qu’on nous dépeigne un tel tableau pour comprendre l’enjeu ? Ou simplement pour conforter cette confiance envers des êtres dont l’énergie est décuplée par les épreuves ? 
Le climat est une question de justice, ceux qui en souffrent le plus sont ceux qui émettent le moins de gaz à effet de serre. C’est vrai d’un point de vue géopolitique et c’est ce que traduisent les tensions au sein des négociations climatiques. Les pays pauvres veulent que les pays développés reconnaissent leur responsabilité quant à la situation actuelle. Si tous doivent aujourd’hui s’engager dans la lutte contre le changement climatique, un principe même d’équité doit permettre de le faire de façon différenciée. La question du genre ne créé pas autant d’émois. C’est au bout 12 ans que des femmes comme Mary Robinson voient enfin un comité pour les femmes créé fin 2014 lors de la COP 20 qui a eu lieu à Lima. Un moyen de faire porter leurs voix, d’être dans les groupes consultés. Quel chemin parcouru depuis ce jour en 2007, à la COP de Bali, où ses rapports sous le bras, démontrant que les droits des femmes régressaient et que le lien avec les impacts climatiques en étaient une des causes, Winnie Byanyima s’entendait dire, « vous savez le climat c’est très technique, c’est normal que nous ne venions pas aux conférences que vous organisiez » !
Les plaidoyers des intervenantes
Pour les oratrices de cette journée dédidée aux femmes, l'urgence est que les projets pour l’adaptation au climat pèsent davantage dans les financements rassemblés pour le climat. Aujourd’hui ils représentent 16% soit 4 milliards par an « si vous prenez tous les petits fermiers, c’est 4 dollars par an, le prix d’un café à Paris ». Second combat : que ces politiques décidées par les Etats permettent de maintenir le réchauffement en dessous de 1,5 degrés. Au-delà, la facture des pays en développement augmentera drastiquement. Mais l’argent n’est finalement pas le principal enjeu, c’est repenser le modèle économique en profondeur que la plupart de ces femmes mettent en avant : « Construire une économie plus humaine passera par les femmes ou ne passera pas ».
Ségolène Royale parle d’un accord ambitieux pour le climat, un accord ambitieux pour les femmes. Mais ce point de l’accord sur le genre est contesté, avant la signature de l’accord, rien ne peut être confirmé. Cette ambition requiert aussi des réformes des cadres techniques, et les lignes bougent : ¼ des financements de l’AFD prennent en compte dans les projet de développement la question du genre.
Mais c’est aussi en dehors de ces enceintes que les changements s’expérimentent. Vandana Shiva a une façon bien à elle de nous rappeler que nous ne sommes pas les créateurs, ni les maitres, mais que nous faisons simplement partie de cette terre. Elle applique cette même vision systémique pour parler de la fertilité des sols, du recyclage de la matière organique, de l’alimentation, de l’agriculture et du climat. Etre dans cette approche du vivant devrait naturellement nous conduire à laisser les énergies fossiles dans les sols. « Plantez les graines de l’agro-écologie, prenez des arbres dans vos bras ». A l’entendre cela semble si évident.
Les solutions, il y en a pour des sociétés plus sobres, plus douces. Marie-Monique Robin nous avait déjà interpellé avec Sacré croissance. Elle a réalisé un autre film, autour de toutes ces femmes qu’elle a rencontrées et qui portent un récit pour un autre monde. Elle a mis en images trois types de grands mouvements : l’agriculture urbaine, bio et relocalisée. Et avec elle, nous découvrons le biogaz qui alimentent des fermes et permettent à des villages de sauter l’étape charbon, de leur développement. « S’il ne pleut plus, comment on va allumer la lumière et cultiver la terre ? ». La pluie et la lumière, on n’y pensait pas nécessairement avant cette question d’une de ces héroïnes du quotidien de Femmes pour la planète
La COP 21 doit bien être l’occasion d’un saut qualitatif.
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