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Pauline Lefèvre : "Notre société excelle à imaginer de nouveaux besoins"

Publié le 12 novembre 2013
Curieuse de tout, piquée d'écriture. Ex-responsable édito de FemininBio, blogueuse empathique aimant raconter la vie des autres @parisbylight.
Pauline Lefèvre concilie la vie sous les projecteurs et la vie en green
Pauline Lefèvre concilie la vie sous les projecteurs et la vie en green
© DR

Chez Pauline Lefèvre, les blagues décapantes et les idées délirantes sont les meilleures armes pour sensibiliser au respect de l'environnement. L'actrice et ex-Miss Météo nous parle de la schizophrénie d'être engagée sous les spotlights et s'essaie au troc, au flexitarisme et à la sobriété heureuse. Une it-girl à suivre !

Parlez-nous de votre parcours, Pauline.

Pauline Lefèvre : On me connaît surtout grâce à Canal+, où j'ai commencé au Grand Journal puis participé à la Nouvelle Édition. Auparavant, j'ai travaillé dans la communication, qui est ma formation initiale, dans l'univers de la beauté. J'ai découvert ensuite la télévision sur Direct 8, avec les premiers pas de la TNT, qui étaient en même temps mes premiers pas d'animatrice en direct !

À côté de l'audiovisuel, j'ai fait du théâtre et surtout du cinéma. Je viens de terminer de tourner avec Claude Lelouch, son nouveau film "Salaud on t'aime" avec Johnny Hallyday, Sandrine Bonnaire et Eddy Mitchell. Je crois que ça va être un beau film, sincère et émouvant, sur la famille. J'ai hâte qu'il sorte !

On avait l'habitude de vous suivre dans la Nouvelle édition de Canal+ pour "La Vie Autrement", une chronique résolument engagée et drôle à la fois. Un peu comme vous ?

P.L. : Je crois que l'engagement pour l'environnement, en tout cas la "prise de conscience" de l'importance de le respecter, peut être joyeuse et enthousiasmante !

Se poser des questions sur notre façon de vivre et notre rapport au monde qui nous entoure c'est une façon de grandir, de s'ancrer, de partager cette prise de conscience avec d'autres et de tout simplement prendre en main sa vie, je crois.

Quelle fille green êtes-vous ?

P.L. : Je suis une fille qui vit en ville et qui n'a pas sa dose de "Green" quotidienne ! Alors je bichonne mon plant de tomates anciennes (je viens d'en récolter 3 !), mon jasmin, mon camélia, qui me font l'honneur de pousser - et de survivre - sur mes mini-balcons...

J'ai ma carte de fidélité au "Bio c'est bon" en bas de chez moi et j'essaie de manger au maximum végétarien... Disons "flexitarien", végétarien flexible !

Et puis j'ai abandonné les 18 flacons de produits ménagers différents, je nettoie tout au vinaigre blanc et au savon noir, avec du bicarbonate de soude pour faire briller. C'est beaucoup moins chimique et en plus beaucoup plus économique.

Et enfin, dès que je peux je file à la campagne me balader et faire des confitures... Une vraie Mme Ingalls !

Nous nous sommes croisées à l'occasion du lancement du nouveau livre de Pierre Rabhi. Que vous inspire cet homme ?

Pauline Lefèvre s'inspire de la 'sobriété heureuse' de Rabhi
Pauline Lefèvre s'inspire de la 'sobriété heureuse' de Rabhi
P.L. : Tout d'abord le respect, un immense respect. Un homme qui a eu le courage, et l'idée, de refuser le système pour créer son propre système, plus juste et plus en accord avec ce qui lui paraissait essentiel dans la vie, quelle inspiration !

Son expression "la sobriété heureuse" me trotte souvent dans la tête... Dans notre société de consommation excessive, dire qu'on peut être heureux sans avoir besoin d'acheter sans cesse, et en prônant la modération, est un outrage ! Et c'est un outrage salvateur, que j'essaie de mettre en pratique autant que possible, même si c'est dur...

> Lire notre interview de Pierre Rabhi, sur la sobriété heureuse

Comment mettez-vous en pratique "la sobriété heureuse" ?

P.L. : Pour être un peu plus "durable" en termes de fringues par exemple... J'adore les boutiques de fripes (dans mon quartier ma préférée s'appelle "Celia Darling"), et pour faire de la place dans mes placards je fais des soirées trocs avec mes copines : on se refile les vêtements qu'on ne porte plus. C'est comme une soirée pyjama sauf qu'on repart avec de nouvelles fringues sans avoir rien dépensé, sans avoir consommé de nouvelles ressources, tout en ayant le bonheur d'avoir du frais dans sa garde-robe.

Et au-delà, j'essaie de ne pas me créer de besoins dans une société qui excelle à en imaginer de nouveaux. J'ai le même ordinateur depuis 6 ans (il paraît que c'est un exploit), pas de télévision ni de gadgets technologiques, et puis je porte des santiags, une botte très résistante au temps et aux changements de mode...

Vous êtes une belle jeune femme, exposée médiatiquement. Quel est votre rapport à l'image, à la beauté ?

P.L. : C'est presque schizophrénique parfois... Car c'est valorisant d'être maquillée, habillée de tenues dingues et photographiée ou filmée, mais ce n'est sûrement pas ça qui apporte le bonheur ! Ça m'amuse beaucoup, je joue le jeu à fond et avec plaisir mais j'ai conscience que ma vraie vie n'est pas là, qu'elle est avec mes amis, ma famille, ou à voyager... Sans brushing ni spotlights !

On vit tellement déconnecté du vivant !

Qu'est-ce qui vous révolte ?

P.L. : Je parlais de notre système qui pousse à la consommation, et cela en déni total de ce que nos ressources sont limitées... J'aimerais que mes petits-enfants puissent encore manger du poisson ! Et puis j'aimerais que ces mêmes petits-enfants sachent faire quelque chose avec leurs mains, connaissent la nature... On vit tellement déconnecté du vivant. C'est un peu décousu comme propos, désolée, mais ça fait partie de la même révolte globale, non ?

"La Vie autrement", c'est terminé, vos prochains projets seront-ils engagés ?

P.L. : Le film de Claude (Lelouch Ndlr) se passe à la montagne, en pleine nature, il n'est pas engagé à proprement parler, mais admirer une cascade, des fleurs et les sommets magnifiques au loin, regarder la beauté de la nature, c'est un premier pas pour la respecter.

Et sinon je viens de rejoindre une grande initiative citoyenne européenne "End Ecocide", qui vise à faire reconnaître les droits de la nature et sa destruction comme un crime. D'ailleurs je vous engage à rejoindre les signataires sur le site. Il faut un million de votes pour que le projet de loi "End Ecocide" soit étudié, et que les dirigeants soient pénalement responsables de leurs crimes contre l'environnement.

 

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