Emile Noël

David Garnier : "Une histoire, 4 générations dans l'agriculture"

Publié le 22 février 2013 - Mis à jour le 29 mars 2013
David Garnier prend la relève d'Emile Noel à l'huilerie de la famille
David Garnier prend la relève d'Emile Noel à l'huilerie de la famille

Créée en 1966, l'huilerie bio Emile Noël est avant tout une histoire de famille : une vie, une passion, un métier transmis de générations en générations. Pour notre tour de France du bio région Languedoc Roussillon, David Garnier, quatrième génération de passionnés, répond à nos questions.

L'huilerie Noël est avant tout une histoire de famille. Pouvez-vous nous raconter comment vous êtes, à votre tour, "tombé dans la marmite" du bio ?

Je ne suis pas tombé, je suis né dans la marmite ! Depuis tout petit, j’ai toujours vécu à l’Huilerie, tous mes souvenirs me ramènent aux graines à leurs goûts. Lorsque les producteurs de la région venaient livrer à Pont St esprit, je m’amusais avec ma sœur à identifier les graines ou les fruits : Est-ce du tournesol ? du sésame ? de la noix du Brésil ? des graines de courges… J’ai aussi sans même y prêter attention mémorisé les odeurs de triturations liées à ses graines et ses fruits. 
J’ai plongé dans cet univers de fabrication des huiles dès ma naissance et à 16 h pour le gouté je préférais une tartine à la tapenade au Nutella !
Vous faites partie des pionniers dans l'univers du bio. Comment cette aventure a-t-elle commencée ?
L’aventure a débuté en 1920 par mon arrière grand-père Emile et elle s’est intensifiée avec mon grand-père Emile, c’est lui le véritable pionnier de la famille !
Une histoire, 4 générations, où en effet l’envie d’explorer et proposer une autre vision de l’agriculture et de la consommation s’est imposée à nous.
Mon grand père a été la première huilerie en France à triturer des graines issues de l’agriculture biologique (certification Nature et progrès) en 1972. Figure historique de la bio, pionnier des huiles biologiques dès les années 70, c’est en effet un précurseur du commerce équitable et solidaire. L'enfant de Pont Saint-Esprit a fait d’un moulin familial une entreprise à la conquête des continents.
Ma mère, Annick Garnier, a poursuivit l’aventure et à présent c’est moi en effet qui multiplie les aventures et rencontres en proposant de nouveaux produits, en travaillant toujours plus avec les filières en Bio Equitable et Bio Solidaire et en développant l’exportation…Canada, USA, Chine…
Emile Noël était un personnage emblématique et très apprécié. Qu'est ce qui a changé dans l'entreprise depuis sa disparition en septembre 2011 ?
Rien n’a changé, mais dans l’entreprise, nous avons perdu sa présence physique, son regard profond et si bleu, sa tendresse et sa force, car tous les jours il passait faire son tour pour saluer tous ses anciens collaborateurs ! En fait, rien n’a véritablement changé dans l’entreprise car il avait préparé son départ d’activité mais également préparé la succession capitalistique de l’entreprise pour la génération suivante. Nous avions donc bien anticipé à ce départ.
Depuis 1999, il ne travaillait plus à l’Huilerie Noël, certes nous échangions, discutions et cela m’a permis de m’imprégner de sa vision positive et de son caractère optimiste ! Il avait l’élan naturel des personnes qui foncent et construisent toujours…Il reste avec nous, dans nos mémoires, la mienne bien entendu, mais dans celle des salariés également…
L'entreprise Emile Noël s'engage en faveur du commerce équitable et solidaire. Une suite logique à votre engagement dans la bio ?
Oui, comme je vous l’ai dit dès 1972 nous avons débuté cet engagement en créant des accords pour le tournesol avec des producteurs locaux puis en lançant la première filière bio de sésame avec traçabilité en Afrique de l’Ouest dès 1985. Il a été pionnier dans le commerce solidaire, quelques années avant qu’on l’appelle commerce équitable !
Aujourd’hui, je poursuis cet engagement pour filière sésame au Mali ou l’on travaille avec 10 000 producteurs bio et où l’on cultive le sésame sur 9000 hectares ! Je vous laisse imaginer en ce moment combien notre soutien est essentiel aux paysans et population.
J’ai ajouté de nombreuses nouvelles filières, l’avocat au Kenya, l’argan au Maroc…
Nous avons également développé le bio solidaire en réintroduisant le tournesol, qui reste fragile à soutenir car il faut trouver des marchés à l’export pour soutenir les 250 producteurs de la Vallée de la Drôme. La cameline, moins connue doit elle aussi être valorisée et dégustée. Le chanvre plus confidentiel a fait aussi l’objet de mon soutien en région. Nous avons encore de nombreux projets et études en cour.
La demande de produits bio est de plus en plus forte en France. Pensez-vous que les habitudes des Français soient réellement en train de changer ?
Oui, elles ont déjà beaucoup changé, notamment en 2005 avec l’élargissement vers de nouveaux consommateurs bio, moins militants mais très attentifs et impliqués et encouragés dans les causes environnementales notamment suite au 1er grenelle de l’environnement. Aujourd’hui, le marché de l’alimentation bio représente 4,2 milliards d’euros contre 1,5 milliard en 2005.
Le bio n’est plus un phénomène de monde, c’est devenu un choix de vie pour de nombreux citoyens. Pensons qu’aujourd’hui les 2/3 des français consomment au moins une fois par an un produit bio, c’est encourageant non ? 
Quels sont vos produits phares aujourd'hui ?
Nos huiles d’olives où l’on propose une sélection de 15 références, fruité vert, intense, douce, non filtré, étrangères, nouvelle récolte…
Notre huile de sésame en Bio équitable ensuite et le tournesol en Bio solidaire, enfin nos cocktails d’huiles santé type Omega 3. Nous restons l’huilerie proposant la gamme la plus étendue du marché avec plus de 35 variétés d’huiles.
Si vos huiles biologiques sont très réputées, on connait moins vos vinaigres et moutardes bio. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
Surprenant votre question, nous avons dès 1995 proposé des vinaigres et des moutardes. Et cette gamme de condiments est très bien implantée dans les magasins spécialisés bio.
Cette année nous avons retravaillé la présentation avec une nouvelle bouteille avec un astucieux bec verseur rétractable intégré, et de nouvelles étiquettes, voilà pourquoi vous les voyez plus peut-être !
Une association basée dans votre région que vous soutenez ?
Oui, une association liée à l’école de mes enfants, dans le petit village de St Just d’Ardèche où l’on fait découvrir aux enfants les produits bio et le commerce équitable et solidaire.
Enfin hors région ! un soutien et parrainage depuis deux ans à l’association « Sauvez les éléphants d’Afrique », de David Sheldrick où un travail formidable est effectué dans la protection et la réintroduction d’éléphants notamment grâce à la nurserie.
Voir la vidéo de présentation de l'huilerie Emile Noël

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