Des contes pour «Penser à l’endroit»

Publié le 31 juillet 2012 - Mis à jour le 11 septembre 2013

Pour un enfant, tout est toujours nouveau et chaque situation amène son lot de questions, que celle-ci soit heureuse ou triste, singulière ou dérangeante. Qui n’a jamais été déstabilisé par une question enfantine? Qui n’a jamais ressenti  l’envie de passer le relai à un autre pour éviter une explication délicate ? Depuis une dizaine d’années, Aline et Albert de Petigny, fondateurs de la  maison d'édition "Penser à l'endroit" laissent la parole à des auteurs de contes qui apprennent sans imposer, en abordant ces « grandes questions » auxquelles nous ne savons pas toujours répondre de manière ludique et pédagogique. Rencontre.

Penser à l'endroit, maison d'édition alternative
Penser à l'endroit, maison d'édition alternative

Fondée en 2002, votre maison d'édition "Penser à l'endroit" propose des histoires pour enfants qui abordent les "grandes questions". Quelles sont-elles ?
Albert : elles sont aussi nombreuses et riches que de livres et d’auteurs publiés !
Mais nous essayons de les ranger dans trois grandes familles : Moi, mon rapport avec les autres, notre responsabilité vis à vis de toutes les formes de vie qui nous entourent.
J’aime dire que nos auteur-e-s proposent un point de vue qui leur tient à cœur. Les histoires que nous éditons nous ont touchées, et nous avons envie de les partager. L’idée n’est pas d’être d’accord avec tout, mais de comprendre qu’il existe de multiples points de vue.

Comment parler de choses sérieuses ou graves avec les enfants ?
Aline : en partant du fait que l’enfant a la capacité d’entendre et de comprendre et que bien souvent ce sont les propres peurs et autres émotions de l'adulte qui freinent ce dernier à parler à l’enfant.
Albert : je ne sais pas s’il existe de recette magique pour cela, mais j’ai tendance à penser que l’on parle plus facilement des choses avec lesquelles nous nous sentons bien. La première chose à faire lorsque l’on devient parent est peut-être de prendre le temps d’apprendre à se connaître soi-même ? Ensuite, lorsque l’on ne se sent pas à l’aise, je pense qu’il ne faut pas hésiter à demander de l’aide autour de soi.
 
Peut-on parler de tout avec les enfants ?
Aline : je préfère la question : est-il nécessaire de parler de tout avec les enfants ?
Il y a des sujets qu’on peut aborder avec des enfants si c’est vraiment nécessaire, mais s’il n'y a pas de véritable urgence, ces sujets peuvent attendre.
Je pense qu’on peut parler de beaucoup de choses avec les enfants : c'est surtout une question de moment.
Albert : en tant que papa, j’ai pris comme habitude de ne pas provoquer les questions, mais de rester ouvert à recevoir tout type d’interrogations de la part de mes enfants. Souvent il arrive que certaines questions reviennent, régulièrement, comme si l’enfant voulait tester si la réponse était toujours la même. Notre papa nous racontait souvent que petit, lorsqu’il avait une question, il avait pris l’habitude de la poser à trois, quatre personnes différentes, histoire de voir comment les avis changeaient selon qu’il s’adressait à sa mère, son père, sa grand-mère ou la cuisinière.
 

Quel rôle jouent les contes dans l'éveil de l'enfant ?
Dans quelle mesure le conte est-il un outil pédagogique et éducatif ?
Aline : les contes sont une des manières parmi d'autres d’aborder certains sujets. Une histoire permet de faire prendre conscience à l’enfant que certaines situations qu’il vit sont vécues par d’autres, qu’il n'est pas seul dans son cas.
Albert : je me demande si depuis quelques décennies nous ne prenons pas plus de temps à expliquer qu’à ressentir. Les deux me paraissent complémentaires et l’excès de l’un ou de l’autre ne me semble pas contribuer à un bon équilibre. Un conte, une histoire, va questionner, titiller, toucher, émouvoir sans pour autant apporter de réponse scientifique ou factuelle. Chacun est ensuite libre de poursuivre le questionnement et de passer du ressenti au factuel, du coeur à la tête.

Votre maison d'édition porte un nom très prometteur "Penser à l'endroit", quelle mission vous êtes-vous donné avec ce projet ?
Aline : mission... le terme est peut-être un peu fort. Nous désirons simplement transmettre des questionnements et des points de vue qui nous paraissent importants et permettre à des auteur-e-s, avec lesquels nous nous sentons en accord, de dire ce qu'ils ont à dire.
Albert : ce nom est à la fois une référence au titre d’une histoire du premier album publié par la maison (“Victor, le petit ours qui pensait à l’envers” dans “La princesse et la bergère et 2 autres contes”) et une façon provocante de dire : “pour penser, commence par tout retourner”. Ce nom permet de débusquer de manière quasi-infaillible celles et ceux qui préjugent et fondent leur opinion sur un nom au lieu de commencer par prendre des livres et les feuilleter.
Personnellement, je trimballe dans ma besace plus de questions que de réponses et j’ai pris l’habitude depuis tout petit de remettre régulièrement en question ce qui me parait trop certain.

Septembre est le mois de la rentrée scolaire, avez-vous des conseils à partager avec nos lecteurs parents pour aborder l'apprentissage sereinement ?
Aline : je dirai bien : fichez-leur la paix ! Permettez à vos enfants de s'ennuyer. Ils sont 6 heures en classe, reviennent avec du travail à la maison... Ne surchargez pas leurs mercredis, leurs week-ends. Laissez-les apprendre par eux-mêmes...
L'ennui est une porte vers la création. Nous sommes dans un système où nous gavons au lieu de nourrir. Côté nourriture physique nous savons que le sentiment de faim est important. A gaver nos enfants de savoir en tous genres, nous oublions de leur laisser le temps d'avoir faim. De peur qu'ils ne sachent pas telle ou telle chose, nous voulons qu'ils apprennent ce que nous avons eu plaisir à apprendre à 30 ans !
Nous les gavons !
On fait de l'apprentissage une obsession, toujours plus, toujours plus tôt.... Bien sûr, un enfant peut apprendre à lire à 4 ou 5 ans,  mais est-ce si important ? Bien sûr, il peut lire de gros romans à 8 ans, mais est-ce si important ?
Bien sûr, il peut maitriser la harpe à 10 ans, mais est-ce si important ?
Au moment où nous nous posons des questions sur la surconsommation, ne sommes-nous pas dans le même cercle vicieux en ce qui concerne l'apprentissage ? Ne sommes-nous pas dans une surconsommation de l'apprentissage à tout prix ?
Bien sûr il n'y a rien de mal à apprendre la musique à 6 ans ou 8 ans à l'école de musique... mais avoir un piano chez soi et permettre à l'enfant des gribouillages musicaux est pour moi plus important, car il le fera quand il voudra, comme il voudra, en regardant les mouches voler, en ne pensant à rien et surtout pas à comment bien mettre ses doigts sur le clavier ou aux fausses notes... car pour lui il n'y a pas de fausses notes...
Alors la question est : quelles peurs avons-nous en tant que parents pour vouloir que nos enfants soient si parfaits ?
Albert : un conseil basé sur l’expérience : la curiosité est un fantastique moteur pour l’apprentissage, mais celle-ci n’est pas une valeur constante et elle surgit quelque fois à des moments totalement inattendus. A nous, parents, de rester à l’écoute et de repérer ces moments magiques où l’enfant est demandeur.

Quelles sont vos actualités ?
Albert : nous sortons dans les prochains jours, trois nouveaux livres de la collection “Paroles de fée” : des livres entre contes de fée et guides de développement personnel destinés à des enfants autour d’une dizaine d’années. Cette collection va désormais compter six titres.
Nous réfléchissons également à des mariages intelligents entre papier et numérique et des projets de traduction sont en cours.
Par ailleurs, nous sommes à la recherche de nouveaux points de vente : notre site fonctionne bien, mais nous croyons à la complémentarité entre ventes directes et réseaux de proximité.

Stéphanie Jarroux
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