Varanasi, la ville de lumière

Publié le 18 juin 2012 - Mis à jour le 28 avril 2015

On entend l'aube arriver avant même que le ciel ne change de couleur. On ouvre les yeux et la nuit paraît encore dense. Puis, on entend une clochette assourdie, des murmures, une prière au lointain. L'air se charge de fumée et de voix ensommeillées. Brahmanes et femmes lavent dans l'eau du Gange les objets sacrés qui serviront d'ici peu pour la prière du matin : la salutation au soleil qui se lève, l'annonce du nouveau jour, au moment du passage de l'ombre à la lumière. Un moment que les hindouistes appellent Sandhya et qui, comme toutes les phases de passage, de conjonction, est considéré le plus propice pour être en contact avec le monde divin.

Varanasi, la ville de lumière
Varanasi, la ville de lumière

Le commencement d'un nouveau jour
Petit à petit, les berges se remplissent de foule. Femmes et hommes arrivent sur le bord du fleuve pour se baigner. Les femmes s'immergent avec leur sari, les hommes portent le lunghi, un drap enroulé autour de la taille. Tous lèvent trois fois vers le soleil les mains en coupe. Débute alors l'arati, la prière du matin. Certains pèlerins trouvent un espace aparté et méditent face au soleil naissant, d'autres lisent les textes sacrés ou pratiquent des asanas. Le barbier, installé au coin d'un temple, commence à travailler avec entrain et les ghât (les gradins sur les berges du Gange) se remplissent de pèlerins. Il n'est pas encore sept heures, mais à Varanasi, l'ancienne Bénarès, un nouveau jour est déjà né, comme demain et comme il y a trois mille ans.

Hommage au soleil levant
Selon la tradition, Varanasi est la plus ancienne ville du monde encore habitée. Plus ancienne encore que le Gange qui, selon la légende, a été porté sur la terre longtemps après et qui court entre les cheveux de Shiva, le dieu de la destruction. Selon l'écrivain Mark Twain, la ville « [...] est plus ancienne que l'histoire, plus ancienne que la tradition, plus ancienne même que la légende, et elle semble deux fois plus vieille que toutes celles-ci réunies. » Kashi, l'ancien nom de Bénarès, signifie « la ville de lumière » : la lumière de la spiritualité, la lumière de l'aube qui chaque matin illumine peu à peu les ghât, saluée par les prières et les ablutions de milliers de pèlerins. La ville entière est construite de manière à regarder le soleil levant. Son noyau le plus ancien se développe tout au long de la berge du Gange, avec ses célèbres gradins qui arrivent jusqu'à plonger dans l'eau. Le rivage d'en face, en revanche, n'est pas construit, comme pour ne pas entraver la lumière qui arrive par l'Est.

Se reconnecter avec l'absolu
Pour un hindouiste, Varanasi est la ville sacrée par excellence : se baigner dans les eaux du Gange ici permet de se purifier. Pour cette raison, la ville est fréquentée en permanence par des milliers de pèlerins qui couronnent le rêve d'une vie et accomplissent ce voyage pour être purifiés et renaître à une nouvelle vie spirituelle. De nombreux fidèles viennent jusqu'ici pour disperser sur le Gange les cendres de leurs parents. Mourir à Varanasi permet d'arrêter définitivement le cycle des réincarnations et se conjoindre finalement avec l'Absolu. La crémation se déroule sur le fleuve, en plein centre-ville, parce que la mort est considérée simplement comme un autre aspect de l'existence. Rien d'étonnant alors si de nombreux dévots de toutes les régions de l'Inde viennent vivre leurs dernières années à Varanasi, en prière ou en méditation. Ils abandonnent leur vie précédente pour se consacrer uniquement à une quête spirituelle.

Pèlerinage
Les pèlerins ont le choix entre deux itinéraires. Le plus long, Panhkroshiyatra, dure cinq jours et inclut la visite de cent huit lieux sacrés. Le plus commun, Panchtirthiyatra, peut être réalisé en un seul jour et comprend la visite des cinq ghât les plus sacrés. On commence par Asi Ghât, où l'ancien fleuve Asi se jetait dans le Gange. Après le bain rituel et des prières adressées à des Shiva lingam abrités sous un arbre, on se dirige à Dashashwamedh Ghât, le plus grand et le plus visité de la ville. Un autre bain rituel est accompli et les pèlerins s'enfoncent dans les ruelles du quartier pour visiter les temples de Shitala Mata et de la déesse Ganga. L'étape suivante est Adi Keshava, le ghât dédié au dieu Vishnu et qui représente les pieds sacrés de la divinité. D'après la tradition, Varanasi est considérée comme un corps allongé sur le bord du Gange. La tête est représentée par Asi Ghât, le corps par Dashashwamedh, le nombril par Manikarnika, les jambes par le Panchganga et les pieds par Adi Keshava.

De temple en temple
Le pèlerinage continue avec une halte au Panchganga Ghât, où s'élève le temple de Bindu Madhava. Selon la tradition, le grand poète mystique Kabir, natif de la ville, obtint son inspiration sur les marches de ce ghât. Il faut maintenant rebrousser chemin pour le dernier bain à Manikarnika, le ghât des crémations. L'itinéraire prévoit à ce point de quitter le fleuve pour gravir les hautes marches conduisant au temple de Vishwanath, dédié à Shiva, qui n'est pas accessible aux touristes. Vu du haut, ce temple révèle deux immenses dômes dorés. L'intérieur est scintillant d'argent, saturé par les parfums et les chuchotements des brahmanes en prière. Le pèlerinage se conclut au temple d'Annapurna, protectrice de la ville. Déesse de la nourriture et de l'abondance, elle garantit la prise en charge de tous ceux qui choisissent de vivre et mourir à Varanasi.

Le soir, le calme revient
Le pèlerinage accompli, on peut s'immerger dans la foule, visiter les boutiques de soie, acheter des jouets en bois peint,ou une petite bouteille d'eau du Gange. Le crépuscule apporte d'autres prières et d'autres chants. L'arati du soir est célébré avec style. Les pêcheurs rangent leur matériel, les buffles rentrent à l'étable. Les ombres s'étirent sur les marches sacrées, l'air embaume l'encens et la nourriture et retentit de mille rires. La ville scintille de lumières qui se reflètent sur l'eau, des milliers de petites bougies flottantes, confiées au fleuve. La confusion fait enfin place à un calme réflexif et solennel, sous les rayons de la lune qui éclaire le fleuve qui semble désormais immobile et sombre. Les mendiants s'enroulent dans les couvertures, bercés par les sons discrets des instruments traditionnels et par la voix douce de Mère Gange qui glisse sereinement dans la nuit et veille sur les rêves de la ville.

Informations générales
Varanasi est souvent incluse dans le circuit touristique indien le plus fréquenté, celui qui commence à Dheli, fait étape à Agra (où se trouve la Taj Mahal) continue vers Khajurao et se termine dans la ville de lumière. La meilleure période pour un voyage à Varanasi se situe entre octobre et mars.

 

Documents
Un visa est nécessaire pour séjourner en Inde.
L'ambassade de l'Inde a externalisé le traitement des demandes de visas auprès de la société
VFS France
42-44, rue de Paradis
75010 Paris.
www.vfs-in-fr.com

 

Office de tourisme indien
13, boulevard Haussmann - 75009 Paris
Tél : 01 45 23 30 45

 

Comment arriver
Air France et Air India  proposent des vols directs entre Paris et Delhi. La liaison par avion Delhi-Varanasi dure moins d'une heure.
En réservant par avance auprès de la compagnie low cost Spice Jet, le trajet coûte 50 euros environ. On peut aussi choisir de se rendre à Varanasi par le train. Un voyage bien plus long (entre 12 et 18 heures) mais infiniment plus suggestif et sans doute à recommander à ceux qui visitent l'Inde pour la première fois et souhaitent vivre une expérience insolite. Les trains sont plutôt confortables (n'oubliez pas de choisir les voitures avec air conditionné) et surtout, ils permettent de vivre et d'observer de près les habitudes et les comportements quotidiens des Indiens. Un train à essayer est le ShivGanga Express. Avant de choisir votre train, assurez-vous qu'il fasse arrêt à la gare de Varanasi Junction, la plus proche du centre-ville.

Photos : Francesca Marino
Cet article est extrait du site esprityoga.fr

Francesca Marino
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