Attentats de Paris

From Paris with Love…

Publié le 24 novembre 2015
Après avoir contribué à démocratiser la culture à travers EVENE.fr, Christophe Chenebault se consacre désormais à des projets qui valorisent l’humain et la planète. Il est l'auteur du livre "Impliquez-vous" (préfacé par Pierre Rabhi), co-fondateur des "Rencontres changer le monde", ainsi que du "Printemps de l'éducation".
Peace for Paris, un symbole de paix repris dans le monde entier
Peace for Paris, un symbole de paix repris dans le monde entier

Tribune libre à Christophe Chenebault, du Comité Ethique et Scientifique de FemininBio, qui nous parle de liberté, d'égalité et de fraternité suite aux attentats qui ont visé Paris le 13 novembre 2015.

Je suis Parisien. Je viens de vivre les attentats du 13 novembre. J’ai aussi vécu Charlie. Ainsi que beaucoup d’autres événements dont la vie a le secret. Ce vendredi 13 novembre, j’avais décidé de passer ma soirée à méditer dans la lumière, une belle idée, j’ai compris pourquoi le lendemain... Le samedi justement, reprenant le fil du tourbillon de la vie, je découvre une avalanche de messages venant de tous horizons, de la simple réassurance « Et toi ça va bien ? » à l’envie profonde de partage et de reliance. Je m’informe et je comprends. J’allume une bougie, puis plusieurs. Je me recueille. J’envoie de la lumière à toutes ces victimes. Je les honore et les remercie. Et je me relie aux autres. Le soir de ce samedi, je sors prendre le pouls de la ville, il fait nuit et Paris est désert, très vite 
 je croise cette affiche culturelle où l’on peut lire de manière affirmée JOIE DE VIVRE accompagné de deux personnages joyeux et dansants. Un sourire serein me vient aux lèvres et ne me quittera plus les  jours suivants. Je remercie la vie de m’avoir envoyé ce signe, le signe que les choses ne sont ni bonnes, ni mauvaises, elles sont, c’est tout… Et qu’il s’agit d’y prêter une grande attention et de le vivre pleinement, car nous avons beaucoup à y apprendre. Mais que nous n’avons surtout pas à en avoir peur…
Alors que dire sur ces événements ? Beaucoup de choses justement car, une fois de plus, ils ne se présentent pas à nous par hasard. Déjà ils prennent place à Paris, tout un symbole. Paris a longtemps été surnommé la ville-lumière et la tour Eiffel en est devenu son phare, rayonnant cette lumière sur le monde. Paris est aussi la ville de l’amour, d’où sans doute le fait qu’elle demeure la destination la plus visitée sur la planète. Et Paris est aussi la capitale et le cœur de la France, pays qui a fait émerger de son histoire la devise universaliste ‘liberté, égalité, fraternité’. Voilà pourquoi le président Barack Obama a très vite réagi (avant même notre président…) aux événements du 13 novembre en les évoquant ainsi « Cette tragédie nous rappelle que la devise ‘liberté, égalité, fraternité’ n’évoque pas seulement des valeurs françaises mais des valeurs que nous partageons tous (…) ces attentats ne sont pas seulement une attaque contre Paris, c’est une attaque contre toute l’humanité et nos valeurs universelles ». Nous Français, parés de notre drapeau bleu-blanc-rouge et de la Marseillaise qui ont soudainement repris des couleurs, n’aurions pu mieux dire…
Ensuite ces événements suivent de quelques mois l’attentat au sein de la rédaction du magazine Charlie hebdo le 7 janvier dernier. Charlie était une atteinte à la liberté d’expression, donc à la liberté de tous. Charlie est ainsi devenu comme un authentique porte-étendard de nos consciences. La réponse de 4 millions de français a été de descendre dans la rue pour dire « moi aussi, je suis Charlie ». Voltaire à l’époque l’exprimait ainsi « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à ma mort pour que vous ayez le droit de le dire ». Et au fait la ‘liberté’ n’est-elle pas justement une des valeurs françaises ?... Mais revenons au 13 novembre. Les terroristes s’en sont pris à des lieux populaires de ‘mixité sociale’ importants : le sport, la musique, les cafés. Et très vite beaucoup de Parisiens ont réagi en pensant que « cela aurait pu être moi ». Nous sommes ainsi passés de la ‘liberté’ à ‘l’égalité’, autre valeur française et universelle… Et dans cet hommage unanime que nous rendons à ces victimes, à ces femmes et à ces hommes de toutes conditions qui ont perdu la vie, à cette jeunesse éprouvée, se cache une proximité intérieure qui touche particulièrement nos cœurs. Car ce sont bien nos cœurs qui ont été atteints cette fois-ci.
La réaction de nos gouvernants a été d’instaurer ce régime très exceptionnel qu’est ‘l’état d’urgence’ et de mettre à disposition les ressources de la République pour ‘entrer en guerre’. Cela nous en dit long sur l’état d’esprit de la France, mais aussi de nous-même. Sommes-nous dans un état d’urgence ? Sommes-nous en guerre avec nous-même, avec les autres ? Cédons-nous aux logiques de peur et de haine ? Voulons-nous coûte que coûte éradiquer ce ‘cancer de l’extrémisme islamique’ ? Grâce à l’intelligence de la vie, ces événements nous offrent beaucoup de miroirs pour comprendre là où nous en sommes dans nos valeurs, nos croyances, nos attachements, nos peurs, nos résistances. Le mahatma Gandhi nous le précisait « Il n’y a pas de chemin vers la paix, la paix est le chemin ». Et plus nous sommes en paix avec nous-même, moins on court, plus on recherche les causes intérieures de nos souffrances, et moins nous avons de peurs… Mais sommes-nous véritablement en paix avec nous-même ? Et avec nos conjoints, nos enfants, nos parents, nos amis, nos collègues ? Si ce n’est pas le cas, pourquoi voudrions-nous que le monde soit en paix ?
Et Daech ? Une hydre à plusieurs têtes qui repousseront ici ou là - comme pour l’Hercule de la mythologie dans ses 12 travaux - et qu’il sera difficile de stopper si nous n’agissons pas sur les véritables causes. Cette hydre est là, aujourd’hui, pour nous aider à guérir de nos maux. Et il ne s’agit pas d’ériger des remparts et de ‘se protéger’ de l’extérieur, car alors en se croyant protégé, nous finirons isolés. Mais bien de ‘transformer’ notre intérieur. Car pour faire écho aux prières lumineuses que nous envoyons actuellement aux victimes, n’oublions-pas que les pensées négatives et les soucis qui habitent notre quotidien sont aussi des prières agissantes… Et ainsi, lorsque notre être intérieur sera en capacité d’être dans l’acceptation de ces événements, peut-être pourrons-nous commencer à pardonner. Pardonner aux instigateurs de cette barbarie, mais aussi pardonner à tous ceux qui ont indirectement nourri ces actes, et donc quelque part aussi nous pardonner à nous-même… En paraphrasant Albert Einstein, nous pourrions dire que ‘le problème de notre temps ne sont pas les terroristes, mais le cœur de l'homme’. C’est ainsi que les épreuves vécues dans la conscience du coeur, dans l’accueil sans jugement et dans la bienveillance, nous rendent plus forts et plus heureux.
Et si nous prenons encore un peu plus de hauteur de vue, nous pouvons comprendre que c’est souvent à partir du chaos qu’une nouvelle création arrive. C’est ainsi que l’idéogramme ‘crise’ en chinois signifie à la fois ‘danger’ mais aussi ‘opportunité’. C’est ainsi que la chenille a la capacité de devenir papillon. Et c’est ainsi que ces deux séries d’attentats parisiens, en appuyant là où ça fait mal, nous montrent le chemin. Un chemin qui nous mène de la ‘liberté’ et ‘l’égalité’ à notre devoir universel de… ‘fraternité’. « Nous sommes solidaires, emportés par la même planète, équipage d'un même navire » nous rappelait Antoine de Saint-Exupéry. Et la vie étant faite de cycles, les astres nous précisent que nous sortons d’une ère, celle du Poisson, et que nous entrons dans une autre, celle du Verseau. Quelles sont donc les valeurs du Verseau ? Tout simplement l’amour et la fraternité. Utopique ? Pour certains, oui. Pour moi et bien d’autres, non. Car agir pour un monde meilleur plutôt que continuer à se battre pour un ancien monde, dépend de chacun de nous. Passer du « je » au « nous » dépend de chacun de nous. Ecouter le bruit de la forêt qui pousse plutôt que celui de l'arbre qui tombe dépend de chacun de nous. Construire des ponts plutôt que des murs dépend de chacun de nous. Se demander « que puis-je faire ? » plutôt que « que va t-il arriver ? » dépend de chacun de nous. Passer de l’amour du pouvoir au pouvoir de l’amour dépend encore et toujours de chacun de nous. Oui, le monde ne changera pas sans nous.
John Lennon disait avec une ironie très pragmatique « La vie c’est ce qui nous arrive quand on a d’autres projets !», vous savez John Lennon ce personnage musicien connu mondialement qui a lui aussi été fauché dans sa jeunesse… et qui nous suggérait dans sa chanson ‘Imagine’ d’unir nos humanités dans la fraternité, l’harmonie et la paix « Imagine all the people, living life in Peace ». Alors, pour ces victimes de Charlie et du 13 novembre, pour nous, pour nos enfants, pour la 7ème génération, on commence quand ?
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