Paix

L’appel à la fraternité

Publié le 19 novembre 2015

Christine Marsan signe une chronique engagée en réponse aux événements du 13 novembre 2015. Un appel à la fraternité, à l'égalité et à la liberté, une invitation à agir chacun à notre niveau par un comportement bienveillant et citoyen.

Le 13 novembre, à la suite du 7 janvier, vient endeuiller les citoyens et rappeler douloureusement certaines préoccupations qu’une majorité avait sans doute délaissées depuis le début de l’année.
Le quotidien venant souvent masquer l’essentiel d’un manteau de routine, sauf, lorsqu’en pleine conscience, la routine s’imprègne à chaque seconde d’essentiel.
Pourtant, les vibrations du cœur de chacun sont intactes. Nous souhaitons vivre le bonheur au quotidien, toutefois, si nous ne faisons pas face avec courage à ce qui contrevient à nos besoins fondamentaux, nous perdons à chaque nouvelle étape de violence davantage d’êtres chers et de liberté.
A l’instar de la Stratégie du choc de Naomi Klein, nos gouvernements profitent de la sidération des citoyens pour prendre des mesures autocratiques restreignant gravement nos libertés. Qu’il faille faire face avec détermination à la folie meurtrière est une chose mais restons vigilants également à préserver notre démocratie.
C’est ainsi que face à la violence et à la manipulation d’une partie des médias, les citoyens ont envie de réagir pour ne pas laisser l’espoir de janvier retomber et observer les récupérations de tout poil.
Plusieurs initiatives débutées depuis le début de l’année reprennent de la vigueur. 
La délicatesse des mots que nous employons illustre notre niveau de conscience
En ces périodes troublées et délicates, il devient impérieux d’arborer une parole impeccable, au sens des 4 accords Toltèque, afin d’accueillir les différences, l’agressivité liée à la peur, aux deuils et aux pertes de repères et permettre un dialogue dans lequel la parole de chacun aura autant de valeur. Choisir ses mots avec soin c’est aussi bien poser le cadre de bienveillance propice aux échanges, permettre de saisir la complexité des situations et avoir les ressources pour gérer les conflits. C’est aussi proposer d’être exemplaire (ce qui ne veut pas dire parfait) afin d’inspirer d’autres personnes à sortir des jugements et de la vindicte et d‘apprendre à se rencontrer.
Les mots, symboles, unissent la réalité et la pensée, notre responsabilité tient alors à en faire un choix judicieux, expression de notre niveau de conscience et au service de la rencontre et de la qualité du lien.
Développons notre vigilance face à la manipulation
L’importance mise sur le vocabulaire permet aussi la vigilance sur les glissements sémantiques entre une réalité et la version grossie, déformée, excessive qui participe à créer un climat de peur et d’anxiété propice à relancer la violence, comme parler « d’invasion » en nommant les arrivées des migrants ou dire que nous vivons « une troisième guerre mondiale. »
L’exagération nourrit le spectaculaire et les peurs et facilite les ventes de produits ou de services des lobbies (armement, assurance, médicaments, BTP pour la reconstruction...).
Les algorithmes utilisés par Google et Facebook notamment utilisent les données que nous leur procurons gratuitement de par nos échanges et sont ensuite exploitées pour mieux cerner qui nous sommes et orienter nos actions, connaître nos réseaux et notre degré d’influence comme notre capacité à suivre les mouvements initiés (dernière initiative de FaceBook, le drapeau bleu, blanc, rouge). L’exploitation des informations faite par les sociétés commerciales ne nous a pas échappé, mais désormais c’est aussi l’utilisation pour les votes politiques et aussi le repérage par la Loi du renseignement, et alors quelles sont les utilisations qui sont faites, sans notre accord ?
Une éducation à la paix
En marge d’attitudes de bienveillance, de pratiques méditatives, une éducation à la paix devient plus que jamais nécessaire pour apporter de la sérénité entre les communautés. Sans sensibiliser et donner des modalités pratiques pour modifier nos comportements aussi bien en tant qu’adultes ou plus jeunes nous sommes démunis dans nos relations avec les autres. Il est temps de généraliser les principes de communication bienveillante (non-violente), d’écoute, de prise en compte de nos émotions et de la manière de les exprimer, de savoir composer avec le point de vue d’autrui, lorsqu’il est différent sans pour autant sombrer dans les conflits, apprendre à exprimer les tensions, composer avec les conflits et les violences. Cette éducation à la paix est un choix politique qui marque la vision que nous avons de notre pays et plus largement de l’humanité que nous honorons.
Manifester nos valeurs républicaines
Nous avons trois valeurs républicaines magnifiques : liberté, égalité, fraternité, il est temps de décider de manifester les comportements qui permettront que ces valeurs s’incarnent dans notre quotidien.
Depuis, janvier c’est la valeur de fraternité qui est la plus convoquée. Des centaines d’initiatives citoyennes voient le jour pour vivre au quotidien cette fraternité au sein de notre pays et entre les communautés, dans notre voisinage. Les citoyens veulent désormais que les valeurs de paix, de liberté, de fraternité, de respect soient vécues au quotidien et partout dans les villes et les campagnes. Et avec les attentats de novembre, il n’y a plus lieu d’attendre, chacun est invité à manifester la plus petite chose autour de soi, un sourire, aller vers une personne inconnue ou étrangère, aider, secourir, accueillir, dialoguer, comprendre… C’est notre responsabilité à chacun que demain puisse redevenir serein.
Convergence des initiatives
Il est temps de faire converger les initiatives de tous en associant celles de chacune des communautés afin de sortir des clivages. En effet, nombreux sont ceux, qui sans le savoir, réinventent des groupes et des actions sur des thématiques identiques. Il est temps de mutualiser, de dépasser nos besoins égotiques et de coopérer pour donner un signal fort aux extrémistes de tout poil : face à la violence, à l’horreur et à la barbarie, nous restons debout, dignes, et nous choisissons délibérément la paix, la fraternité et la liberté. Et nous le démontrons par des actes et des coopérations.
Restons lucides 
Enfin, si notre cap est la paix pour tous et le respect de nos valeurs républicaines, nous ne sommes pas dupes de l’opportunité de manipulation que ces moments troublés permettent à ceux qui ont besoin de conserver le pouvoir « sur ». Vouloir que des citoyens soient autonomes n’ait pas forcément souhaité par tous.
Il est de notre responsabilité à la fois d’agir et aussi de réaliser veille et vigilance sur ce qui nous est proposé, l’orientation des actions afin que nous restions lucides sur les manipulations en tout genre et tentions d’exercer notre esprit critique et notre libre arbitre.
Si certains parlent de « guerre » après « Indignez-vous » peut-être devons-nous entrer en résistance d’un système qui n’a pas pour objectif de servir le vivant et le respect de tous les règnes. 
Choisissons de servir la vie, de nourrir la beauté, la bonté et que chacun ait une place digne permettant de partager le bonheur et de vivre en paix et en fraternité.
 

L'experte :
Christine Marsan est psychologue, psychothérapeute, coach, consultante en accompagnement au changement et des mutations en entreprise et écrivain. Elle organise des groupes de thérapie intensive, des stages autour d’Oser changer sa vie et est l'auteur de plus de 15 ouvrages, dont : Chemin de Soi (Le Manuscrit, 2007), Choisir la paix (InterEditions, 2012) et Oser changer sa vie (Jouvence, 2013).

> Le site de Christine Marsan : www.christinemarsan.fr

> Le site Chemin de Soi : www.chemindesoi.com

 

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Réaction à l'article
Par Laurenzerl le 20 novembre 2015 à 12h16
qu'attendons-nous...

... pour commencer, pour déjà descendre dans la rue sans rien d'autre que nos mains nues et nos cœurs écorchés pour dire : ASSEZ, assez de violence, de tueries, d'armement, de rage de destruction... de sang coulant inutilement, nous n'en pouvons plus ?
Le traumatisme est grand, mais plus il grandira, plus le remède sera à portée de main.

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