Trois questions à Yvon Chouinard, fondateur de Patagonia

Publié le 8 janvier 2010 - Mis à jour le 11 septembre 2015

Militer pour l’environnement à travers votre entreprise ne relève-t-il pas autant d’une politique de communication qu’un véritable engagement ?
Vous avez plusieurs manières de voir les choses. Ce qui est important pour moi, ce sont les faits : 87% de nos vêtements sont fabriqués soit en éco-fibres, soit sont recyclables. Le recyclage de nos produits, à ce propos, nous coute très cher. Si nous raisonnions en termes purement de rentabilité, nous ne nous serions jamais engagés dans cette voie !
Nous essayons par ailleurs de montrer où sont fabriqués nos produits et quels circuits ils empruntent avec la publication, sur notre site internet, de l’empreinte écologique de nos produits. Nous y décrivons, en toute transparence et sans complaisance l’impact social et environnemental de nos produits. Quelque part, lorsque vous dites à un client que sa polaire a fait l’équivalent en transport de deux fois l’aller-retour sur la muraille de Chine, vous ne l’encouragez pas vraiment à acheter votre produit. Nous espérons convaincre les consommateurs de se poser les bonnes questions avant de consommer.
Autre point : si vous interrogez nos clients à la sortie d’un magasin vendant du Patagonia sur leurs raisons d’achats de notre marque, vous verrez qu’une large majorité nous achète parce qu’elle aime nos produits (leur design, leur fonctionnalité, les couleurs…). L’argument environnemental n’est qu’en 3ème ou 4ème place des critères de choix, sauf pour une cible très militante de nos clients. Si c’était uniquement une politique de communication, j’aimerais alors que les grands groupes s’en inspirent et donnent eux-aussi 1% de leur CA à des associations environnementales…

A travers votre exemple de management et vos actions, quel message voulez-vous transmettre aux patrons ?
Mon entreprise, Patagonia, est une expérience. Elle existe pour mettre en œuvre ce que des tonnes de livres sur l’état de la planète recommandent comme actions à faire immédiatement pour éviter la destruction de notre civilisation. Je pense que le modèle capitalistique actuel, qui repose sur une présupposée croissance sans fin est responsable de la destruction de notre environnement et doit être remplacé. Patagonia et ses 1200 employés ont l’objectif de montrer au reste des entreprises que d’avoir les bonnes pratiques est compatible avec un business profitable.
Ce message ne s’adresse pas seulement aux « patrons ». En tant qu’individu, entreprise, commune, Etat : nous sommes tous responsables. Nous sommes responsables des dégradations environnementales, des changements climatiques. Chacun, à son niveau, peut agir. Si vous avez de l’argent, donnez-le à ceux qui sont sur le front environnemental. Si vous êtes un bon orateur, prenez la parole. Et n’oubliez pas que dans nos sociétés démocratiques, nous avons la chance de pouvoir voter et ainsi choisir ceux qui nous gouvernent selon des critères environnementaux.

Vivant aux Etats-Unis, vous pouvez vous rendre compte chaque jour le mode de vie de vos concitoyens. Il est clair que celui-ci n’est pas viable, même à court terme. Vous semble-t-il que les mentalités évoluent sur la question de l’environnement et du développement durable ?
Le mode de vie de mes concitoyens n’est effectivement pas viable. Permettez-moi de dire que celui des Européens ne l’est pas beaucoup plus ! C’est la consommation des pays du Nord qui est un problème. C’est dans ce sens que nous essayons « d’éduquer » nos consommateurs : les produits que nous faisons sont faits pour durer. En choisissant des produits durables, c’est la 1ère étape de l’éco-conception. Ensuite, nous faisons de produits réparables et donnons la possibilité à nos clients de nous renvoyer leurs produits pour que nous les réparions. Enfin, lorsqu’un produit est en fin de vie, qu’il ne peut même pas être donné à une association caritative, nous le recyclons, pour en refaire de nouveaux produits.

Plus d'info...

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Claire Sejournet
Articles du dossier Economie humaine
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