Médecines alternatives : une évolution est en marche

Publié le 31 janvier 2008 - Mis à jour le 25 janvier 2013

Les malades s'interrogent souvent sur la place des médecines alternatives dans le paysage médical français. Deux rencontres de professionnels, qui se sont tenues à Paris fin octobre, prouvent qu'elles commencent à émerger… presque officiellement.
                

Médecines alternatives
Médecines alternatives

Malgré les problèmes de transport et les difficultés à rallier la faculté de pharmacie de Paris, les participants au colloque « Ecomédecine 2007, Convergence des pratiques » sont là, nombreux : médecins, naturopathes, ostéopathes, microkinésithérapeutes, pharmaciens, psychothérapeutes, dentistes…
 
« La santé de l’industrie pharmaceutique est florissante, indique Paul Lannoye dans son introduction, mais le bilan sanitaire n’est pas brillant. Trop peu de place est laissée à la prévention et aux thérapeutiques alternatives souvent taxées de méthode charlatanesque ou de placebo. » Cet ancien député Verts belge sait de quoi il parle, c’est lui qui a réussi à faire voter la reconnaissance des  médecines non conventionnelles par le parlement européen en 1997. «
 
Pourtant, intervient à son tour Albert Claude Quemoun, pharmacien, spécialisé en homéopathie, nos prédécesseurs qui ont découvert les pouvoirs des plantes n’étaient pas des charlatans, mais des observateurs et de fins connaisseurs. Par exemple, la bouillie d’échinacéa que les femmes indiennes mettaient sur les plaies  s’est révélée avoir des propriétés immunostimulantes. Tout ce savoir-faire doit se faire savoir. » « C’est vrai, poursuivra plus tard Thierry Jansen, médecin-chirurgien, psychothérapeute. Il faut savoir nous poser, pour nous opposer, sans crainte, aux tenants de la médecine conventionnelle. Mais la division des médecines non conventionnelles en approches différentes nuit à ce positionnement. Il est nécessaire de vaincre les individualismes pour penser à une médecine intégrée ou intégrative. »
Comme pour faire écho à ces paroles, Nicolas Stelling, dentiste, est venu à la tribune expliquer les inter-relations entre les dents et le reste du corps, Patrick Belet, médecin hypnothérapeute a abordé la question des liens entre le corps et l’esprit. Acupuncteur, auriculothérapeute, phytothérapeute… ont expliqué l’intérêt de leur approche dans le traitement des troubles digestifs.
 
Créer des centres pluridisciplinaires
 
Il reste à inventer des lieux où les malades pourraient consulter des thérapeutes différents. Vladimir Sekelj, ostéopathe, a exposé l’expérience du Centre pluridisciplinaire d’Aix-en-Provence qui regroupe des consultations de médecins et de non-médecins, tous intéressés par les approches alternatives. Un bilan global, réalisé par trois thérapeutes différents, est parfois proposé aux malades. Le centre Hahneman (voir Points chauds p. 8) et l’Hôpital Saint-Jacques de Paris s’inscrivent dans la même démarche, même si, seuls, des médecins y exercent.
Ces deux journées de travail intenses en réflexions et riches en informations ont été très bien accueillies par le public. à l’issue du week-end, plusieurs propositions ont été faites pour poursuivre les échanges et faire avancer la cause des médecines alternatives. « Attention, a prévenu Jacqueline Péker, vétérinaire  homéopathe à la retraite, il ne faut pas se disperser mais songer que les bonnes intentions ne sont pas toujours suivies d’effets. En mars par exemple, une journée Portes ouvertes de l’homéopathie avait été organisée, elle a très peu été suivie par la profession et le public. »
 
Il n’empêche, un mouvement est en marche qui ne pourra plus s’arrêter. Pourtant, il devra faire vite car l’enseignement en homéopathie rencontre de moins en moins d’intérêt parmi les jeunes médecins, même chose pour l'acupuncture. Un leitmotiv est revenu lors de ce colloque: rassembler les initiatives, s’appuyer sur l’Europe… Mais les difficultés demeurent : et notamment les noms à donner à ces thérapies. « Ecomédecines », terme qui pourrait donner lieu à un logo, « médecines non conventionnelles », termes consacrés par l’Union européenne ou « MAC », c’est-à-dire médecines alternatives et complémentaires comme le proposent les Anglo-saxons ?
Mais le besoin est là. à la fois pour parler d’une même voix et satisfaire aux besoins des malades perdus souvent dans la diversité des approches et des dénominations. Une chose est sûre, pour que ces réflexions aboutissent, il est indispensable qu’elles soient partagées par tous : médecins, non-médecins, malades et bien-portants. Pour inventer ce que tous attendent  de leurs vœux : une nouvelle manière d’aborder la santé et la maladie. Dans cette réflexion, Alternative Santé entend bien jouer son rôle.
 

Rencontres
 

Les médecines alternatives et complémentaires en vedette à l'hôpital Tenon de Paris.

C'est la 25e édition de ce qui s'appelait jusqu'à cette année « Les rencontres des médecines douces » et  s'intitule désormais « Rencontres des médecines alternatives et complémentaires». Elles sont nées à l'initiative du Dr Serge Rafal lequel, depuis 1976, a réussi l'exploit de pérenniser dans un hôpital de l'Assistance publique une consultation autour des méthodes complémentaires et alternatives. Une expérience inédite en France : « Cette situation d'acteur et d'observateur du phénomène médecines douces m'a incité à faire profiter les autres (grand public, corps médical, professionnels de santé) de mon expérience au travers de conférences, d'articles, de livres… et de ces rencontres à l'hôpital Tenon. » 

 
Ainsi, depuis 1986 (1) chaque automne, celles-ci valident l'intérêt des médecines alternatives et complémentaires (MAC) auprès des professionnels de santé. Elles s'articulent, pour cette année, autour du thème : Vivre longtemps sans faire de vieux os, titre du dernier ouvrage du
Dr Serge Rafal aux éditions Marabout.
 
Il y a 150 à 200 personnes ce matin d'octobre dans l'amphithéâtre Antoine Béclère de l'hôpital Tenon, pour écouter des conférences qui mêlent allégrement des allopathes et des praticiens ouverts aux MAC. Dans la famille allopathe pure, le Dr Patrick Gepner, rhumatologue à l'hôpital Foch qui, pendant près d'une heure fait le point sur l'ostéoporose, comment la diagnostiquer et les traitements à la disposition des médecins, une remise à niveau suivie de questions. La Dre Nathalie Chabbert-Buffet, endocrinologue, intervient quant à elle, sur la place du traitement hormonal dans la prise en charge de la maladie et l'on entend au passage cette petite phrase : « Le THS c'était bon pour l'os, peut-être pour le cœur, alors on a fait l'impasse sur le cancer du sein… » Et de pointer ensuite le danger des progestatifs de synthèse. Dans la famille thérapeute ouvert aux alternatives, le Pr Rapin, responsable du DU de micronutrition et nutraceutique de la faculté de Dijon, passionne l'assemblée avec l'intérêt de l'équilibre acido-basique dans la prévention de l'ostéoporose. Thierry Souccar, auteur de Lait, mensonges et propagande (éd. Thierry Souccar, Vergeze) dénonce l'hégémonie du lait comme meilleur apport en calcium. La plus grande partie de l'après-midi est consacrée aux traitements alternatifs de l'ostéoporose, homéopathie et phytothérapie. Des rencontres formatrices pour les médecins qui favorisent l'échange entre professionnels de santé et promotionnent les MAC.                

(1) L’Association pour la promotion pluridisciplinaire des médecines alternatives (Appma) 15, rue Corvisart, 75013 Paris.

 
 

Cet article est tiré du n° 350 d’Alternative Santé - Le mensuel de défense et d’information des consommateurs de soins médicaux.

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Cécile Baudet
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