Cheveux

Les colorations végétales au salon de coiffure

Publié le 24 octobre 2014
© centifolia

Nous avons rencontré Alexandra Perrogon, coiffeuse et coloriste à Saintes, auteure avec Sylvie Hampikian et Carine Lutt, de l’ouvrage « J’embellis mes cheveux », publié en septembre dernier aux éditions Terre Vivante (coll. Facile et bio).

Alexandra Perrogon, coiffeuse et coloriste
Alexandra Perrogon, coiffeuse et coloriste
Il y a quelques jours, nous vous annoncions la parution du livre "J'embellis mes cheveux", éditions Terre Vivante, co-écrit par Sylvie Hampikian, membre de notre Comité éthique et scientifique, Carine Lutt et Alexandra Perrogon. Nous avons voulu en savoir plus sur la pratique professionnelle de la coloration végétale d'Alexandra, à Saintes. 

D’où vous vient votre passion pour les plantes ?
Je crois que ce n’est pas une passion, mais tout simplement le respect de ce qui nous entoure que m’a transmis ma grand-mère. Elle ne voulait pas que je me maquille, car pour elle mettre des produits chimique sur la peau, c’était dangereux. J’avais 13 ans, elle est décédée peu de temps après et ses mots sont restés gravés dans ma mémoire. 
Comment a commencé votre exploration de l’univers des couleurs végétales ?
Cette aventure a commencé grâce à une cliente, Laetitia, avec qui je « testais » une marque de coloration végétale qui ne me satisfaisait pas pleinement.Laetitia m’a suggéré d’aller sur les sites de Henné Indigo et Compagnie et d’Aroma-Zone, Selon elle, j’allais beaucoup apprendre. Ce fut le cas, effectivement, mais cela m’a aussi conduit à me poser beaucoup de questions. De site en site, j’ai sélectionné les plantes les plus intéressantes. Je me suis aussi informée auprès de teinturiers pour le textile, car les deux domaines ont de nombreux points communs, malgré un contexte différent (on ne peux pas faire subir aux cheveux vivants des processus aussi agressifs que ceux appliqués aux tissus). J’ai compris, au fil de mes recherches et de mes expériences sur mes proches et moi-même, comment la couleur se fixait sur le cheveu et comment on pouvait la maitriser.
Vous vous décrivez comme une “coiffeuse écrivaine”. Expliquez-nous comment est né le livre ?
Malgré tout ce travail, il me manquait encore des informations. Un article de Biocontact de 2012 sur les colorations capillaires indiquait l’adresse de Sylvie (Hampikian), son auteur. Miracle, elle n’habite qu’à 70km de Saintes ! Nous nous rencontrons, nous échangeons sur les plantes et elle me donne des pistes que je note précieusement. Puis elle m’informe qu’elle a le projet d’écrire un livre sur les soins des cheveux au naturel et les colorations végétales. Et de but en blanc, elle me demande « Est-ce que cela vous intéresse de m’aider ? ». J’ai dis oui sans réfléchir ni savoir où cela allait m’emmener !
Quand et comment avez-vous adopté la coloration végétale dans votre institut ?
Après un détour par les études, j’ai entrepris un cursus d’apprentissage de la coiffure. Horreur : rien que des produits chimiques ! J’en suis sortie bien conditionnée par certaines marques, qui nous martelaient que« seul le chimique est sûr, que le henné est nocif, car il casse les cheveux si on fait ensuite une permanente ou une couleur chimique, et qu’en plus les couleurs naturelles ne tiennent pas. » Tout cela n’encourageait pas à utiliser le henné ! Puis la marque Schwarzkopf a proposé une poudre colorante aux plantes, que j’ai utilisée dès l’ouverture de mon salon en 2003. Plus tard, des clientes m’ont demandé si je pouvais leur appliquer au salon une couleur 100% végétale Logona ou Terre de couleur. J’ai accepté et je fus alors bien surprise du résultat, de la qualité des cheveux et de la tenue des couleurs. Petit à petit, j’ai commencé à privilégier le « tout naturel » dans mon institut, tout d’abord pour le maquillage en 2005 (Couleur Caramel) et ensuite pour la coloration végétale (Couleur Gaïa), en 2006.
Pensez-vous qu’au-delà des effets esthétiques, prendre soin de ses cheveux au naturel peut influencer la santé et le bien-être en général ?
Oui effectivement, car le cheveu est le baromètre de notre santé. Ce que l’on mange, les médicaments que nous prenons, nos émotions, notre état psychologique et physiologique sont enregistrés dans nos cheveux. Notre corps évacue les toxines par nos émonctoires naturels (transpiration, urine, selles…), mais si il y a trop de toxines, celles-ci sont stockées, entre autres, au niveau du cuir chevelu et des cheveux. La police scientifique fait d’ailleurs appel aux cheveux pour déceler des poisons ou des produits dopants. Ma formation auprès de Rémi Portrait (coupe énergétique) m’a permis de prendre conscience des effets de l’alimentation et des émotions sur nos cheveux et notre bien-être. Je conseille à ce propos les livres de Robert Zirmi et de Rémi Portrait.
Les plantes colorantes contribuent-elles à l’effet « bien-être » des soins capillaires?
La plupart des plantes utilisées en coloration végétale ont des vertus détoxinantes. Par exemple, le henné estconnu depuis des millénaires dans les pays du Maghreb , en Egypte, en Inde pour son action purifiante, il est utilisé sur le corps en vue de le nettoyer, mais aussi pour son caractère spirituel. Brahmi, bringaraj, amla, shikakai et neem, des plantes indiennes employée en Ayurveda, sont aussi réputées pour détoxiner le cuir chevelu, mais aussi pour le tonifier et pour embellir les cheveux en les fortifiant. Plus « autochtones », romarin, sauge, thym et noyer, répondent aussi aux besoins de nos cheveux tout en apportant leurs propriétés médicinales bien connues.
Pensez-vous que les colorations végétales peuvent avoir un intérêt pour les coiffeurs ?
Il est évident que les coiffeurs présentant des allergies aux couleurs chimiques (pour certains, dès le début de leur formation)peuvent se diriger vers les colorations aux plantes. Les coiffeurs sont les premiers exposés à la toxicité des produits chimiques, avant même les clients. N’oublions pas que l’allergie aux teintures chimiques est reconnue comme une maladie professionnelle. Les risques en sont mentionnés noir sur blanc dans le Journal officiel du Parlement Européen. Par ailleurs, des études scientifiques sérieuses semblent indiquer l’implication des teintures dans certains cancers (vessie, cellules sanguines). Je pense donc que les coiffeurs qui se préoccupent de leur santé et de celle de leurs clients auraient tout intérêt à se tourner vers les colorations végétales. La chimie nous a beaucoup apporté, mais maintenant nos organismes sont saturés, et il est important de revenir à des produits de beauté plus naturels.
En pratique, les colorations végétales sont-elles adaptées à l’usage en salon de coiffure ?
Elles sont sûrement un peu plus difficiles à préparer que les teintures conventionnelles, mais c’est tellement agréable de ne plus respirer les vapeurs chimiques ! On prépare une pâte avec les plantes en poudre et de l’eau chaude, puis on applique comme une teinture en crème, en mettant une couche bien épaisse bien imprégner les cheveux. Il n’y a pas besoin de matériel spécifique, hormis une bouilloire et un grand bol. Les temps de pose varie de ½ h à 1 h 30 sous chaleur, parfois plus (s’il y à beaucoup de cheveux blancs). Cela peut sembler long, mais les clientes qui choisissent ce type de coloration sont prêtes à faire quelques concessions, car elles savent que le résultat en vaut la peine. 
Comment souhaitez-vous transmettre votre savoir-faire ? 
L’écriture du livre m’a encouragée à proposer des ateliers aux particuliers, lesquels auront lieu un samedi par mois, à partir de 2015. Aux nombreuses femmes qui créent leurs propres couleurs, je souhaite apporter un avis professionnel pour améliorer leurs recettes et leur donner des astuces afin que la couleur reste celle désirée. Je souhaite aussi aider les débutantes qui ne savent pas par où commencer. Et aussi expliquer comment lire les étiquettes des soins capillaires, pour être sur d’utiliser des produits de bonne qualité.
Les coiffeurs et coiffeuses seront eux aussi concernés ?
Bien sûr ! Je suis également en train de mettre en place une formation professionnelle, qui se déroulera sur deux jours (dimanche et lundi). Mon objectif est de sensibiliser les professionnels aux atouts des plantes pour le coloriste, mais aussi aux bienfaits qu’elles procurent. Mon but est aussi de leur apprendre, sur des modèles, à faire un bon diagnostic,c'est-à-dire à déterminer le reflet qui domine et ensuite réfléchir à la couleur que l’on veut réaliser, en l’accentuant ou en le neutralisant. Les stagiaires appliqueront sur des modèles et entre eux les préparations colorantes, afin de constater de visu toutes leurs qualités. Des informations sur ces stages seront prochainement disponibles sur mon site Internet www.institutalexandra.fr.
Livres cités :
Cheveu miroir de notre vie. Robert Zirmi (Ed. Ambre, 2008)
Cheveu parle moi de moi. Le cheveu, fil de l’âme. Michel Odoul et Rémi Portrait (Ed. Albin Michel, 2002)
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