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Je suis végétarienne : témoignage de Mélody, 26 ans

Publié le 10 mars 2013 - Mis à jour le 13 mars 2013
Curieuse de tout, piquée d'écriture. Ex-responsable édito de FemininBio, blogueuse empathique aimant raconter la vie des autres @parisbylight.
Mélody, 26 ans, végétarienne, évoque le problème de la faim dans le monde
Mélody, 26 ans, végétarienne, évoque le problème de la faim dans le monde
© Fotolia

Mélody a 26 ans, elle est végétarienne depuis 5 ans. Depuis, elle se heurte à beaucoup d'incompréhensions de la part de son entourage. Pourtant, être végétarien serait une solution au problème de la faim dans le monde.

J’ai 26 ans, je suis officiellement végétarienne depuis 5 ans.

Tout a réellement commencé lors de mon stage de 3ème. Je voulais être vétérinaire, par amour des animaux et j’ai accompagné mon tuteur afin de soigner les veaux d’une exploitation. Ils étaient dans des boîtes jaunes en plastique, sans leur mère, ne pouvaient pas se retourner. Nous avons distribué des traitements. Ils allaient à l’abattoir quelques jours plus tard. Je ne mangeais déjà pas d’agneau, de lapin, j’ai décidé de ne plus manger tous ces "bébés animaux".

En grandissant, je prenais conscience, et à chaque repas, la culpabilité se faisait sentir. Pourquoi manger du poulet, du bœuf, du poisson et pas de veau ou d’agneau ? Ils sont adultes, moins mignons, alors on se déculpabilise, on ne sait même pas d’où vient ce qu’on a dans l’assiette, on ne fait pas le rapprochement avec le vrai animal. En même temps, en achetant la barquette, on ne voit pas l’animal bien en vie.

J’ai décidé d’arrêter d’être hypocrite : si j’aime les animaux, je ne les mange pas. On ne peut pas aimer et tuer pour son plaisir. C’est comme si il y avait deux personnes en nous, une qui aime les mignons animaux pour les câlins et l’autre qui se délecte de leur cadavre, pour son plaisir. C’est incompatible, c’est schizophrène.

En adoptant ce mode de vie, on se retrouve isolé, marginalisé, stigmatisé, et quelquefois humilié dans un monde omnivore. En écoutant ma conscience et mon cœur, je suis devenue aux yeux des autres un être déviant. Je représente une menace.

Mon comportement refuse l’ordre établi, remet en questions les habitudes alimentaires élémentaires, oblige au questionnement. Et c’est bien connu, ce quE nous ne comprenons pas nous fait peur, surtout quand il renvoit à notre propre culpabilité.

Mes amis proches n’ont pas compris ma "sensiblerie exacerbée" qui fait de moi une "extrémiste de la protection animale" voire "une terroriste". Mon régime alimentaire est un sujet de raillerie régulier, d’incompréhension, voire de rejet violent. C’est ça le plus dur : se voir jugée, alors qu’on a le sentiment de faire ce qui est bien, de respecter la vie plus que tout, dans un monde qui n’est pas fait pour, dans un monde qui n’a plus le respect de la vie, qui consomme à tout va.

On se sent seul, terriblement seul et incompris. Heureusement, il y a internet, on trouve de quoi se documenter, on trouve des témoignages et des gens à qui parler, de parfaits inconnus qui ne jugent pas et ne rejettent pas, qui nous soutiennent, alors qu’on devrait trouver ce soutien auprès de nos proches, famille et amis.

Ce qui est fatigant c’est de toujours devoir tout prouver (sa bonne santé, non je n’ai pas de carence en fer maman, mes prises de sang trimestrielles le prouvent, d’ailleurs n’y a-t-il que le fer dans le sang ? non je ne meurs pas de faim, non je ne mange pas que des carottes et de la salade).

Ne jamais flancher, toujours être irréprochable, être parfait. Ne pas en parler sans qu'on aborde le sujet, ne pas répondre si le sujet est abordé sinon votre réponse est vue comme une leçon de vie, ne plus manger au restaurant ou en même temps car rien que le fait qu’il n’y ai pas de viande dans l’assiette est une attaque personnelle, un jugement prononcé à l’encontre de leur mode de vie.

Ne surtout pas attraper un rhume car évidemment cela ne serait pas arrivé si j’avalais mon steak quotidien... Oui, oui, les mangeurs de viande ne sont jamais malades. Vous en doutez ? C’est bien connu, adopter une éthique de vie fait de vous un être parfait, qui n’a pas le droit à l’erreur.

Cette éthique qui, si elle était d’origine religieuse trouverait crédit immédiatement, mais comme elle part d’une réflexion personnelle, est tout de suite reléguée au rang d’obsession, de caprice, ou pire, de propagande sectaire. L’autre, en face ne s’investit pas le dixième pour la vie et l’environnement, ou s’investit autrement, mais trouvera toujours de quoi vous faire culpabiliser, et demandera toujours des preuves, des sources, et minimisera toujours votre engagement. Car oui, vous ne sauverez ni le monde ni la planète à votre échelle, ce qui pour lui est une raison suffisante de ne pas agir. Mais vous au moins, vous agissez.

On m’a demandé de réduire ma consommation mais de ne pas l’arrêter, pour limiter leur culpabilité face à ce problème dont ils ont parfaitement conscience. Mais comme eux ont choisi de privilégier leur propre plaisir à la vie, je me dois de ménager leurs sentiments, je suis donc une égoïste.

Hors le véritable égoïsme n’est il pas de tuer pour quelques minutes par jour de plaisir ? On enlève la vie de ces animaux, mais en plus de ça, on affame des milliers d’humains qui pourraient être nourris par les cultures servant à l’élevage du bétail. Ne plus manger d’êtres vivants sensibles est un acte d’amour envers les animaux. Ce n’est pas un acte déplacé, c’est aussi un acte d’amour envers ses semblables.

Si nous le faisions tous, il n’y aurait plus d’enfants qui meurent de faim à chaque seconde dans le monde. Alors, comme on me l’a dit souvent, on n'a qu’une vie, pourquoi se prendre la tête ? Tout simplement parce que ces animaux n’ont qu’une vie aussi, et que ces autres humains de l’autre côté de la terre, n’ont qu’une vie également, la Terre ne nous appartient pas, nous appartenons à la Terre, nous devons en partager les ressources.

Nous avons tout : le confort, l’alimentation, l’accès à la santé, le commerce qui nous permet de trouver tous les aliments nécessaires, alors pourquoi contribuer au malheur quand on peut faire autrement ?

L’assouvissement de nos désirs, de notre plaisir justifie-t-il tout cela ? Notre vie a-t-elle plus de valeur ?je ne le pense pas. L’humain n’est pas foncièrement égoïste, mais égotiste c’est certain.

Agir en conscience ajoute de la valeur à la vie et n’enlève rien. Essayez, vous verrez.

Mélody, 26 ans, Ardennes

Articles du dossier Végétarien, végétalien, vegan
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Réactions à l'article
Par samusi le 10 mars 2013 à 11h17
Végétarienne heureuse

Je suis végétarienne depuis l'age de douze ans. Cela s'est fait progressivement. Il y a tellement de choix dans le végétal que je ne ressent pas de frustration. Au contraire, tout ce qui est à base d'animaux me dégoûte.

Par Anaïs le 12 mars 2013 à 01h01
Je trouve ton témoignage très

Je trouve ton témoignage très touchant, rempli d'amour et d'espoir! Il est aussi très juste et relate parfaitement ce que tout végétarien ressent. Vraiment, j'adore ton témoignage! As tu un blog ou quelque chose comme ça? Tu as vraiment un belle plume.

Par lunazen le 13 mars 2013 à 16h16
Un témoignage détaillé et

Un témoignage détaillé et très personnel sur ce que beaucoup de végéta_iens vivent au quotidien (critiques, rejets, ...).

Tu sais pourquoi tu as fait ces choix, sois en fière ! Bravo !

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