Cancer

Le cancer du sein a changé mon attitude face à la vie

Publié le 26 novembre 2014
Formée aux massages et au Feng Shui, responsable d’un espace bio de bien-être. Dans ma vie 2.0, j’ai fait de belles rencontres et partagé sur la toile mes passions, mes coups de gueule et mes coups de main. Biotiful green, sustainable kindness & cyber active !
Partant du principe que le fumier fait de belles fleurs, il faut quelques emmerdes dans la vie pour faire de nous de meilleures personnes.
Partant du principe que le fumier fait de belles fleurs, il faut quelques emmerdes dans la vie pour faire de nous de meilleures personnes.
© Sonia Bellouti

Happée par son quotidien, Sonia se prenait à rêver d'une autre vie. Lorsque son cancer a été diagnostiqué, elle a changé de regard sur sa vie et son existence. Un bouleversement profond qui lui permet de regarder le monde autrement aujourd'hui.

Tu devrais toujours te méfier de ce que tu demandes car il y a bien des chances que tu l’obtiennes.

Je me souviens de cette phrase lors d’une allocution du maître spirituel Tich Nhat Hanh, au Village des Pruniers : "Le lotus pousse dans les marécages et il faut du compost pour faire fleurir de belles roses, et qu’est ce que le compost, sinon du fumier malodorant".

Partant du principe que le fumier fait de belles fleurs, il faut quelques emmerdes dans la vie pour faire de nous de meilleures personnes. Et j’en ai fait collection ! D’ailleurs je pourrais décerner à certaines situations la médaille d’Or de la précision, parce qu’elles avaient le don de frapper exactement à l’endroit où ça faisait mal. "Tout ce qui ne parvient pas à la conscience revient sous forme de destin" disait C. G. Jung.

Ma quête d'une sérénité inaccessible

Je répétais sans cesse les mêmes erreurs et les névroses ont le don de te resservir la même chose sous des allures en apparence différentes et toujours plus séduisantes. Je connaissais trop bien mes résistances à cet auto sabotage et ça me rendait malade. J’en étais consciente et pourtant je reproduisais quasi les mêmes schémas jusqu’à l’écœurement. J’étais régulièrement déprimée et parfois dépressive, jusqu’à préférer la mort plutôt qu’une vie de lutte médiocre. 

Pourtant les dernières années qui ont précédé le cancer du sein, je sentais bien que j’étais sur le point de faire le grand saut à l’élastique. Mais je restais tétanisée par le vide du lâcher prise : ce dernier pas qui coûte, l’étape salvatrice d’un long cheminement d’une recherche de Soi. L’optimisme, l’espoir, le lâcher prise exigent un grand niveau de foi en soi et en la vie… j’en étais accablée d’avance. J’attendais LE déclic, tu sais le genre de truc que des personnes plus ou moins célèbres vivent un jour. Le grand chambardement intérieur suite à un accident de la vie, un coma, un malheur, une forte dépression.

Je me disais que c’était peut-être l’ultime prix à payer pour enfin ouvrir la dernière porte de ce long parcours, de mes réflexions, de tout le travail que j’ai fait jusque là ; psychanalyse, psychothérapie, travail spirituel et quantique, méditations, retraites, coaching… Ma quête de sérénité n’aboutissait pas. J’attendais la rencontre, l’événement qui allait enfin me soulager de l’amère impression d’être arrivée au bout du tunnel et de découvrir à chaque fois une porte fermée. Je ne trouvais pas la clé, ou alors j’étais trop aveuglée pour la saisir. Bien sûr, c’était une pensée purement intellectuelle, une sorte de délire de mon imagination. Au fond, qui a envie sciemment de se souhaiter malheur ?

Le cancer qui m'a permis de lâcher-prise

Je n’en pouvais plus de ces plats amers, et puis un jour la poubelle a débordé. 

Au moment où je m’y attendais le moins, la vie, l’univers, Dieu, le destin ou ce que tu veux m’a mis un éléphant en travers de la route sous la forme d’un joli cancer ; je ne pouvais ni passer à côté ni le rater. Je te passe les différentes phases que j’ai vécues au moment de l’annonce de mon diagnostic et des jours qui ont suivis, je t’ai déjà raconté tout cela. Mais ce que je ne t’ai pas dit, c’est que ma réflexion m’avait amenée à considérer ce cancer comme un débordement anormal de mes désirs mal cernés, d’un trop plein de vie mal investie. Il me semblait difficile de guérir sans remettre de l’ordre dans mon existence et en commençant par le plus difficile : le lâcher prise.

Ne plus être irréprochable, ne plus me fixer la barre trop haut, envoyer paître les choses et les gens s’il le faut sans craindre le conflit. Apprendre à dire non et ce que je pense. Demander plutôt que d’attendre. Ne plus me mentir, comme par exemple sur mon rapport à l’argent… Je préférais réduire mes besoins plutôt que d’avoir à me valoriser au sens propre et figuré. Je me persuadais que mon bien-être venait de l’apprentissage, des expériences et des relations interpersonnelles, des plaisirs intellectuels et spirituels, jusqu’à ce que je m’aperçoive des frustrations et de la colère que cela générait. J’ai accepté d’aimer gagner de l’argent et de le dépenser, même s’il n’est ni le seul ni le premier levier de motivation.

Vivre c’est changer

A quoi bon se battre pour guérir si c’est pour continuer à vivre comme avant, avec les mêmes peurs et inhibitions. Il fallait guérir le cancer et ma vie. Je vais te raconter quelque chose qui m’est arrivée alors que j’étais encore dans mes chimio. Un matin, je revenais de chez la kiné. Il faisait beau, un de ces jours bénis, où comme par enchantement, la fatigue se faisait moins lourde et les douleurs moins présentes. J’avais le sourire accroché aux oreilles et d’un coup je me suis surprise à prononcer à voix haute "Je t’aime" en regardant le ciel. Je ne sais pas à qui je destinais ces trois mots, c’est parti tout seul. C’étaient mon cœur et mon âme qui s’adressaient à la vie, l’univers… sans doute l’expression de gratitude de me sentir aimée, guidée et accompagnée… 

Oui, j’ai une bonne étoile qui veille sur moi, et je ne dis pas cela a posteriori parce que je suis en rémission, je le dis parce que je l’ai pensé plusieurs fois alors que j’étais dans la tempête. Je le crois très fort et j’accepte de mieux en mieux ce qui m’arrive. J’ai moins d’attentes et plus de rêves, moins de pressions et plus sérénité. Je m’invente doucement une nouvelle vie où l’amour domine et laisse moins de place à la peur et à l’inquiétude. 

La vie est belle dans sa simplicité et son imperfection. La plus grande chose est de s’accomplir et pas forcément d’accomplir de grandes choses. Ce que mon cancer a fondamentalement changé en moi est la confiance que j'ai maintenant en moi et en la vie. Je ne suis pas partie faire le tour du monde ni escalader l’Everest, je n’ai réalisé aucun exploit. Je ne me considère ni comme supérieure ni comme forte, mais comme une femme en quête d’harmonie et de plus de conscience, qui a eu la chance de pouvoir transformer une épreuve en quelque chose de meilleur. J’apprends simplement un peu tous les jours à envisager ma destinée comme une aventure surprenante et merveilleuse, prête à accueillir tout ce qu’elle offre.

La mort avait frappé à ma porte et je me suis rendue compte à quel point j’aimais l’existence. Je l’aime telle qu’elle est. Je cueille le jour, j’admire le lotus et je m’enivre de la rose même, et surtout, si l’environnement est d’apparence nauséabonde ; la beauté est dans l’œil de celui qui regarde … avec le cœur.

L'auteur : 

Sonia Bellouti est formée aux massages et au Feng Shui, responsable d’un espace bio de bien-être. Dans sa vie 2.0, elle a fait de belles rencontres et partagé sur la toile ses passions, ses coups de gueule et ses coups de main. Biotiful green, sustainable kindness & cyber active !

 >> Pour une lecture optimisée, retrouvez cet article dans votre magazine iPad de novembre 2014

 

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