Interview de Jean-Yves Fromonot, Cofondateur d’Intelligence Verte

Publié le 8 octobre 2009 - Mis à jour le 11 septembre 2015

Ecologiste depuis toujours, Jean-Yves Fromonot est convaincu que le système économique actuel mène à une impasse. Après plusieurs années de militantisme et de travail professionnel dans de grands groupes internationaux, il est arrivé à la conclusion que la prise de conscience intellectuelle ne suffit pas. Rencontre avec le Cofondateur d’Intelligence Verte.

Interview de Jean-Yves Fromonot, Cofondateur d’Intelligence Verte
Interview de Jean-Yves Fromonot, Cofondateur d’Intelligence Verte

Pourquoi avoir fondé Intelligence Verte ?

Une chose est de prendre conscience d’une problème, agir en est une autre. C’est le cas aujourd'hui sur la question environnementale. Il faut travailler sur le changement de comportement. De là ma collaboration avec Philippe Desbrosses pour développer le Centre de Formation de la Ferme de Ste Marthe, la création de BioTourism et de IntelligenceVerte. Il s’agit d’apprendre à vivre et travailler autrement.

Pouvez-vous présenter votre action ?

La prise de conscience écologique est faite, tout le monde en parle, mais c’est tellement difficile de modifier l’éducation et les habitudes acquises depuis l’enfance que la majorité d’entre nous fait semblant. IntelligenceVerte, la Ferme de Sainte Marthe, BioTourism, Mode deVieAntiCancer sont des façons de découvrir concrètement que cela est possible.

Dans le cadre des ces actions, nous proposons deux choses. D’une part, nous organisons des séjours de détente, individuel ou en groupe, pour rencontrer des personnes qui vivent autrement, sans pour autant se couper des relations culturelles, sociales et économiques du monde actuel. D’autre part, nous offrons des formations pour ceux qui désirent mettre en route tout de suite leurs aspirations profondes, c’est ce que nous appelons Le Rêve Racine. Curieusement le Rêve Racine de chaque être humain correspond au comportement que la nature attend de nous pour continuer à satisfaire généreusement nos besoins.

10 ans après la création de l’association, quel bilan tirez-vous de son action ?

Intelligence Verte est le support juridique de nos activités militantes, une action parmi d’autre comme FemininBio, pour entrainer une prise de conscience puis un changement de comportement.

Nos idées, les valeurs du bio ne sont plus marginales. Le changement est en route. D’où la virulence des attaques de ceux qui veulent conserver les privilèges et avantages acquis. La prochaine étape est d’accélérer les évolutions de comportement avant  que la disparition de la biodiversité devienne irréversible.

Avez-vous noté au fil des stages que vous avez organisés une évolution des attentes des participants ?

Leurs attentes sont les mêmes et les questions également : Que peut m’apporter le secteur bio, Comment vivre et travailler autrement… Des questions fondamentales, auxquelles nous sommes toujours près à répondre. Je note toutefois un léger changement, très positif : le bio est devenu plus qu’un label, beaucoup de personne en font un système de valeurs. C’est la preuve du besoin de projets collectifs nouveaux que nos politiques ont du mal a mettre en œuvre de peur de ne pas être réélus.

Pourquoi  concentrez-vous votre travail de sensibilisation sur l’agriculture ?

L’agriculture est la base de notre vie ; qu’allons nous devenir sans nourriture vraie, sans espace naturel ? Toutes les civilisations se sont érigées sur l’exploitation de l’agriculture et des paysans puis elles disparaissent quand elles ont épuisé leurs ressources naturelles.

Pour vous, l’agriculture est-elle la meilleure façon de sensibiliser les gens au respect et à l’importance de la biodiversité ?

Oui, parce qu’elle est hélas la première destructrice de la biodiversité. Elle est plus proche de la nature que les autres secteurs économiques.

 

Sur votre site Internet, on peut lire que l’association Intelligence Verte … « a pour vocation la promotion de la biodiversité naturelle et humaine ». Qu’entendez-vous par « biodiversité humaine » ?

Dans nos formations nous avons autant de femmes que d’hommes, autant de riches que de pauvres, des handicapés, des métiers différents, des idéaux variés, des intellectuels et des manuels, des comportements divers.

Jacques Berthelot, économiste français très concerné par les questions agricoles, a écrit « l’agriculture, talon d’Achille de la mondialisation ultralibérale, pourrait devenir la pierre d’angle d’une mondialisation à visage humaine ». Qu’en pensez-vous ?

Le but de l’agriculture n’est plus de nourrir les humains mais de nourrir le système financier. Quand ils en ont eu assez d'etre exploités nos paysans ont quitté la terre pour etre fonctionnaires, employés et ouvriers. Alors maintenant, on importe notre nourriture. Les diplômés des lycées agricoles sont employés aux rayons légumes des hypermarchés ! Légumes provenant de pays du sud ! Les diplômés ingénieurs agricoles font tout autre chose que de l’agriculture. Il semble que l’on atteint aujourd'hui les limites de ce système. Une partie de la population cherche désormais à se nourrir avec des produits frais locaux, en gardant un lien avec le producteur, qui a besoin d’être reconnu socialement et financièrement.

Il a fallu attendre le XIXème siècle pour que le monde compte un milliard d’habitants. Nous sommes aujourd’hui six milliards. L’agriculture biologique permet-elle de nourrir autant d’hommes ?

J'en suis absolument convaincu. Tous ceux qui cultivent un potager en collaborant avec la nature savent combien elle est prodigue. L’agriculture biologique est toute manière inéluctable, car elle ne détruit pas les sols. L’agriculture industrielle vit au présent, exploite le sol tant qu’elle peut pour gagner toujours plus.

Les OGM sont décriés par les écologistes. Quelle est votre positions sur ce dossier ?

On ne reproche pas aux OGM d’exister, ni que l’on en fasse un objet de la recherche, ni même de nourrir ceux qui veulent manger des OGM !

On leur reproche de ne pas respecter l’environnement naturel et humain, car ils polluent la biodiversité et empêchent les agricultures non OGM d’exister et ils ne dédommagent pas les dégâts qu’entraine leur dissémination. Mais leur plus grand tord, à mon avis, est qu’ils avancent cachés afin de mettre le consommateur devant le fait accompli.

Pratiquer l’agriculture biologique, c’est choisir un mode de vie au plus proche de la nature et la respecter. Or, tout le monde ne peut pas habiter à la campagne, et même verte, une ville reste une ville. Comment concilier les populations rurale et urbaine dans un même mouvement de retour à la nature ?

Changer de mode de vie ne veut pas dire habiter à la campagne ! Il n’est pas besoin d’habiter proche de la nature pour la respecter. Au contraire, il apparaît que l’empreinte écologique d’un citadin respectueux est plus faible qu’un habitant isolé dans la campagne.

Auparavant, la majorité de la population habitait à la campagne et montait en ville, que ce soit pour rencontrer d’autre personne, faire du commerce, se distraire, etc. De nos jours c’est l’inverse, la majorité de la population habite en ville et descend à la campagne pour se ressourcer.

Quelles sont les perspectives d’avenir de votre action ?

On ne résoudra pas durablement les problèmes écologiques en changeant de système quel qu’il soit mais par l’addition du changement des comportements individuel. Je pense hélas que c’est la croissance des maladies de civilisation (cancer, obésité, diabètes, Alzheimer, allergies…) qui va entrainer des modifications de style de vie  et non les contraintes climatiques.

Nous avons été impressionnés par le doublement du nombre de participants à notre colloque annuel « les Entretiens de Millancay » de 2008 dont le sujet était : « existe-t-il un mode de vie anti cancer ? » Ce qui a motivé la création du site www.modedevieanticancer.com.

Jean-Yves Fromonot est l'administrateur S.A. de Ste Marthe et Secrétaire Général www.IntelligenceVerte.org. Il est également formateur Vivre et Travailler Autrement et rédacteur en chef www.modedevieanticancer.com. Directeur de BioTourism, il est également président du réseau Compétences en Temps Partagé de l'Indre.

Claire Sejournet
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