Flexitarisme

Futuriste ? Pour Philippe Stefanini, les astronautes cultiveront leur propre nourriture

Publié le 17 décembre 2015
A quand un déjeuner dans l'espace ?
A quand un déjeuner dans l'espace ?
© Pixabay

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La semaine dernière, Philippe Stefanini, chercheur et docteur en anthropologie biologique, évoquait l’origine végétale de notre alimentation et expliquait pour quelles raisons, via le flexitarisme, il était nécessaire de réduire notre consommation de viande. Aujourd’hui, il s’interroge sur notre alimentation future et nous dévoile un tout autre sujet sur lequel il travaille : le programme alimentaire végétarien de la NASA élaboré pour l’expédition sur Mars de 2030. Inédit !

Philippe Stefanini, chercheur au CNRS/AMU/ADES/CREAT
Vous êtes l’auteur d’un livre intitulé "Flexitarisme : hybridation alimentaire en devenir". Selon vous, pour quelles raisons allons-nous devenir mi-omnivores mi-végétariens dans le futur ?
Qu’on le veuille ou non, le lobby alimentaire va, à un certain moment, nous vendre un concept hybridé pour que l’on adopte une alimentation plus végétale. Les chercheurs commencent à élaborer des aliments végétaux dont les structures et les différents apports sont similaires à ceux de la viande. La saveur d’une viande est facile à reproduire, d’ailleurs, il existe déjà des aliments ou des préparations végétaux(les) au « goût de viande ». Par cette volonté de nous inciter à diminuer notre consommation de viande en consommant des produits végétaux qui s’en rapprochent, nous serons amenés à devenir mi-omnivores mi-végétariens dans quelques années. Le flexitarisme va donc révolutionner notre alimentation du futur. 
Comment vos recherches sur des populations bien spécifiques (les Inuits ou les Amérindiens, par exemple), vous permettent-elles de déterminer l’alimentation du futur ?
Avant mon immersion de dix-sept jours en Groenland, je pensais que les Inuits mangeaient uniquement de la viande. Pourtant durant celui-ci, j’ai été surpris d’observer que leur alimentation est beaucoup plus complexe et variée. Durant l’été, les Inuits ont quatre à sept semaines pour faire des cueillettes. Après celles-ci, ils sèchent les diverses plantes et végétaux qu’ils ont ramassés et les stockent dans la neige pour les consommer toute l’année. Ils mangent également des algues, des oursins ou des moules, par exemple, puisqu’il y a des marées qui facilitent leurs pêches. Sinon, la viande de phoque qu’ils chassent en grande quantité est composée de graisses non saturées [NDLR, les « bonnes graisses » pour l’organisme].
Il y a plusieurs années, j’ai vécu également avec les Waraos puis avec les Yanomami, deux peuples amérindiens dans le Delta de l’Orénoque, entre la frontière du Brésil et du Venezuela.  Là aussi, j’ai été ébahi par leur alimentation à dominance végétale. La viande est loin d’être leur nourriture quotidienne. Les hommes partent chasser tous les quinze jours. La chasse dure quatre jours et leur consommation de viande, une fois ramenée au village, ne dépasse pas les cinq jours. D’ailleurs, il y a un rituel avant, pendant et après la chasse. La viande est sacrée selon eux. Cette même viande, je l’ai aussi analysée et je peux vous affirmer qu’elle est aussi de très bonne qualité. Il n’y a pas de toxines ou d’autres déchets néfastes pour la santé. Ces deux excursions m’ont permis d’observer l’importante d’une alimentation flexitarienne au sein des peuples premiers. Puisque nous, occidentaux, serons amenés à moins consommer de viande dans le futur, je pense que nos tendances alimentaires vont suivre celle de ces peuples.
Avez-vous un dernier mot à nous dire sur les récentes recherches scientifiques à propos du flexitarisme ? 
Oui. On s’est aperçu, il y a à peine deux ans et demi, que le flexitarisme optimisait l’expression des gènes et que cette dernière était influencée à 85% par l’alimentation. C’est l’épigénétique que l’on a expérimenté sur les abeilles qui nous a permis de le démontrer. Chaque abeille possède plusieurs alvéoles avec des larves. Chaque larve a le même code génétique. Au fil de nos expériences, on a observé qu’une larve se transformait en abeille si elle avait été nourrie avec du miel ou du pollen, et en reine si elle avait été alimentée avec de la gelée royale. Ainsi, plus on a une alimentation de qualité, plus les gênes s’expriment et plus on est optimisés.
Cette étude prouve que l’on sera amené plus tard à analyser des épigénomes pour connaître nos profils. Ces derniers seront essentiels pour déterminer nos intolérances alimentaires, nos maladies, mais surtout développer de nouvelles thérapies. Seulement en France, l’alimentation thérapeutique est interdite alors que tous les pays occidentaux la pratiquent. Je fais beaucoup de conférence pour faire bouger les choses et parler de l’alimentation individualisée et durable. Ici, on a peur de l’innovation, du changement, du déséquilibre… alors qu’il en faut pour améliorer notre santé et celle des générations futures !
La NASA vous a contacté afin de développer un programme alimentaire pour l’expédition sur Mars prévue en 2030. Expliquez-nous ce projet.
La NASA veut que leurs astronautes deviennent des spatio-agriculteurs, c’est-à-dire qu’ils produisent une partie de leur alimentation. Pour celle-ci, elle étudie des super-aliments et des aliments dits « culturels » pour leur permette de se nourrir et de survivre pendant leur mission [NDRL, qui durera six mois]. La NASA m’a contacté car j’ai inventé la notion d’aliment durable pris comme objet polysémique. Ces aliments les intéressent puisqu’ils pourront être cultivés par les astronautes dans la navette et dans la base sur Mars. 
Quels sont ces super-aliments durables dont vous nous parlez ?
Les aliments durables sont des aliments bourrés en nutriments et qui nécessitent peu d’eau ni de traitement pour être cultivés. Par exemple, il y a la spiruline, le raisin, les légumineuses ou certains acacias. Je travaille avec l’astronaute français Cyprien Verseux, choisi parmi les six astronautes mondiaux pour la mission sur Mars. Nous recherchons et étudions ensemble ces aliments. Au fil de mes voyages, je lui transmets tous les aliments durables que j’ai recueillis afin qu’il les apporte avec lui au bord de la navette spatiale. 
Et que sont les aliments culturels ?
Les aliments culturels sont des aliments que l’on connait tous et qui ont des qualités agronomiques et nutritionnelles très importantes. Ces aliments sont nécessaires pour les astronautes afin qu’ils ne se sentent pas dissociés de leurs acquis culturel alimentaire. S’ils sont amenés à manger des aliments qu’ils n’ont pas l’habitude de consommer, ils seront déprimés !
Comment les astronautes vont-ils produire leur nourriture sur Mars ?
Les astronautes cultiveront leur propre nourriture à l’aide d’incubateurs capables de produire dans de l’eau ou dans des composts très bien adaptés au niveau enzymatique. Ils seront des agriculteurs de l’espace. Tout est possible sur Mars. Il y a de l’eau, des nitrates, bref, différents composants qui permettent de faire pousser.
 
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