Education

Surmonter la période des cauchemars

Publié le 3 juillet 2015
Pédopsychiatre en secteur libéral et au CHU de Montpellier, le Dr Rafi Kojayanparu exerce également une activité d’enseignant et de chercheur au sein de l’AFREE (Association de Formation et de Recherche sur l’Enfant et son Environnement).
Il est un âge où les nuits peuvent être agitées
Il est un âge où les nuits peuvent être agitées
© photl

Entre 3 et 5 ans, il arrive souvent que les enfants fassent des cauchemars la nuit. Une période désagréable pour lui comme pour vous. Quelques conseils pour traverser plus sereinement cette étape de l'enfance.

Ses cris, pleurs et hurlements rythment vos nuits depuis un certain temps sans que vous sachiez véritablement pourquoi ? Bienvenue dans la période des cauchemars, signe que votre enfant, âgé le plus souvent de 3 à 5 ans, traverse une phase de construction importante de sa personnalité. Il est en pleine socialisation et autonomisation. Il quitte le giron familial dans lequel il baignait pour se tourner vers le monde (souvent par le biais de l’école).
Au passage, il en profite pour régler ses conflits intérieurs, notamment les frustrations connues dans la journée (obéir à Papa et Maman, à la maîtresse, se plier aux règles du groupe, des copains, etc.). À moins qu’il s’agisse de bribes d’événements plus profonds (un déménagement, l’arrivée d’un petit frère ou d’une petite sœur). Le cauchemar sert alors à expulser la culpabilité qu’il ressent face aux pulsions de morts contre son papa ou sa maman ou encore son petit frère qui l’assaillent.
Mais le cauchemar peut aussi être provoqué par des sensations corporelles. Une mauvaise position du bras ou de la jambe durant le sommeil fera rêver votre enfant d’un bras ou d’une jambe cassée. De quoi avoir des nuits bien agitées !
S’il est petit (1 à 3 ans) : rassurez-le
Si vous l’entendez hurler et pleurer, levez-vous et allez voir ce qui se passe. Quand vous êtes près de son lit, rassurez-le, parlez-lui. Demandez-lui à voix basse pour ne pas trop le stimuler ce qui se passe, ce qu’il voit, ce qu’il ressent. Caressez-le et recouchez-le. Dès qu’il se calme et ferme les yeux, vous pouvez partir. N’hésitez pas à venir systématiquement les premières fois, le temps qu’il intériorise cette sécurité que vous lui apportez. Puis, éclipsez-vous de plus en plus rapidement. Vous pouvez d’abord attendre qu’il se rendorme, puis ensuite qu’il ferme uniquement les yeux et enfin, pourquoi pas, lui parler de loin sans rentrer dans sa chambre. Petit à petit, il puisera en lui sa confiance.
N’allumez pas la lumière
Même si votre enfant est éveillé pendant le cauchemar, pensez à ne pas le stimuler outre mesure au risque de relancer l’activité d’éveil du cerveau et de le maintenir debout une bonne partie de la nuit. Prévoyez une petite veilleuse pour les prochaines fois ou bien encore une lampe de poche. Vous pouvez aussi simplement allumer la lumière du couloir. Cette faible source lumineuse ne le perturbera, ni lui, ni ses frères et sœurs s’ils dorment dans la même chambre.
Parlez-en ensemble le lendemain
Généralement, il ne se souviendra de rien, c’est pourquoi il est bon de lui poser quelques questions sur le vif au cours de la nuit. Ces quelques éléments évoqués à nouveau le lendemain matin peuvent lui faire se remémorer le fameux cauchemar. Il est plus simple alors de découvrir ensemble ce qui a pu provoquer ce mauvais rêve et le chasser à jamais. S’il vous a parlé cette nuit d’une vilaine sorcière alors que vous veniez de regarder avec lui le DVD de Cendrillon, il y a de fortes chances pour qu’il ait été très impressionné par la sorcière du film. Vous pouvez par exemple visionner à nouveau avec lui le dessin animé et voir ensemble ce qui l’a véritablement effrayé.
Exit les excitants le soir
Une boisson trop chargée en caféine peut effectivement perturber le sommeil de votre enfant et provoquer de drôles de rêves. Donc pas de cola le soir ni de chocolat ou boisson chocolatée, qui ont également un pouvoir excitant.
Éliminez les bruits suspects
Éloignez tout ce qui pourrait nourrir l’imagination débordante de l’enfant au moment du sommeil et déclencher des cauchemars liés à ces bruits. Vérifiez que les volets sont correctement fixés et ne claquent pas les soirs de vent, que le tic-tac d’un réveil ne résonne pas dans sa chambre, qu’aucun jeu n’est resté en marche dans sa chambre ou que la faible lumière d’un appareil électrique sous un meuble ne se transforme en horribles yeux verts d’un monstre menaçant.
Et si on dessinait ?
Le dessin est un excellent moyen pour voir de plus près les vilaines bestioles qui se baladent dans le cauchemar et qui lui font si peur. Demandez-lui de vous dessiner ce qu’il a vu cette nuit. Prenez aussi les crayons pour décrire votre propre rêve. L’enfant se sentant accompagné par son parent va exprimer plus facilement l’angoisse liée à son mauvais rêve. Demandez-lui ensuite de réécrire l’histoire : « Comment tu aurais voulu que cela se passe dans ton rêve ? Tu n’aurais pas voulu que la bestiole t’attaque, tu aurais voulu lui tordre le cou, l’écraser sous ta chaussure ? »
Des pensées positives avant de repartir se coucher
Insufflez-lui des idées agréables et joyeuses en lui parlant douce- ment des activités qu’il pourra faire demain avec vous: aller au parc, faire un tour de manège. Évoquez également les prochains cadeaux pour son anniversaire. Histoire de continuer la nuit sur une note positive.
 

Cet article est un extrait du livre L'éducation positive, c'est malin, du Dr Rafi Kojayanparu et Sandrine Catalan-Massé paru aux Editions Leduc.S
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