Consommation alternative

Vive les supermarchés coopératifs !

Publié le 15 décembre 2015
Faire ses courses en conscience avec la consommation solidaire.
Faire ses courses en conscience avec la consommation solidaire.
© LaLouve

Suite à l'engouement provoqué par La Louve, pionnier de la coopérative alimentaire participative, des projets similaires fleurissent un peu partout en France. De Paris à Toulouse en passant par Biarritz, la révolution alternative est en marche !

Les coopératives alimentaires participatives ont le vent en poupe ces derniers temps et de nombreuses initiatives voient le jour. Le principe est simple : un supermarché, 1 600 à 2 000 coopérateurs et l'obligation de consacrer 3 heures par mois à son fonctionnement (réception des produits, caisse, mise en rayon...) pour pouvoir y faire ses courses. Pourquoi ? Tout simplement pour se "réapproprier son mode de consommation" nous explique Franck Laharrague, coprésident d'OTSOKOP, le projet de supermarché coopératif qui se développe dans le Pays basque. 
Quèsaco ?
À l'origine de cette initiative, deux Américains : Tom Booth et Brian Horihan. Ces fins gastronomes insatisfaits de l'offre alimentaire existante se sont aperçus qu'ils n'étaient pas les seuls dans ce cas. Inspirés par la Park Slope Food Coop de New York, le supermarché coopératif et participatif américain qui compte plus de 16 000 membres, ils ont décidé d'importer ce concept d'un genre nouveau à Paris. Comme une louve, mère nourricière et protectrice, cette coopérative alimentera ses membres tout en créant une certaine unité.
Tom Booth nous confie en ce sens : "Nous n'avons plus confiance en la grande distribution. Ce projet, c'est une façon de nous protéger, de devenir indépendant et de prendre en main notre consommation". C'est ainsi que La Louve verra le jour en 2016. L'objectif est de redonner du sens à l'acte d'achat. "Il ne s'agit pas de créer un énième supermarché impersonnel, cette démarche citoyenne vise à redonner ses lettres de noblesses au marché !",s'enthousiasme Pierre Ananou, coopérateur actif du projet.
Coopératif et participatif
"Lorsque j'ai découvert ce concept, j'ai été immédiatement interpellée par le principe. Ce projet m'offrait l'opportunité de posséder un supermarché, de devenir une véritable consom'actrice !", se réjouit Céline Laporte, membre de La Chouette Coop, qui ouvrira à Toulouse. Dans ces supermarchés, aucun consommateur, seulement des coopérateurs qui votent et décident de tout en assemblée.
Et lorsque les sceptiques s'interrogent sur le fonctionnement de ce supermarché, Pierre Ananou leur répond que "dans ce projet humble, tout le monde partage les mêmes craintes. Nous essayons de nous appuyer au maximum sur la richesse et la variété des compétences de chacun". Les postes les plus spécifiques seront toutefois occupés par 5 salariés.
Bien plus qu'un supermarché
Accorder 3 heures de son temps libre par mois n'est pas toujours évident et les coopérateurs en ont bien conscience. Ainsi, pour remédier au problème éventuel de garde d'enfants, une crèche parentale fait partie intégrante du concept. Et ce n'est pas tout.Toujours en s'appuyant sur les savoir-faire de chacun, les membres porteurs de ces projets foisonnent d'idées pour offrir de nombreux services et créer un lieu d'échange convivial. Franck Laharrague le résume ainsi : "Plus que créer un supermarché, nous désirons réellement installer un tissu social dans ce lieu. Nous mettrons donc en place un coin restauration, un bar associatif, un lieu d'échange, de partage de connaissances et pour
quoi pas un garage participatif". Les possibilités sont infinies, d'autres vont plus loin en imaginant l'organisation de cours de cuisine, ou encore d'ateliers couture.
Éthique et économique : non ce n'est pas incompatible
Non seulement ces coopératives ont vocation à tisser du lien social entre leurs membres, mais elles vont également proposer une offre plus qualitative à moindre coût. Comme l'explique Céline Laporte, "Quasi exempt de charges salariales, un supermarché coopératifpeut se permettre de proposer des tarifs moins élevés. Les membres ont accès à de meilleurs produits et les producteurs sont rémunérés au prix juste".
En somme, tout le monde y trouve son compte. Alors que la grande distribution s'accorde des marges à 50 %, ces coopératives n'en feront que 20 %, de quoi assurer le fonctionnement du magasin. Ainsi, un même produit devrait revenir 30 à 50 % moins cher dans ces coopératives alimentaires. Privilégier les circuits courts, voire faire disparaître totalement les intermédiaires, accentue cet aspect économique. "La France a la chance de regorger de petits producteurs. L'objectif est donc d'établir une relation de confiance citoyenne, dans laquelle le paysan est remis au centre de la consommation", insiste Franck Laharrague. Il imagine même des rencontres lors desquelles les agriculteurs pourront présenter leur travail.
Et le bio dans tout ça ?
Inscrits dans une démarche durable, ces supermarchés alternatifs tentent de diversifier leur offre au maximum, tout en favorisant les produits bio et locaux. "Nous souhaitons valoriser le gustatif, en privilégiant des produits issus de l'agriculture biologique et sains, mais nous n'avons pas vocation à créer un supermarché bio pour autant", précise Pierre Ananou. Bio ou non, les coopérateurs auront le dernier mot pour décider quels produits seront disponibles dans les rayons. Le projet a vocation à réunir dans un même lieu du bio, du local et du conventionnel pour que tout le monde se reconnaisse dans la coopérative.
La volonté de révolutionner les modes de consommation est à l'origine de l'engagement de la plupart des coopérateurs. "Depuis quelques temps, j'ai commencé à changer mes habitudes alimentaires, j'essaye de consommer local et bio, en allant faire mes courses sur les marchés notamment", explique Franck Laharrague. Si ces quelques projets de coopératives alimentaires participatives peuvent sembler être une goutte d'eau dans l'océan de l'industrie alimentaire, ils n'en sont pas moins de belles alternatives en devenir. Et pour les lectrices conquises par ces projets, il est temps de les rejoindre pour préparer leurs ouvertures prochaine. 

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