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Je suis végétarienne : témoignage de Péma

Publié le 9 mars 2013
Curieuse de tout, piquée d'écriture. Ex-responsable édito de FemininBio, blogueuse empathique aimant raconter la vie des autres @parisbylight.
Péma aimerait redevenir végétarienne
Péma aimerait redevenir végétarienne
© Fotolia

Devenue végétarienne par respect pour les animaux, Péma a regoûté à la viande et au poisson suite à une épreuve de vie. Il lui est aujourd'hui difficile de redevenir végétarienne, à son plus grand regret. Mais elle ne perd pas espoir !

Avec un grand père chasseur de petit gibier dans le Languedoc, une grand mère qui élevait poules, canards, lapins et qui transformait tous les ans un demi cochon en charcuteries "maison",  juste pour le plaisir de nous cuisiner de bons petits plats quand nous la retrouvions pour les vacances, j'appris trés jeune le goût des viandes ! 

J'ai cependant le souvenir du dégout que j'avais d'en manger. De ces séances interminables de mastications qui exaspèraient ma mère, et le souvenir encore de cette boulette que je n'arrivais pas à avaler, qui grossissait à chaque bouchée forcée, et qui roulait sur ma langue, d'un côté et de l'autre de mes joues ... Bref, de mauvais mais aussi de bons souvenirs, car en grandissant et petit à petit je m'imprégnais de la cuisine du terroir Languedocien !   

Dès l'âge de vingt ans, je commençais à cuisiner toutes sortes de viandes, en ragout, en civet, en rôtis. J'ai aimé mitonner, confire, gratiner, rôtir, saisir, braiser... J'ai mangé de tout : du foie, des cervelles, des tripes, des rognons, du boeuf, du porc, du veau, de l'agneau et bien sur toutes les volailles, et même du cheval !  Horreur quand on sait qu'à dix sept ans j'avais passé mon premier degré en équitation ! 

Petites, mes filles ont eu une lapine naine blanche adorable que nous avions appelée "pinpine". Sans hésitation nous cessions toutes trois de manger du lapin ! 

Puis je décidais que nous allions banir de mes préparations tous les "bébés animaux". Une petite prise de conscience pointait le bout de son nez ! Donc plus de veau, ni d'agneau dans nos assiettes !  

Quelques mois plus tard arriva la crise de la "vache folle" ! Je cessais immédiatement de cuisiner le boeuf. Je suivais attentivement les informations à ce sujet et je prenais de plus en plus conscience de la véritable industrie agroalimentaire et surtout de l'existence de l'élevage en batterie et des aberrations qu'il engendrait. La souffrance animale apparaissait au grand jour et envahissait mon esprit ! Je supprimais alors le porc et le poulet de batterie. Il ne me restait que le canard, souvenir délicieux de ma grand mère, rôtis, confit, farci ! Et le poisson bien sûr qui, censé  être élevé en liberté et n'ayant pas trop souffert, n'avait pas encore trouvé grâce à mes yeux . 

Puis au milieu de cette tranche de vie, aprés avoir beaucoup voyagé en Inde et en Asie, je devins bouddhiste. Ce fut pour moi une révélation, un éclair de bonheur, une ouverture de conscience et surtout un regard immense de compassion envers tous les êtres sensibles, les animaux et même les insectes. Comment pouvait on manger ces êtres qui sont aussi nos amis et qui souffrent tout autant que nous ?

La compassion envahit mon coeur, mon esprit, chacunes de mes pensées et je devins végétarienne. Mes filles avaient grandi et suivaient leur chemin, mon compagnon resta "carnivore" comme j'aimais à dire et je respectais son choix comme il respectait le mien... 

Je restais végétarienne pendant quinze ans. J'eu entre temps l'occasion de vivre en Inde et pendant deux ans de ne plus manger d'oeufs. Je ne fus jamais végétalienne et continua toujours a manger du fromage et du miel. Hasard ou prédestinée, je n'ai jamais voulu boire de lait, même petite. 

Au fil de ma vie, aprés avoir tout eu ou presque, je me suis retrouvée sans travail, sans argent, démunie de presque tout. Pour arranger mon ordinaire, je décidais de participer à une étude sur un médicament. Il fallait pour cela intégrer un laboratoire médical, y séjourner trois semaines et manger les repas imposés, non végétariens bien sûr. L'importance de la rémunération prit le dessus et je décidais d'intégrer l'étude expérimentale. Quelle ne fut pas ma surprise de constater à quel point j'avais de l'appétit pour les viandes et les poissons servis dans les menus tout à fait ordinaires de la clinique ! Mon instinct de "carnivore" se réveillait. Mes papilles reconnaissaient avec délectation ces goûts subtils que mon éthique et toute la compassion sincère éprouvée jusque là avaient supprimés de ma conscience.   

J'en éprouvais une grande tristesse, vraiment. Et je fus incapable de redevenir végétarienne.

Hasard du destin, j'ai depuis refait surface... Etrange devenir qu'est le mien, je gère depuis trois ans, dans le cadre de mon nouveau job, un gros groupement d'achat de denrées alimentaires dont les viandes fraîches et les charcuteries ! Avec de gros volumes de commandes et des tas d'animaux tués, encore et encore.... Je n'ai pas vraiment choisi d'être là, mais j'y suis. 

Maintenant, de plus en plus consciente de l'horreur que l'on fait subir à des milliers d'animaux pour asouvir nos appétits carnassiers, je milite autant que je peux pour faire prendre conscience à mon entourage de la souffrance de toutes ces bêtes, de leur naissance à leur mort infâme, égorgées ou électrocutées vivantes. 

Je souffre tous les jours en y pensant et je souffre aussi de ne pas être capable encore de dire non ! 

Je suis sûre qu'un jour, que j'espère très proche, un nouveau déclic va se faire et que je vais arrêter de manger de la viande et du poisson (je souhaite rester humble et n'ose plus dire définitivement). Je le souhaite de tout mon coeur et de toute mon âme ! Une petite goutte de compassion dans un océan de souffrance, avec le souhait aussi que le plus grand nombre d'entre nous prenne conscience de cette souffrance immense qu'ils infligent et ingèrent chaque jour ! Et je sais aussi qu'agir en ce sens est trés difficile mais que c'est possible, vraiment !  

Pour finir, j'aimerai citer  Marguerite Yourcenard qui disait à ce sujet "Je ne digère pas l'agonie".

 

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