Témoignage

Lionel Astruc "Je voulais faire ce qui me plaisait sans attendre"

Publié le 26 janvier 2014 - Mis à jour le 27 janvier 2014
Adepte de tous arts. Baroudeuse à petit budget. #Lecture #Nature #Liberté - Journaliste stagiaire @FemininBio
Lionel Astruc, parcours du biographe de Vandana Shiva
Lionel Astruc, parcours du biographe de Vandana Shiva

Directeur de fondation, journaliste et auteur de livres sur la transition écologique, Lionel Astruc a compris peu après ses débuts dans le monde du travail qu'il ne pourrait se satisfaire d'un schéma professionnel classique. Sa quête de sens l'a amené à créer son propre modèle économique et à préférer les montagnes à la ville.

J'ai fait Sciences Po, puis, diplôme en poche, j'ai été rédacteur en chef d'une petite revue culturelle pendant un an, dans un système traditionnel. J'ai alors compris que je ne pourrais pas continuer dans ce quotidien de travail répétitif, sans donner du sens à ce que je faisais.

Dans ma vie professionnelle, je souhaite appartenir à un groupe soudé et entretenir des rapports forts de sincérité et d'engagement avec les autres.  Aujourd'hui j'y mets des mots, mais à l'époque j'ai simplement compris ce qui ne me convenait plus et ce vers quoi j'avais envie d'aller.

Des reportages et des livres pour changer de paradigme

Je rêvais de réaliser des grands reportages qui ont du sens, pour faire connaître, en Europe et en France en particulier, les solutions qui existent ailleurs pour changer de paradigme et aller vers une société moins avide, plus solidaire et respectueuse de l’environnement. J'ai compris qu'en passant par une ascension professionnelle « classique » cela ne fonctionnerait pas, ou prendrait trop de temps.

Je voulais faire ce qui me plaisait sans attendre. C'est vraiment une philosophie que j'ai conservée depuis : sans être impulsif je pense que lorsqu'on a vraiment un désir profond il faut essayer de l'accomplir sans se dire « je ferai ça dans 10 ans ».

Alors j'ai pris mon appareil photo, un billet d'avion et je suis parti seul faire des reportages. J'ai commencé en Inde, au Brésil, au Cambodge avec des reportages photos et textes sur les pionniers de la transition écologique. La presse étant un secteur difficile, je me suis inventé mon propre modèle économique  qui consistait à diffuser mes reportages sous forme de projections publiques, puis dans la presse, et lorsque j'en avais plusieurs sur le même thème, à faire un livre. C'est ainsi que j'en suis venu à écrire une douzaine de livres sur les gens qui, selon moi, font changer les choses de manière concrète, comme Vandana Shiva dont je suis le biographe*, ou encore Rob Hopkins, Pierre Rabhi, Mohamed Yunus et beaucoup d’autres dont j’ai eu la chance de transmettre le message.

Le point commun de mes livres et reportages ? La pédagogie par l'exemple. J'ai cherché des exemples confirmés par l'expérience. Je favorise les solutions les plus pragmatiques et donne aujourd’hui une préférence aux alternatives proches de chez nous.

Un pari risqué qui a fonctionné

Alors que je m’engageais au départ sur un itinéraire ultra-classique, j’ai donc rapidement choisi cette vie qui semblait à certains très précaire en terme de risque financier. C'est un pari qui a fonctionné bien au delà de tout ce que j'aurais pu imaginer. J'y ai trouvé la satisfaction personnelle et j’ai vérifié cette maxime qui dit « trouve un travail qui te plait et tu ne travailleras plus un seul jour de ta vie ». C'est vraiment mon quotidien.

Aujourd'hui j'écris un peu moins de livres et j'essaye de me placer dans l'action, notamment en conseillant des entreprises et en dirigeant la Fondation Ekibio. Cette organisation sensibilise les citoyens aux bonnes pratiques culinaires. Depuis deux générations les gens ont déserté leurs cuisines et transféré cette tâche à l’industrie. Cela explique de nombreux problèmes incluant le surpoids et le gaspillage sous toutes ses formes (déchets, surconsommation de viande etc…). Nous remettons au goût du jour des savoir-faire écologiques, économiques et sains, depuis l’achat (circuits courts etc…) jusqu’à la préparation (dosage, cuisson…) en passant par le choix des ingrédients (moins de protéines animales, plus de protéines végétales…).

Mais partager les initiatives reste pour moi une vocation de. Je travaille d'ailleurs avec Cyril Dion pour un second livre à propos des combats que mène Vandana Shiva, après avoir récemment participé en Inde à un film américain racontant  l’histoire de cette femme au destin incroyable. 

Quitter la ville pour la montagne

Au début de mon parcours, lorsque j’ai opéré ce revirement professionnel, j'ai aussi changé le « décor » de ma vie. J'habitais à Lyon et je voulais absolument vivre dans un cadre montagnard et rural. Depuis 10 ans, j'habite le Trièves, une région dont je suis amoureux et dont je ne me lasse pas. C'est un petit territoire au confins des Écrins, du Vercors et de la Drôme, à 50km au sud de Grenoble. C'est le tout premier territoire en transition de France.

Tous ces changements se sont faits en même temps : mes livres ont commencé à se vendre lorsque je suis passé de la ville à la campagne. J'avais la crainte que ce soit un handicap social et professionnel mais cela n'a pas été le cas.

Aujourd'hui je vais à Paris une fois par mois en combinant covoiturage et train et je m'aperçois qu'en fait en ville les gens ne se voient pas plus souvent qu'ils ne me voient, parce qu'ils sont tous très occupés. Je remarque aussi qu'ils sont ravis que je leur ramène un petit bol d'air. Je leur raconte notre potager, notre poêle à bois, nos relations de voisinage, l'école avec 12 élèves à 200 mètres de chez moi avec une maitresse extraordinaire qui apprend ses méthodes aux Amanins. Je suis aussi passionné d'alpinisme, de ski de randonnée, c'est donc un cadre de vie exceptionnel, et c'est essentiel.

En somme, ces deux changements – géographique et professionnel - sont partis d'une même quête de sens.

*Vandana Shiva, Victoires d’une Indienne contre le pillage de la biodiversité, Lionel Astruc, éditions Terre Vivante. 

 

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Réactions à l'article
Par sandra311 le 31 janvier 2014 à 16h49
Bravo !

Joli témoignage, encourageant et... très tentant !
Bravo pour le travail effectué, ça fait du bien de lire ce genre de choses...

Par OmarLittle le 15 septembre 2014 à 16h01
De Sciences Po à la littérature en montagne !

Félicitations à Lionel ! En ce moment, il est difficile de prendre des décisions comme celle qu'il a pris... les gens ont peur pour leur travail, leur argent... comme le dit l'article, c'était très risqué d'avoir choisi cette option !
Moi même j'ai fait Sciences Po Paris : http://www.au-premier-concours.com/10-concours-science-po-paris et depuis que je travaille, je ressens aussi ce côté routinier... si je n'avais pas ma copine, ainsi que le cinéma, la musique et les jeux vidéos pour m'évader une fois rentré chez moi, je crois que j'aurais moi aussi beaucoup de mal...

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