Interview de Didier Perréol, PDG d'Euro-Nat

Publié le 15 janvier 2010 - Mis à jour le 11 septembre 2015

1. Pouvez-vous présenter brièvement votre parcours ?
Grâce à un père agriculteur, j’ai toujours eu un contact particulier avec la terre. J’y suis très attaché. Je me suis lancé dans le commerce de produits bio et diététiques en autodidacte. J’ai ainsi ouvert 4 magasins dans les années 1980 et j’ai compris en travaillant qu’il fallait que je regroupe une offre produits en résonnance avec mes convictions et qui répondrait à une demande qui se faisait de plus en plus sentir. C’est là l’origine de la création d’Euro-Nat, en 1988.

2. Présentez-nous Euro-Nat, qui a fêté ses 20 ans en 2008…
Euro-Nat est aujourd’hui une société de 87 personnes dont l’objet est de fabriquer, conditionner, et mettre sur le marché des produits alimentaires et non alimentaires biologiques. Nous avons désormais plus de 2500 références et 1800 clients magasins spécialisés. La réussite d’Euro-Nat est basée sur des convictions fortes liées à la nécessité d’une alimentation saine conjuguée au développement de produits respectueux pour l’homme et l’environnement. Grâce à une chiffre d’affaire en hausse (+ 20%, soit 52,2 M€ en 2009), nous nous donnons les moyens d’innover et de développer des produits attendus par le consommateur, sensible aux maux de notre société (surconsommation, pollution, qualité, éthique…).

3. Comment faites-vous vivre le développement durable au sein de votre entreprise ?
Nous avons élaboré plusieurs plans pour toucher les principaux domaines du développement durable : énergie, déchets, carbone, eau mais aussi questions sociales. Nos équipes se sont vraiment impliquées et cela a permis de faire de grandes avancées dans ces domaines, avec des résultats substantiels pour l’environnement. Nous avons ainsi mis en place une éolienne, des panneaux solaires, des plantations d’arbres, organisé la récupération des eaux de pluie, le tri des déchets poussé avec des compacteurs, et converti le restaurant d’entreprise au bio.
Dans le prolongement de nos activités, nous avons créé une fondation d’entreprise NATURE VIVANTE qui est la mise en œuvre de nos convictions. Nous souhaitons donner du sens à nos actes et travaillons surtout dans le domaine de l’éducation à l’alimentation avec un travail particulier vers les enfants, le développement de l’agriculture biologique, la conservation de semences, l’éco-construction… Nous soutenons des projets très divers et sommes aussi à l’initiative de nombreuses actions comme les « Journées de l’alimentation bio » qui sont un rendez-vous annuel avec la présence de sommité en la matière et de politique.

4. Une partie de votre action s’oriente vers le commerce équitable. Est-ce la suite logique de votre implication dans le domaine du bio ?
Le commerce équitable a toujours été une valeur fondamentale d’Euro-Nat. Nous avons cherché dès le départ à établir des accords inscrits dans la durée. Ainsi, la création de notre filière Quinoa Bolivienne, initiée en 1990, était déjà basée sur cette logique. Aujourd’hui nous accentuons notre démarche avec une forte implication Bio Solidaire, acteurs Nord-Sud. Il s’agit plus d’une formalisation, car de nombreux partenariats existent déjà.

5. Vous êtes arrivé sur le secteur du bio avant tout le monde, imaginiez-vous le succès qu’allait rencontrer ce secteur ?
J’ai toujours cru et défendu depuis 20 ans la nécessité de manger sain, bio et des produits de  saison. Imaginer le succès non, mais y croire et développer avec mes équipes ce secteur a été et est toujours un vrai challenge car il ya une volonté de répondre aux besoins de consommateurs en quête d’une vie plus saine.

6. On assiste à un boom de la demande de produits bio en France. Pensez-vous qu’il s’agit d’un effet de mode ou qu’il y a un vrai changement de la demande de la part des consommateurs ?
Depuis quelques années, et avec le Grenelle de l’environnement, les problèmes de santé récurrents et les alertes sur l’environnement, les consommateurs ont pris conscience de l’urgence d’agir sur leur assiette et sur leur comportement. Le plus difficile est de pouvoir adapter la pensée et le vouloir-faire à des actions concrètes.

7. Pensez-vous que la France puisse rattraper son retard dans le domaine de l’agriculture bio ?
Pendant des années, la France a été précurseur. Aujourd’hui nous enregistrons un vrai retard. Une prise de conscience a été faite de la part du consommateur mais aussi des politiques. Les décideurs ont tardé à prendre des mesures mais un réel travail en profondeur a été initié. Les volontés se sont ainsi affirmées, de nombreuses institutions, associations, organisations agricoles  œuvrent dans ce sens, mais les efforts à faire restent conséquents.

8. Vous considérez le bio comme une activité commerciale qui doit être rentable. Euro-Nat est donc avant tout inscrit dans une logique de profitabilité ?
Nous prônons comme un des piliers « socle » de notre entreprise le développement durable. Or, dans ce concept une des notions est la durabilité financière (maintien de l’offre d’emploi, des salaires, développement économique…). Une des conditions primordiales pour assurer cet aspect reste la performance commerciale. Cependant, pour avoir un juste équilibre, les résultats (quel qu’ils soient : financiers, éthiques, environnementaux….) doivent entrer en synergie et ainsi permettre d’aller de l’avant.

9. Le développement durable implique de consommer mieux et moins. Votre entreprise est un groupe qui a besoin d’accroître son marché chaque année pour survivre. N’y a-t-il pas une profonde contradiction entre les deux logiques ?
Le développement durable implique de consommer mieux, autrement et localement.  Nous proposons ainsi des alternatives, des innovations produits pour rendre accessibles les produits bio  au plus grand nombre en élargissant notre offre. Nous mettons aussi  en place des filières d’approvisionnement de proximité, comme le Petit Epeautre de Haute Provence, la Châtaigne ardéchoise, le riz de Camargue, du sarrasin, du blé dans les Alpes de Haute Provence, etc., dans une démarche Bio Solidaire prenant en compte les hommes, le produit, le territoire et l’économie.

10. Vous terminez votre mandat à la tête de l’Agence Bio de 2007 à 2009. Quel regard portez-vous sur ces deux années de présidence ?
J’ai été pendant deux ans Président du Conseil d’Administration de l’Agence Bio et reste aujourd’hui Vice Président. Je suis très attaché au travail effectué par l’Agence qui regroupe les professionnels du bio et qui a pour vocation de faire évoluer le marché bio, d’en faire la promotion et de compiler les connaissances. J’apporte ainsi en tant que professionnel et chef d’entreprise ma contribution à ces réflexions.

Les actions d’Euro-Nat pour implanter le développement durable au sein de l’entreprise, dont les résultats sont réels, ont été remarquées : en 2009, l’entreprise a reçu quatre distinctions, dont le prix : « Management et Initiatives Développement Durable », attribué par le Ministère du Développement Durable et l’ADEME.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plus d'info...

Le site internet d'Euro-Nat

Le site internet de la Fondation Nature Vivante

L'édition 2010 des Journées de l'Alimentation bio se tiendra les 10 et 11 juin à Annonay.

Visionnez notre interview vidéo de Didier Pérréol sur le salon Natexpo 2011 en compagnie de Charles Kloboukoff, PDG du Groupe Léa Nature.

Claire Sejournet
Articles du dossier Economie humaine
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