Portrait

Rencontre avec Linda Bortoletto

Publié le 25 juillet 2016
Fondatrice de FemininBio, directrice de collection chez Eyrolles, dingue de bio, folle de nature, de running et par dessus tout de l'évolution de la conscience de l'être humain ;-)
Linda Bortoletto, l'aventurière qui suit son intuition
Linda Bortoletto, l'aventurière qui suit son intuition
© Pascal Ito

Linda Bortoletto est une aventurière, une femme qui suit son intuition. C'est parce qu'on aime sa personnalité que la rédaction de FemininBio lui a proposé de faire la couverture du magazine n°7 (août/septembre 2016). Et pour aller plus loin, voici quelques autres questions auxquelles elle a bien voulu répondre.

Vous étudiez les neurosciences. Qu’avez-vous découvert sur l’intuition 
L’intuition est scientifiquement prouvée. Elle nous permet de prendre les décisions qui nous sont les plus favorables avant même que notre raison en ait pris conscience.
Au cours d’une expérience, les chercheurs ont demandé à leurs sujets de jouer à un jeu de cartes dans lequel l'objectif était de gagner le plus d'argent. Il y avait deux piles de cartes à choisir : une pile à risque (qui permettait de gros gains mais également de grosses pertes) et une pile plus sûre (qui permettait de petits gains, mais presque pas de pertes). Après environ cinquante cartes, les personnes prenaient conscience qu’une pile était moins risquée que l’autre. Mais ce qu’il y a de plus fascinant, c’est qu’après seulement dix cartes, les paumes des mains des participants sécrétaient légèrement de la sueur chaque fois qu'ils prenaient une carte dans la pile la plus risquée.
Ainsi, bien avant que le cerveau analytique puisse expliquer ce qui se passait, l'intuition corporelle des sujets avait deviné où se trouvait le risque, et les avait guidés vers la sécurité.
Ceci illustre le fait que notre cerveau possède deux systèmes de fonctionnement distincts : un "Système 1", rapide, intuitif et émotionnel, et un "Système 2", plus lent, plus réfléchi, plus contrôlé et plus logique. L’intuition fait donc partie du Système 1 et possède un lien étroit avec les sensations corporelles.

Avez-vous le sentiment aujourd’hui d’être à votre juste place ? Qu’avez-vous appris de vous ?
Je me sens infiniment à ma place puisque, depuis que j’ai tout quitté – ça fait maintenant cinq ans – je n’ai cessé de prêter attention à ce chuchotement intérieur. Je sais que je suis sur mon chemin.
Ce que j’ai appris sur moi, c’est que toutes les réponses aux questions que je me posais étaient déjà enfouies en moi ! Mes rêves de petite fille étaient les bons et c’est à cause de cette lente dérive, imposée par les normes et les cadres de la société, imposée par ma raison, que je m’en suis détournée. Il n’appartenait qu’à moi seule d’y revenir.

Vous avez vécu avec des nonnes bouddhistes. Qu’avez-vous tiré de cette expérience ?
Les nonnes bouddhistes m’ont appris à croire davantage en cette spiritualité même si, de par mon éducation catholique, elle était déjà fortement ancrée en moi. Toutefois, aujourd’hui, au-delà de toute frontière – culturelle ou religieuse –, j’associe les différentes formes de savoir, de l’Occident à l’Orient, afin de saisir la véritable universalité des choses de l’existence. Les nonnes, lorsqu’elles récitent leurs mantras, le font naturellement : elles prient avant tout pour le monde et pour tous les individus, quels qu’ils soient.

Vous êtes-vous reliée au chamanisme en vivant avec les peuples premiers d’Alaska ?
J’ai découvert le chamanisme au Kamchatka, en Sibérie, et non en Alaska, où le phénomène d’américanisation a éradiqué toute tradition sur son passage. C’est une croyance fabuleuse dans la mesure où l’une de ses caractéristiques est la foi en plusieurs dieux et esprits. Les Tchouktches croient en la terre, le ciel, la mer, le soleil, le feu. Chaque élément peut être l’intervention d’un esprit. Je n’ai pas assisté à des cérémonies chamaniques, les derniers chamans du village étant morts, mais ce que j’ai appris des Tchouktches, par leurs histoires, c’est simplement un respect de toute cette nature qui nous entoure. C’est en ce sens que le chamanisme a eu un écho profond en moi.

Vous repartez bientôt à vélo pour trois mois : où irez-vous et pourquoi le choix de ce mode de transport ?
Je pars au Tibet oriental pour trois mois. Le Tibet oriental se distingue du Tibet autonome (sous complète domination chinoise) dans le sens où la culture traditionnelle bouddhiste y serait préservée. J’ai choisi le vélo comme moyen de locomotion car il associe la lenteur de la découverte à la possibilité de parcourir de plus longues distances que la marche à pied. Or, je souhaite parcourir près de 2 200 kilomètres en moins de trois mois tout en me donnant le temps des rencontres, qui sont le cœur de mes voyages. À vélo, vous pouvez être en autonomie complète et cela vous permet de vous arrêter où vous le voulez, quand vous le voulez. L’idée est d’alterner nuits sous tente et nuits chez l’habitant et, l’intuition pour guide, de mener ma petite enquête afin de trouver les pèlerins bouddhistes qui font le tour des montagnes sacrées à pied puis de me joindre à eux. Ce voyage est un autre appel qui me pousse à explorer, géographiquement et humainement, l’un des royaumes du bouddhisme. Ma seule crainte est de constater que l’invasion chinoise a détruit l’authenticité de la région.

Quels sont vos autres projets ?
Toujours à l’écoute de mon intuition, je souhaite continuer sur la voie de l’exploration et de la transmission ! Concrètement, je poursuis une recherche universitaire en neurosciences sur le thème de la mindfulness (pleine conscience) auprès de patients atteints de maladies neurologiques.
De retour en France depuis seulement un an, je souhaite également partager davantage mon expérience, par des conférences notamment. Dans le climat actuel de morosité ambiante, je pense qu’aujourd’hui plus que jamais nous devons nous rassembler et nous entraider. Le monde est majoritairement dominé par des « non-valeurs » guidées par l’ego et la soif de pouvoir notamment. Or, il existe encore des valeurs : le partage, la solidarité, le respect de soi et de l’autre, le courage. Peu importe si nous ne sommes qu’une poignée à y croire, à en parler et à en faire notre fer de lance. Ce peu est déjà un début. Ce peu est un devoir pour soulager le monde de ses maux. Nous devons avoir la foi en nous et en l’avenir. Et, modestement, je souhaite poser ma pierre à cet édifice.

Retrouvez l'interview intégrale de Linda Bortoletto dans le mag #7 !

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