Violence

La puissance des valeurs du féminin pour dire NON à la violence faites aux femmes

Publié le 6 octobre 2014
Isabella Lenarduzzi, entrepreneuse sociale, fondatrice de JUMP « Empowering Women, Advancing the Economy »
Les violences faites aux femmes sont réalisées à 80% par des hommes déjà rencontrés.
Les violences faites aux femmes sont réalisées à 80% par des hommes déjà rencontrés.
© photl.com

Les violences faites aux femmes ne cessent d'augmenter, dans un monde où le patriarcat reste le modèle dominant. Apprendre à dire non pour devenir maître de sa vie et redonner de l'importance aux valeurs du féminin, même chez les hommes, s'élève comme une partie de la solution aux violences infligées aux femmes.

Pour réussir notre vie professionnelle, des coachs bien intentionnés nous donnent des conseils et écrivent des livres qui nous disent tous d’arrêter d’être cette "fille sympa" pour enfin devenir une femme qui maîtrise sa vie et arrête de toujours vouloir plaire aux autres (Lois Frankel "Nice girls don ’t get the corner office", "Nice girls just don’t get it").

Dès leur plus jeune âge, on élève les filles dans l’idée que leur bonheur et leur réussite dépendent du respect des stéréotypes : il faudrait être poli, douce, docile, attentive aux autres. Nos tentatives pour se libérer de cette pression sociale sont tournées en ridicule voire suscitent la désapprobation et le mépris ("Tu as tes règles ?", "Tu es plus belle quand tu souris", "Si tu es agressive comme ça aucun homme ne voudra de toi"…). 

Résultats : beaucoup de femmes vivent leur vie par procuration car la plupart de leurs choix ont été faits pour plaire à leurs parents, à leur mari ou à leurs enfants. Elles se plaignent d’être transparentes et constamment dévalorisées.

Passer du statut de "fille sympa" à celui d’une femme qui gagne ne signifie pas qu’on obtient forcément ce que l’on veut mais bien qu’on poursuit nos propres objectifs de manière authentique, ciblée, avec intelligence et maturité.

Il faut tendre vers un retour du pouvoir féminin pour changer les choses 

En réalité, il s’agit de pouvoir. Ce pouvoir de l’individu sur lui-même qu’on acquiert en exerçant son autonomie. Et c’est bien ici que toute la difficulté réside… Pour arriver à un système de domination des hommes sur les femmes (le patriarcat), il a fallu soumettre les femmes en éliminant leur estime d’elles-mêmes.

Eve Ensler, auteure des "Monologues du vagin", déclare que la puissance des femmes devait être si terrifiante que tout a été fait pour la tourner en dérision : instabilité, fragilité, passivité, inconsistance… En faisant cela, on a déraciné les femmes de leur force intérieure et on a amputé les hommes de leur part féminine, créant des guerriers, des hommes arrogants, violents, avides de pouvoir. Quelle torture et quel massacre pour les femmes, mais pour les hommes aussi !

Après le succès de sa pièce de théâtre, Eve Ensler a parcouru le monde et, en particulier, la République Démocratique du Congo. Ce qu’elle a vu là-bas l’a transformée à jamais. C’est un des endroits du monde où les effets désastreux du patriarcat sont encore bien vivants. Ce qui s’y passe est l’enfer sur terre.

Avez-vous, par exemple, déjà entendu parler de fistule ? Une fistule obstétricale est une brèche de la filière pelvi-génitale due à une absence de soins à l’accouchement ou à des viols. C'est-à-dire qu’il n’y a plus qu’un trou béant entre la vulve et l’anus. Ces femmes souffrent d’une incontinence permanente (urines et selles), en ressentent de la honte et font l’objet d’une discrimination sociale. On estime qu’en Asie et en Afrique subsaharienne, plus de 2 millions de femmes vivent avec des fistules obstétricales non traitées.

Dans le monde, une femme sur trois, soit un milliard de femmes, seront violées au cours de leur vie ou agressées physiquement. Eve Ensler en tire le constat que c’est la féminité qu’on veut tuer ou soumettre. Son dernier livre "Emotional creature" et sa performance aux conférences TED défend la cause du retour de la puissance féminine en chacun de nous, hommes et femmes.

Les émotions pour se soutenir les unes les autres et pour évoluer vers des modèles innovants

Les émotions, l’empathie, la vulnérabilité, l’intuition nous permettent d’entrer véritablement en relation avec les autres et de trouver des solutions pour mieux vivre ensemble et davantage respecter la terre. C’est ce que les livres de management appellent "l’intelligence émotionnelle", la seule capable de nous emmener vers des modèles de gestion innovants, inclusifs et solidaires.

Il ne s’agit donc plus d’être une "fille sympa" coupée de ses propres envies et talents, mais d’être une vraie fille puissante, courageuse et volontaire, profondément ouverte aux autres dans l’empathie et la compassion.

Un appel au secours pour toutes les femmes victimes de violences 

C’est cette énergie là qu’Eve Ensler appelle de tous ses vœux pour sauver le monde.

En Europe, une femme est violée toutes les 8 minutes. 80% des agresseurs sont des hommes qu’elle aime, qu’elle a aimés ou qu’elle connaît. Une femme meurt sous les coups tous les deux ou trois jours. La violence est la première cause de mortalité pour les femmes entre 15 et 45 ans. Plus que la maladie ou les accidents ! Sur 1 an, une femme sur 7 aura subi au moins un acte de violence de son partenaire. Ce chiffre est de 1 femme sur 3 quand on prend la moyenne mondiale. Moins de 50% des plaintes pour viol font l’objet de poursuite à cause de l’absence de preuve. Et moins de 10% des auteurs seront condamnés.

La violence contre les femmes est le seul crime dans lequel la victime se sent coupable et honteuse.

La violence faite aux femmes conditionne nos vies

Ce féminicide est destructeur pour les femmes qui en sont victimes mais aussi pour toutes les autres. Chacune d’entre nous intègre qu’il y a une certaine façon de s’habiller et de se comporter pour ne pas prendre trop de risques.

Nos choix de sortie dépendent de cette violence, les gens que l’on décide de fréquenter et les quartiers dans lesquels on se promène. La violence des hommes sur les femmes limite la liberté des femmes et leur estime d’elles-mêmes. Cette vulnérabilité nous rend souvent fragile et dépendante sans vraiment nous en rendre compte.

Pourtant, il y a de plus en plus d’hommes qui refusent la violence et sortent de l’indifférence. Pourtant nous, femmes, représentons plus de la moitié de l’humanité, et si aucune femme ne supportait la violence faite aux autres femmes, plus personne n’oserait nous faire de mal.

JUMP "Empowering Women, Advancing the Economy"

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