Pierre Rabhi

Lettre de Noël à Monsieur Pierre Rabhi, semeur de sagesse.

Publié le 17 décembre 2013
Fondateur de l'entreprise sociale KOEO, plateforme dédiée au mécénat de compétences, membre du MOUVES.
Lettre de Jean-Michel Pasquier à Pierre Rabhi
Lettre de Jean-Michel Pasquier à Pierre Rabhi

Cher Monsieur Rabhi,

le Mon Sieur vous sied si bien, tant nous devrions, chacun d'entre nous, vous exprimer notre plus profond respect, tout simplement en pensant à vous plus souvent. 

Respect, non pas comme une idolâtrie déguisée, mais Respect, comme Gratitude, pour tous les mots précieux dont vous savez nous abreuver lors de vos témoignages, dans le vaste désert de notre abondance. Car penser à vous, c'est forcément penser à Nous. 

Respect également pour la force calme avec laquelle vous nous offrez vos paroles : comme le doux mais puissant flot d'un ru de votre Drôme de coeur, votre voix nous caresse, nous étreint comme si nous étions vos galets, alors qu'elle pourrait nous emporter d'une rage légitime, provoquée par la part d'impuissance désabusée qui doit sûrement tordre votre ventre certains jours d'abattement. Quel puits de sagesse en vous. Et peut-être parfois quel gouffre de fatigue. 

Ne comprend-on véritablement rien ? Et si nous comprenons, avons -nous seulement les moyens de changer nos propres paradygmes individuels et collectifs ? Vous le répétez souvent : on ne transformera pas la société par miracle ni en peu de temps; il faut déjà ressentir au plus profond de nous les prémices de "l'envie". L'envie d'évoluer, de la quête d'autre chose. Cela me rappelle un précepte simple mais pragmatique du boudhisme : "avant de penser à faire le bien, essaye déjà de ne pas engendrer le mal". Voilà un programme qui semble accessible, dans chacun de nos comportements de citoyen tout autant que dans chacune de nos relations interpersonnelles. Mais comment l'appliquer, surtout lorsque, comme près de 8 millions de nos concitoyens, la question existentielle devient sur-existentiellle : comment je vais survivre demain, avec quelle ressource, pour subvenir aux besoins les plus vitaux de ma famille ? 

Et puis, plus globalement, comment recréer une société plus partageuse, plus autosuffisante, plus solidaire, plus écologique, plus "civile", tout simplement , comme vous l'appelez sans cesse de vos voeux? Cette période est fantastique et terrible à la fois : vertigineuse en tout cas à cause du gouffre qui borde l'un des côtés de notre chemin, et de la paroi abrupte qui clôture le bord opposé, et qu'il va bien falloir escalader petit à petit en préservant nos forces. 

Mais vous nous donnez des petites clés, vous semez des petits cailloux, même si la douce voix de votre humilité nous rappelle que les magiciens n'existent que dans les yeux de ceux qui refusent la réalité. Vous êtes un terrien et vos mains ne sont pas celles d'un théoricien de salon, elles sont celles d'un sage-homme, accoucheur depuis des saisons de milliers d'harmonieuses naissances végétales. Leurs cicatrices nous rassurent : elles nous montrent l'expérience et le chemin du ré-apprentissage, que notre urbanité subie doit nous faire reprendre, alors que les racines de nos terroirs respectifs sont pourtant si proches. Mon arrière grand-père, et c'est le cas pour presque tous les français, était paysan. Il est encore temps de refaire vivre nos racines et nos réflexes enfouis, au moins partiellement. Retrouver notre besoin de naturel, à tous les étages de notre existence. Retrouver l'équilibre, sans utiliser de balancier, mais à la seule force de nos jambes. 

Cette année, Monsieur Rabhi, plus que jamais, nous essayerons tous ensemble de vous faire honneur, de passer des fêtes de fin d'année plus frugales mais plus nourrissantes, plus raisonnées mais plus passionnées, plus ancrées mais plus légères. Ce que nous demande votre humanité est difficile, très difficile, dans la convention de nos habitudes et dans l'équation pleine d'inconnues de nos économies. Mais tellement plus facile pour demain. Depuis quelques années, un nombre grandissant d'initiatives citoyennes vous écoutent et vous répondent en écho ici et là. Des petites plantes, des micro-fleurs, des arbustes nains. Soyez en sûr, beaucoup d'entre eux ont été plantés par vous. Et les forêts qu'ils vont créer ne sont pas si loin. Elles sauront donc grandir avec force et patience, comme vous. 

Et encore merci Monsieur Rabhi pour votre dernier livre, c'est comme toujours un merveilleux cadeau.

Très bonnes fêtes à Nous tous. 

Pierre Rabhi semeur d'espoirs. Actes Sud "Domaine du possible". 

Voir le détail de la conférence de presse de présentation du livre de Pierre Rabhi, avec Olivier le Naire et Jean-Paul Capitani d'Actes Sud. 

Articles du dossier Noël 2013 : cadeaux et repas de fêtes
Envie de réagir ? Je prends la parole
Déjà membre? Je me connecte ou Créer mon compte