Témoignage

Témoignage : Je suis apiculteur amateur

Publié le 7 novembre 2014
"Mes abeilles m'ont permis de développer des liens sociaux : on parle de mes ruches, mes amis me demandent de leurs nouvelles..."
"Mes abeilles m'ont permis de développer des liens sociaux : on parle de mes ruches, mes amis me demandent de leurs nouvelles..."
© Erik apiculteur amateur

Passionné par la nature, Erik s'est toujours intéressé aux abeilles. Lorsqu'il découvre deux ruches vides chez son beau-père, il décide de les remettre en fonctionnement et devient apiculteur-amateur. Une passion qu'il aime partager.

Elever des abeilles n'est pas seulement un métier, c'est également un loisir accessible à tous. Rencontre avec Erik qui a tenté l'expérience.

FemininBio : Comment s’organise-t-on pour avoir sa propre ruche ? Faut-il suivre une formation ?

Il est bien sûr préférable de suivre une formation. Des associations et des apiculteurs professionnels en proposent, mais on peut aussi se tourner vers d'autres amateurs déjà installés : ami, voisin, connaissance... Cela a été mon cas : j’ai fait mon apprentissage technique et théorique avec un voisin à Paris et mon apprentissage pratique avec un ami de la famille dans le Sud-Ouest. J’ai appris en observant et en pratiquant sur mes ruches avec cet ami paysan. J’ai acquis les tours de main. En général les apiculteurs sont des personnes très sympathiques avec lesquels il est facile de créer du lien. De plus, comme tout apiculteur, même amateur, doit déclarer ses ruches, de fil en aiguille il est finalement facile de rejoindre une association d’apiculteurs. 

Où avez-vous installé vos ruches ?

Mon épouse et moi possédons deux ruches, bientôt 3. Elles sont dans le Quercy blanc, une région entre Aquitaine et Midi-Pyrénées. Nous les avons installées dans un jardin situé en dessous de la maison de ma belle-mère, sous un tilleul et un noyer qui leur font de l’ombre pendant la saison chaude. Pour démarrer mes ruches il y a 6 ans, j’ai demandé à un apiculteur du village de m’installer deux essaims dans mes corps de ruche que j’avais nettoyés et préparés. Depuis, elles sont contentes de leur logement et s’élèvent toutes seules. Je m’en occupe 3 à 4 fois par an, cela suffit : les abeilles n’ont pas ou peu besoin de nous. 

Comment convainc-t-on les abeilles de rester dans les ruches ?

Une fois installés dans leur ruche, les abeilles y restent … Toutefois il faut que la ruche soit maintenue en bon état et régulièrement agrandie pour que les abeilles aient de la place.  Et il faut qu’elles aient à butiner aux alentours et à boire. L’apiculteur doit aussi traiter une fois par an les abeilles contre le varroa, un pou destructeur qui s’attache aux abeilles et se multiplie comme les poux sur la tête de nos enfants. C’est plus facile que pour la tête de nos enfants, il suffit de mettre des lanières contenant un produit qui a la propriété de tuer le varroa lorsque les abeilles s’y frottent.

Que butinent vos abeilles ?

Selon les productions des champs aux alentours, mes abeilles se nourrissent sur les acacias, les tournesols, le colza, la luzerne… Mais aussi sur les arbres fruitiers, les fleurs, les vignes… Je sème aussi des plantes mellifères. Lors de la floraison, elles sont couvertes d’abeilles. Mais c’est plutôt pour le plaisir de planter, je ne me fais pas d'illusions. Heureusement qu’elles butinent chez les voisins et dans tous les champs autour ! D’ailleurs c’est au grand bénéfice des agriculteurs. En effet, on dit que 80% des espèces végétales dépendent de la pollinisation des abeilles.  Plus il y a d’abeilles, plus il y a de fruits. 

Quels sont les produits de la ruche que vous récoltez ? Qu’en faites-vous ?

Les belles années et quand je suis là pour rajouter les rehausses au bon moment, je récolte jusqu’à 35 - 40 kg de miel. D’autres années, nous sommes à 12-15 kg par ruches. Mais mon objectif n’est pas la productivité. Tout ce bon miel, nous le consommons personnellement et en faisons partager notre famille, nos amis et nos voisins. Nous avons en particulier développé de bonnes recettes : poulet au miel, gâteaux… et bien sûr rien ne vaut le yaourt grec au miel !

Avez-vous eu peur de vous faire piquer lorsque vous avez commencé ? Et aujourd’hui ?

Je parlerais plus d'appréhension que de peur, mais bien sûr ce sentiment existe au départ. Une ruche peut représenter au cœur de la belle saison jusqu’à 80 000 abeilles. Elles ne sont pas toutes présentes quand nous allons les visiter : les butineuses sortent de la ruche dès le lever du soleil. Il faut prendre quelques précautions, comme ne pas s’approcher d’une ruche sans protections. Mais avec l’apprentissage des bons gestes, il n’y a pas de raisons d’avoir peur . 

Avez-vous tissé un lien particulier avec vos abeilles ?

Depuis 6 ans que j’ai ces deux ruches, on peut considérer qu’elles sont devenues mes ruches. Ma famille, mes amis et moi avons plaisir à nous retrouver lors des récoltes : les ruches font partie de la famille. Mes abeilles m'ont permis de développer des liens sociaux : on parle de mes ruches, mes amis me demandent de leurs nouvelles (surtout après avoir goûté de leur production)... Et surtout, quand des amis passent, je les emmène les voir : c’est un vrai plaisir de leur faire découvrir cette passion et le monde mystérieux des abeilles. Nous avons fait renaitre ce qui existait dans pratiquement toutes les fermes au début du XXème siècle 1 à 2 ruches par maison.

Quelle est votre plus grande joie liée au fait que vous avez votre propre ruche ?

J'en ai plus d'une ! Mes ruches me donnent la joie de voir ma belle mère contente de ses ruches à nouveau vivantes, j'aime les moments partagés lorsque l'on se retrouve tous autour d’une récolte de miel. Mais je pourrais aussi parler de la joie d'offrir mon miel à mes amis, ma famille et le déguster sous toutes ses formes. Et je ne me lasse pas d'observer la belle organisation qui définit une ruche.

Auriez-vous 5 conseils à partager avec nos lectrices pour protéger les abeilles ?

  • Encouragez les apiculteurs de France, soyez « locavore » et dégustez tous ces beaux miels de France. Vous encouragerez ainsi la filière apicole française qui est en difficulté. Une étude a évalué qu’il existe en Europe un déficit de 120 millions de ruches !
  • N’utilisez pas de pesticides dans vos jardins et favorisez une agriculture respectueuse de l’environnement. Cela vient d’être prouvé scientifiquement, les affaiblissements des abeilles sont en grande partie causés par certains abus de traitement phytosanitaires. Et les filières agroalimentaires continuent leur lobbying pour avancer lentement sur ces sujets.  A cela s’est ajoutée l’invasion du frelon asiatique qui se renforce d'année en année malgré sa grande dangerosité pour l’homme et qui fait des dégâts considérables depuis le début de son invasion en France
  • Plantez des plantes et arbustes mellifères dans vos jardins.
  • Encouragez aussi les actions de protection des autres pollinisateurs : les bourdons, les papillons… Privilégions  la diversité !
  • Comme moi, découvrez la passion de l’apiculture amateure. Devenir apiculteur est à la portée de tous !

 

 >> Pour une lecture optimisée, retrouvez cet article dans votre magazine iPad de novembre 2014

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