Sli-on : textile écolo pour la maison

Publié le 19 août 2008 - Mis à jour le 15 novembre 2012

Elodie Brunet, designer textile, découvre en 2001 au hasard des longs cours, les îles Philippines. Elle n’aura de cesse d’y revenir pour saisir leur magie et y tresser de fil en aiguille un projet humain, écologique et luminescent. Rencontre.

Sli-on : textile écolo pour la maison

Féminin bio : Toutes vos collections de textile pour la maison, que ce soit les coussins, les sets et chemins de table, les nappes, rideaux et panneaux sont en tissu écologique. Qu’est-ce qui vous a amené à privilégier ce principe ?

Elodie brunet : Alors que je faisais encore mes études, j’ai découvert aux Philippines les matières végétales, l’abaca tout particulièrement. Je me suis alors demandé pour mon mémoire de fin d’étude pourquoi l’homme était tant attiré par la nature et j’ai dérivé sur le textile naturel. Mais pour aller jusqu’au bout de cette démarche, le naturel ne suffisait pas, puisque aujourd’hui le coton par exemple est bourré de pesticides. La culture biologique s’est alors imposée d’elle-même. J’ai profité d’un deuxième voyage pour nourrir ces recherches, et c’est là que j’ai découvert la fondation avec laquelle je travaille depuis.

Féminin bio : Cette exigence écologique l’avez-vous imposée à cette fondation ou travaillait-elle déjà dans cette veine ?

Elodie Brunet : Toutes les fibres que j’utilise, l’abaca, la soie et la fibre d’ananas étaient déjà cultivées biologiquement et dans le respect des traditions anciennes. L’ananas, par exemple, pousse systématiquement à l’ombre d’un manguier pour que ces feuilles soient plus longues. Après l’extraction à la main, les fibres sont lavées à l’eau douce de la rivière puis nouées entre elles une à une afin de former une pelote assez longue pour être tissée, enfin elles sèchent au soleil. J’utilise également des teintures végétales totalement écologiques qui contiennent naturellement des fixateurs. Cela se fait par décoction dans l’eau. En fait, la fondation avait déjà expérimenté ce genre de teintures, mais elle n’en avait pas l’application, car ces produits sont trop chers pour leur marché.

Féminin bio : Ce côté écologique vous contraint-il à laisser de côté des matières que vous aimeriez expérimenter ?

Elodie Brunet : Au départ, je pensais ne pas importer d’autres fibres pour une question d’impact écologique. Mais j’ai du me rendre à l’évidence… Tisser uniquement de l’abaca et de l’ananas est restrictif et assez difficile pour les tisseuses. Et puis, pour des raisons éthiques, j’ai abandonné le fils de soie Philippin, puisque comme pour 99% de cette production, les vers sont tués. J’ai donc cherché de nouveau fils comme le ramie organique, le coton bio,le  chanvre, la peace silk (soie où l’on laisse sortir le ver du cocon afin qu’il se transforme en papillon), et ce toujours en association avec l’ananas des Philippines.

Féminin bio : Quel est le principe de fonctionnement de cette fondation ?

Elodie Brunet : C’est de donner une activité et une rémunération décente à ces femmes sans pour autant perturber leur équilibre familial tout en leur redonnant confiance. L’idée c’est qu’elles viennent tisser quand elles le souhaitent et le peuvent.

Féminin Bio : Cela implique donc pour vous au niveau des délais de livraison, de gestion de stocks certaines difficultés. À termes serez-vous contrainte d’abandonner cette éthique ?

Elodie Brunet : Oui, en effet, c’est difficile parce qu’il faut s’adapter au fait que les tisseuses ne tissent pas en continu, mais pour moi ces données sont primordiales. Je commande donc des stocks à l’avance et diminue le nombre de références. Et je m’aperçois que les architectes d’intérieur et les boutiques s’adaptent plutôt bien. Et bien sûr, je  vends très peu sur commande car les délais sont vertigineux (de 3 à 6 mois), vu qu’il faut 15 jours à une tisseuse pour confectionner 3 mètres de tissu !!

Féminin bio : Vous avez appelé vos collections « Sli-on ». Quelle est la signification de ces termes ?

Elodie Brunet : Cela veut dire « inutile » dans la langue de la tribu T’Boli. Peu importe finalement la fonction de l’objet, l’importance est la lumière renvoyée par la gaze de soie et d’ananas. Seule compte la beauté de la création, du pour rien, pour l’art, pour l’enrichissement des tisseuses, pour la fierté qu’elles en tirent, pour l’oubli de soi-même… Et pour toutes ces choses dites inutiles parce que non nécessaires et pourtant tellement vitales…

Points de vente principaux :
La Forge Subtile : 11, rue de l’Odéon 75006 Paris 01 40 51 09 30
Stores Belzacq : 80 avenue Mozart 75016 Paris 01 45 25 20 88
L’univers de la nature : 62, avenue de la libération 33110 Le Bouscat 06 89 14 81 35
Natura design : 4 rue du Congrés, 06000, Nice, 06 60 65 70 65
L’arbre de lumière : 17, rue Dumont 69004 Lyon 04 78 39 34 29
Mais aussi beaucoup d’adresses du côté de la Rochelle et de l’Ile de Ré, Metz, Quimper, le sud ouest et le sud-est de la France. Plus de renseignements à l’adresse suivante : www.elodiebrunet.com

Marie Lorrain
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