Témoignage sur la maladie

Isabelle Colleau : ma vie avec Alzheimer

Publié le 28 octobre 2013
Curieuse de tout, piquée d'écriture. Ex-responsable édito de FemininBio, blogueuse empathique aimant raconter la vie des autres @parisbylight.
Isabelle Colleau a choisi d'accompagner les malades d'Alzheimer et leur entourage
Isabelle Colleau a choisi d'accompagner les malades d'Alzheimer et leur entourage

Dans son livre "Vivre dans l’oubli", Isabelle Colleau apporte son témoignage personnel sur la maladie d’Azheimer, qu’elle a côtoyée dès l’enfance auprès de sa grand-mère. Aujourd’hui, elle est thérapeute spécialisée dans l’accompagnement des personnes atteintes de cette pathologie neuro-dégénérative.

Isabelle Colleau accompagne les malades d'Alzheimer
Isabelle Colleau accompagne les malades d'Alzheimer
Racontez-nous votre histoire, votre rapport à la maladie d'Alzheimer

C’est une rencontre et un partage de vie très enrichissant pour moi, cette rencontre est une grande histoire d’amour.

Comment avez-vous aidé, accompagné votre grand-mère, malade d'Alzheimer ?

Je n’étais encore qu’une enfant quand la maladie de ma grande-mère a été diagnostiquée. Avec mes 9 ans, je ne comprenais pas trop  ce qui se passait autour de moi mais je pense que pour mes parents c’était un peu pareil, car il y a 20 ans la maladie était encore mal connue.

Au fil des années, j’ai donc pu voir de près l’évolution de la maladie. Malgré mon jeune âge, je prenais mon rôle à cœur auprès de ma grand-mère. Je lui donnais à manger, je m’occupais de sa toilette. Parfois, rien qu’une présence était un plus pour la rassurer.

Toute mon adolescence a été "bercée" par la maladie d’Alzheimer. Plus la maladie évoluait, plus il était difficile pour nous tous de porter cette lourde responsabilité jour et nuit, mais mes parents on fait le choix de maintenir hospitalisation de ma grand-mère chez elle le plus longtemps possible. Pendant donc pratiquement 11 ans, nous étions présents auprès d’elle avec une auxiliaire de vie qui venait une fois pour quelques jours pour nous aider.

Comment la confrontation, si jeune, à la maladie de votre grand-mère, a-t-elle guidé votre parcours de vie ?

Je pense que depuis ma tendre enfance j’ai au fond de moi cette envie d’aider et d’être à l’écoute des personnes dans le besoin.

J’ai pris en charge du mieux que je pouvais ma grand-mère atteinte d’Alzheimer mais je me suis occupée aussi de ma deuxième grand-mère avec un cancer généralisé.

J’étais déjà plus âgée mais je savais très bien au fond de moi que mon métier était là, que j’avais en moi sûrement cette vocation de pouvoir accompagner, aider les autres.

Quel accompagnement d'Alzheimer pratiquez-vous en maison de retraite ?

Je me déplace deux fois par semaine en maison de retraite. Les séances varient, en fonction du stade de la maladie et de la personne elle-même, avec bien sûr, pour ceux qui le désirent, une prise en charge de la famille.

Je propose donc des activités manuelles, des jeux de mémoire, d’écriture et de lecture. Mais aussi des soins de détente,  grâce des points d’accupression (cervicales et dos), selon le besoin afin de réduire le stress et les crises d’angoisse.

A quel niveau se situe la souffrance des malades d'Alzheimer ?

La souffrance se situe, je pense, au niveau du rejet et de l’incompréhension, surtout au premier stade de la maladie. Puis plus le temps passe et plus la personne perd ces repères. Au fur et à mesure de l’évolution de l’Alzheimer, elle se renfermera sur elle-même.

La souffrance devient dure pour l’entourage et pour les aidants qui sont présents au quotidien, alors que la personne malade sera, elle, dans une bulle et aura besoin d’attention et de présence.

Elle aura besoin de se sentir utile et comprise même si elle devient de moins en moins cohérente dans ses propos. Par exemple, une personne souffrant d’Alzheimer peut vous dire qu’elle a rendez-vous chez le dentiste et se préparer pour y aller, alors qu’il faut entendre qu’elle a mal aux dents.

Il est dur aussi de se voir dépendant des autres, c’est donc pour cette raison qu’il est indispensable que la personne garde le plus longtemps possible son autonomie.

Il ne faut jamais lui dire quelle n’est plus capable de faire quelque chose mais l’accompagner le mieux possible, l’aider afin qu’elle se sente toujours utile dans la vie de tous les jours.

Comment aider un proche malade ?

Il est important d’être à l’écoute des besoins des aidants, d’être disponible. Mais il faut surtout pouvoir évaluer le besoin de prise en charge et leur  faire comprendre la maladie, les évolutions possibles, les suivis médicaux à mettre en place, etc.  L’Alzheimer est dur au quotidien, il est important de ne pas rester seul face à la maladie d’un proche.  Plus de la moitié des aidants tombent malades car ils ont trop longtemps choisi de faire face seuls.

La méditation est-elle préconisée ?

Oui ,la méditation est un plus mais tout le monde n’a pas la possibilité d’entrer dans un état de méditation. C’est un travail très profond. Des études scientifiques suggèrent que la médiation améliore les connexions neuronales et les fonctions cognitives.

La méditation est un outil qui peut aider à l’entretien de la mémoire . Elle développerait la créativité et permettrait à la personne Alzheimer de retrouver un meilleur contrôle de ses souvenirs ainsi que des nouvelles connaissances acquises.

Une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer sera aussi sensible et réceptive à la  musicothérapie, l’art-thérapie, la sophrologie, etc.

Parlez-nous de votre livre "Vivre dans l'oubli"

C’est avec beaucoup d’amour, de pudeur et d’émotion que j’ai écrit ce livre. J’avais envie de partager mon expérience professionnelle en maison de retraite mais aussi, en tant que thérapeute en cabinet, puis mon propre vécu. C’est un témoignage à coeur ouvert auprès des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, sur une belle expérience de vie.

Il est difficile de parler de chaque cas car nous sommes tous différents. La maladie évolue différemment d’une personne à une autre mais on retrouve des similitudes. La plus flagrante est la perte de mémoire, de repère  bien sûr, mais il y a aussi le changement d’humeur et de comportement. Ce petit ouvrage a été écrit avec beaucoup d’amour.

L'alimentation joue-t-elle un rôle dans la maladie d'Alzheimer ?

Certaines études montrent que la consommation régulière de vin rouge en petites quantités réduirait le risque d’apparition de la maladie d’Alzheimer. Le vin rouge devient en revanche contre-indiqué en cas de maladie déclarée, compte tenu de son influence sur les capacités cognitives.

Pensez à favoriser l'huile d'olive, les viandes blanches (volaille, porc), les poissons gras comme le saumon, le maquereau, les sardines, les légumes et les fruits (au moins 5 différents par jour) . Epinards, céréales enrichies peuvent retarder le déclin des facultés cognitives. Levez le pied sur les fromages, la viande rouge, la charcuterie, le beurre, la crème...

Un faible apport en vitamine B12 est protecteur contre la maladie d’Alzheimer. La carence en vitamine B12 peut provoquer des troubles du raisonnement et de la mémoire chez les personnes âgées, qui absorbent moins bien la vitamine B12 contenue dans les aliments.

Pour en savoir plus sur Isabelle Colleau :

Thérapeute à Montpellier, Isabelle Colleau se charge de l’accompagnement de la personne dans son ensemble, de bilan et de bien-être. Elle assure notamment la prise en charge de la personne atteinte des maladies d’Alzheimer et de Parkinson ainsi que l’accompagnement en fin de vie.

- Le site d'Isabelle Colleau: Harmonie de soi

- Le livre d'Isabelle Colleau: "Vivre dans l’oubli  - Mon témoignage sur la malade d’Alzheimer"  (Ed. Carrefour du Net, 15€)

> Pour en savoir plus sur la maladie d'Alzheimer : le site de l'Association France Alzheimer

 

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