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Autonomie alimentaire : peut-on vraiment y arriver ?

Publié le 22 octobre 2012 - Mis à jour le 26 août 2016
Faire pousser son assiette, c'est pas si compliqué !
Faire pousser son assiette, c'est pas si compliqué !
© Fotolia

Dans son livre « Vers l’autonomie alimentaire », aux éditions Rue de l’échiquier, Frédérique Basset, journaliste spécialisée en environnement, nous explique pourquoi, comment et où cultiver ce que l’on mange. Un livre à la portée de tous, qui donne envie de tomates sur son balcon.

Autonomie alimentaire : peut-on vraiment y arriver ?
Autonomie alimentaire : peut-on vraiment y arriver ?

Débats autour des OGM, alternatives possibles à notre agriculture intensive et destructrice, liberté des semences, des thèmes qui alimentent plus que jamais l’actualité. L’urgence est là, pour notre santé et pour la planète et la question de l’autonomie alimentaire paraît à point nommée.

Frédérique Basset a répondu à nos questions.

Votre livre fait écho à celui de Marie-Monique Robin (Les Moissons du Futur), et au rapport de Gilles-Eric Séralini sur les OGM, vos enquêtes se sont elles croisées ?

Je les connais bien sûr, et j’ai vu leurs travaux, mais nous ne nous sommes jamais rencontrés.

Pourquoi cette prise de conscience et surtout de position maintenant ?
C’est logique, nous nous trouvons aujourd'hui dans des problématiques liées à notre alimentation. Il va encore y avoir des émeutes de la faim car il y a eu des épisodes de sécheresses aux Etats Unis et en Afrique. Ensuite c’est l’onde de choc, les prix des denrées alimentaires vont augmenter et ne serons plus accessibles à la population. Il y aussi la problématique liée à la qualité de notre alimentation, et les pesticides et les OGM n’aident pas. Il y a donc aujourd’hui une demande de retrouver une alimentation saine.

Il y a urgence alors ?
L’urgence est très ancienne pour les pays en voie de développement où un milliard de personnes souffrent de la faim. En occident c’est moins le cas mais nous nous dirigeons aussi vers une paupérisation de la population. Les gens ont de plus en plus de difficulté à avoir un budget consacré à l’alimentation. En France nous sommes un peu touchés, il y a de plus en plus de soupes populaires.

L’urgence concerne donc la planète que nous détruisons par des produits chimiques et notre santé que nous détruisons par extension par les mêmes produits.

Pensez vous réellement qu’il soit à la portée de tous d’être autonome d’un point de vue alimentaire, à partir du moment où l’on dispose d’un morceau de terre ?
Mon livre s’intitule « Vers l’autonomie alimentaire » et c’est ce petit mot « vers » qui fait toute la différence. Il est possible de tendre vers l’autonomie, je pratique moi-même l’agriculture en biodynamie et j’ai un jardin partagé depuis des années. Il faut 400 m2 de terrain pour nourrir une famille de 4 personnes en fruits et légumes. Si cela semble beaucoup en ville, de nombreuses personnes disposent de cette surface de jardin dans notre pays. Bien sûr dans les appartements de villes, les HLM, c’est plus compliqué. Toutefois il arrive que nous ayons des terrasses et des balcons et c’est ce que j’illutre dans mon livre avec l’exemple de Xavier Robin, jeune écologiste convaincu qui a développé la culture en terrasse dans sa ville de l’Isère.

Pourquoi tendre vers ces pratiques ?
Pour plusieurs raisons : déjà cela évite d’acheter trop de produits, ensuite nous savons ce qu’on met dans la terre donc on peut cultiver en bio et la qualité nutritive sera plus grande que ce que l’on peut trouver ailleurs.

Est-il facile de se lancer ?
Rien de plus simple, on met de la terre végétale dans une jardinière, une petite graine, on l’arrose et on attend que ça pousse. C’est à la portée d’un enfant de 4 ans ! Mais le vivant est très complexe, et plu son met le « doigt dans la terre », plus c’est compliqué. Il y a tout un écosystème à considérer : les insectes pollinisateurs, les plantes qui s’entendent bien entre elles etc.

Le sous-titre du livre indique : Pourquoi, comment et où cultiver ce que l’on mange ? Pouvez-vous nous en dire plus ?
Le « pourquoi » nous en avons parlé, et le constat n’est pas joyeux. Le « comment » montre les aspects pratiques et pédagogiques. Où : si j’ai un jardin, on peut s’y mettre de suite, sinon il y a environs 500 jardins partagés en France et de nouveaux espaces se créent tous les jours. A Paris il n’y avait aucun jardin partagé en 2001, et aujourd’hui on en compte 110. Je décris aussi les jardins d’insertion, les jardins familiaux (anciens jardins ouvriers), les jardins pédagogiques dans les écoles.

Au delà de la petite autonomie alimentaire que l’on peut arriver à avoir, c’est aussi une prise de conscience plus globale. On se remet à cultiver, on prend conscience de notre santé, de la planète, de l’équilibre de tout cela. Les égyptiens ont inventé l’hortithérapie, car c’est bénéfique de mettre les mains dans la terre. On entrevoit aussi que l’on peut peut-être se nourrir autrement, en s’inscrivant par exemple à une AMAP, à retrouver la santé par l’équilibre alimentaire. Il y a aujourd’hui une forte demande de se relier à la terre, car nous vivons hors sol à la ville comme à la campagne où les jardins peuvent être de simples pelouses.

Vous abordez de nombreuses idées telles que les ruches, la biodynamie etc, votre but est il pédagogique, pour que l’on s’y mette tous, ou de faire un état des lieux de ce qui existe aujourd’hui ?
Les deux ! Je donne des exemples de ce qui existe par exemple à Cuba, où l’on constate que quand nécessité fait loi, les potagers sont partout. Il y a aussi une volonté gouvernementale de nourrir la population, et aujourd’hui 80% du pays vit en autonomie alimentaire. A Detroit, la nécessité n’est pas la même mais la ville a récupéré 100 km2 de friche pour en faire des potagers. Puis je donne les clés pour mettre en pratique.

Alors par quoi on commence ?
Les aromates sont les plantes les plus simples à faire pousser. Plantez de la ciboulette, du basilic et du persil, même si ce dernier est un peu moins facile.
Ensuite pour les légumes, les tomates poussent même à Paris. J’habite moi même au deuxième étage sur cour (donc peu lumineux) et mes plants de tomates poussent.

Si on n’a pas du tout d’espace, on peut se tourner vers les jardins partagés, où l’on est guidé par les personnes qui sont là depuis longtemps. Il y aussi des livres ou plus simplement des personnes de notre entourage qui savent comment s’y prendre. Ce n’est pas compliqué de démarrer.

Quel est votre parcours autour du végétal ?
J’ai suivi une petite formation en botanique car je suis une littéraire et pas une scientifique au départ. J’ai un intérêt pour le vivant en général. Puis la vie m’a menée vers des expériences comme le woofing, sans savoir que c’était ça (des gens du monde entier qui cultivent en bio et qui en échange de 5h de travail par jour vous offrent le gîte et le couvert). J’ai aussi pratiqué l’agriculture dans le sud de l’Inde.

Journaliste et auteure spécialisée en environnement, Frédérique Basset a notamment publié "Le Guide l'écocitoyen à Paris" (Parigramme) et "Jardins Partagés" (Terre Vivante). Passionnée par le vivant en général et par la terre en particulier, elle consacre une partie de son temps libre à la culture bio.

Audrey Etner
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