"Soieries du Mékong" une entreprise à l'échelle humaine

Publié le 6 juillet 2010 - Mis à jour le 26 novembre 2012

"Soieries du Mékong" c'est d'abord l'histoire de l'ONG "Enfants du Mékong" à l'origine de la création de l'entreprise sociale. L'objectif de cette association est de parainer des enfants pour qu'ils puissent aller à l'école et accéder ainsi à l'éducation. Le Cambodge est un pays pauvre. Pour les enfants, les savoirs acquis sont rudimentaires et pour avoir aller au lycée il faut souvent s'éloigner de son foyer pour rejoindre les villes. Les parents font donc un choix parmi leurs enfants, lesquels iront à l'école et lesquels resteront à la maison. Comme toujours ce sont les filles qui abandonnent les études pour s'occuper des tâches domestiques.
Le projet "Soieries du Mékong" a été crée pour apporter des compétences à ces jeunes filles, l'objectif est de les valoriser, et qu'elles se découvrent des talents. Une fois formée l'entreprise leur donne un métier à tisser pour qu'elle puisse ensuite travailler de chez elles.
Nous avons donc rencontré les responsables de cette entreprise, Benoit de Blanpré et Gonzague de Borde, ainsi que Clémence Borot, support et développement produit, pour qu'ils nous parlent de cette aventure à la fois commerciale mais aussi sociale.

Le projet "Soieries du Mékong" est créée en 2001 pour former les jeunes filles au tissage, à partir de quand ont lieu les premières ventes?
Au début, il n'y avait pas du tout l'aspect vente, c'est au cours d'une conférence de l'association "Enfants du Mékong", que nous avons proposé aux personnes qui parrainaient des enfants d'acheter les accessoires produits par les jeunes filles cambodgiennes. ça a très bien marché et le chiffre d'affaire a fini par atteindre le seuil limite de vente pour une ONG, car celles-ci n'ont pas le droit de faire du commerce. C'est ainsi que le projet "Soieries du Mékong" est devenu une entreprise.

Vous expliquez que vous sélectionnez les jeunes filles selon un premier critère qui est celui du social (de la pauvreté), mais dans un pays pauvre comme l'est le Cambodge, n'est-ce pas difficile?
C'est en effet très difficile de graduer la pauvreté, c'est pour cela que nous avons rajouté des critères de motivation et des critères de compétences mathématiques. La motivation est essentielle pour être formé. On ne peut pas aider des gens s'ils ne font rien pour s'en sortir. Il y a des jeunes filles qui se sentent très bien chez elles. Il faut être très motivé pour se lever tous les matins, quitter la maison pour aller en formation, et apprendre de nouvelles choses.
Quant aux compétences mathématiques, les jeunes femmes qui travaillent ensuite de chez elle, une fois la formation terminée, reçoivent une fiche technique.
Il faut donc avoir des compétences mathématiques de base pour pouvoir compter les fils nécessaires par exemple. Il faut savoir être structuré et organisé.

Quel est le profil des jeunes femmes prises en formation?
En principe nous prenons des jeunes femmes âgées de 18 à 20 ans car elles viennent souvent d'abandonner le système scolaire. Il y a quelques exceptions aussi, des femmes plus âgées qui ont une histoire particulière. Nous prenons en général une dizaine de personnes par an. Nous évitons d'en prendre trop afin d'éviter la surproduction et qu'elles aillent ainsi du travail toute l'année. Les tisserandes que nous formons ne sont pas obligées après de travailler pour "Soieries du Mékong" elles peuvent très bien devenir des artisans autonomes.

"Soieries du Mékong" reverse ses bénéfices dans des projets de développement locaux, lesquels?
"Soieries du Mékong" est une filiale de l'association "Enfants du Mékong". L'entreprise participe donc aux projets de l'association qui oeuvre principalement dans le domaine de l'éducation comme le financement des maternelles par exemple. Pour le moment, il n'y a qu'en 2007 où l'entreprise a été bénéficiaire et dont la majorité des bénéfices a alors été reversé à l'association, soit cette année là 20 000€.

Comment a évolué le chiffre d'affaire de l'entreprise depuis sa création?
Il n'y a qu'en 2007 où nous avons été bénéficiaires avec un chiffre d'affaire de 100 000€, depuis le chiffre d'affaire ne cesse d'augmenter mais nous ne réalisons plus de bénéfices. 140 000€ en 2008, 200 000€ en 2009 et peut être 250 000€ en 2010.

Il n'y a pas de boutiques "Soieries du Mékong", hormis le site de vente en ligne. Envisagez-vous l'ouverture d'une boutique prochainement?
Pour le moment, il est beaucoup plus rentable pour nous de vendre par Internet, l'ouverture d'une boutique entrainerai beaucoup de frais supplémentaires, il faudrait engager des personnes... et puis se pose la question de la quantité d'accessoires produits. A-t-on les volumes nécéssaires pour rentabiliser la boutique? Pour l'instant, nous avons une dizaine de points de vente en Ile de France, comme AletrMundi, Association de Talents, Sourire Multicolore... Nous nous sommes bien inséré dans le réseau de la mode éthique, maintenant, sans renier nos valeurs, nous essayons de rentrer dans le circuit de la mode non-éthique.

Lors de l'achat d'une création en soie, il y a une étiquette avec le nom et la photo de la tisserande qui a confectionné le produit, d'où vous est venu cette idée?
Elle vient de Gonzague (de Borde) et moi (Benoit de Blanpré), nous nous sommes inspirés de l'association "Enfants du Mékong" avec l'idée du parrainage parents-enfant. Nous avions envie de créer un truc semblable, de créer du lien. On voulait au travers de la photo, du nom et de la vidéo de la tisserande visible sur le site Internet, rendre plus humain la vente de ces accessoires. Nous les valorisons car ce sont elles qui ont du talent, on donne ainsi de la valeur à un accessoire qui est par définition futile!

 
Alexandra Hoffmann
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