Epidémie d'E.coli : des graines germées bio responsables

Publié le 16 juin 2011 - Mis à jour le 30 novembre 2012

Après avoir accusé le concombre espagnol, puis les tomates et la salade verte d'être responsables de l'épidémie d'E.coli qui sévit en Europe depuis le début du mois de mai 2011, le verdict est tombé : des graines germées issues d'une ferme biologique du Nord- ouest de l'Allemagne seraient responsables. Du pain béni pour les détracteurs du bio qui élèvent la voix pour remettre en cause le mode de production biologique.

Epidémie d'E.coli : des graines germées bio responsables

L'agriculture biologique est-elle en train de vivre sa première crise sanitaire ? Avec un bilan de 37 morts et plus de 3000 personnes atteintes, parfois très gravement, l'accusation est grave et peut mettre à mal durablement l'agriculture biologique.

Dans la tête des consommateurs, les questions se bousculent :  que penser des graines germées, pourtant recommandées pour leur qualités nutritionnelles ? Peut-on continuer à manger bio sans risque ?

Revenons sur les graines germées
Depuis longtemps appréciées des végétariens et végétaliens, la consommation de  graines germées s'est démocratisée en France, ces dernières années, avec l'essor de la consommation de produits bio. Louées pour leur vertues nutritives, elles sont recommandées par de nombreux praticiens de santé dans le cadre de l'alimentation vivante. Pourtant, leur mode de production est sujet à débat. Ces graines peuvent être contaminées par le fumier épandu dans les champs ou durant l'entreposage, alors que la chaleur et l'humidité favorisent la prolifération des bactéries. Les graines se consommant crues ou faiblement cuites, elles ne sont pas soumises à une chaleur assez importante pour tuer les bactéries susceptibles d'être présentes.

L'augmentation des maladies liées à la consommation de graines germées va de pair avec leur popularité grandissante. Entre 1973 et 2005, le Ministère de la Santé canadien a recensé au moins 37 éclosions de maladies liées à la consommation de germes dans le Monde. Au Japon, en 1996, une épidémie d'e-coli, présente dans des graines germées de radis, avait fait 17 morts et intoxiqué plus de 6000 personnes.
Les risque liés à la consommation de graines germées ne sont donc pas nouveaux, ni imputables à la seule agriculture biologique. Ceux qui laissent entendre qu'il était inévitable qu'un retour à la menace bactérienne passe par le bio, car il refuse tout traitement chimique supposé éliminer les risques se trompent... Car "à force de tout aseptiser et tout stériliser, les bactéries pathogènes ne sont plus éliminées naturellement par la concurrence des autres bactéries. Elles risquent même de se renforcer et d'exploser, le moment venu, alors de manière beaucoup plus radicale" (Philippe Bourgeois, directeur de Germ'line, Le Nouvel Observateur).

Le cas Allemand
On sait maintenant que la source de la contamination provient d'une exploitation agricole bio, située dans le Nord-Ouest allemand. Mais le foyer de la contamination n'a pas encore été identifié. Il existe deux sources de contamination possibles :
-  soit l'épidémie provient des graines elles-même, pouvant avoir été contaminées au sol par l'épandage de fumier ou l'intrusion d'un animal dans une parcelle réservée à la culture.

- soit la cause est humaine, dûe à une défaillance d'hygiène : la culture de germes aurait été "souillée" par un agriculteur, lavée dans une eau impure ou bien conditionnée dans de mauvaises conditions d'hygiène. Aussi, quelles que soient les causes, elles ne sont en aucun cas imputables au mode d'agriculture.

Comment agir en tant que consommateur ? Faut-il arrêter de manger des graines germées ? Doit-on se méfier des produits issus de l'agriculture biologique ?
Rappelons tout d'abord que le foyer épidémique est localisé en Allemagne et qu'aucune source infectieuse n'a été trouvée en France. Philippe Bourgeois, directeur de Germ'line rassure les consommateurs en réaffirmant le rôle de la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF), qui contrôle, de la même façon agriculture bio et agriculture conventionnelle, et procède à "des contrôles de très grande qualité".
Soulignons aussi que "la France est le pays qui connaît le moins d'incidents sanitaires provoqués par l'alimentation " (Philippe Bourgeois, Le Nouvel Observateur) et jamais un scandale sanitaire concernant les graines germées n'a éclaté en France.

Chez Naturalia et Biocoop, on a maintenu les commandes de graines germées, qui, malgré une baisse sensible de ventes, continuent à avoir la confiance des consommateurs.
Afin de rassurer les Français, le secrétaire d'Etat chargé du commerce, Frédéric Lefebvre a demandé à la DGCCRF de renforcer son dispositif de surveillance de la qualité microbiologique des graines germées commercialisées en France à l’état frais, et rappelle les règles d'hygiène élémentaires à respecter lorsque l'on consomme des fruits et des légumes : se laver les mains, laver les ustensiles de cuisine, et les fruits et légumes avant et après épluchage. Concernant plus particulièrement les graines germées, qu'elles soient bio ou pas, précisons qu'il ne faut jamais les consommer après leur date de péremption, ou si elles ont commencé à moisir. Toujours les conserver au frais et les rincer avant de les consommer.

La FNAB nous rassure
Dans un communiqué daté du 16 juin 2011, la Fédération Nationale d'Agriculture Biologique (FNAB) remet les pendules à l'heure concernant les suspicions de liens entre épidémie d'E.coli et agriculture biologique.

Elle rappelle notamment qu' aucun lien formel entre les intoxications et le processus de production biologique n'a été établit à ce jour.

  • "des études montrent que les cas avérés d’intoxication à l’E.coli en général ne sont pas liés à une pratique spécifique à l’agriculture biologique, voir ils sont moins fréquents dans ce mode de production"
  •  "des études montrent que les cas avérés d’intoxication à l’E.coli en général ne sont pas liés à une pratique spécifique à l’agriculture biologique, voir ils sont moins fréquents dans ce mode de production".
  • "de plus, les élevages bio sont moins sujets à la présence d’E.coli que les élevages intensifs. L’utilisation fréquente d’antibiotiques dans ces élevages contribue au phénomène croissant et inquiétant de résistance aux antibiotiques chez l’homme2. Cette résistance mène à des situations graves, car les bactéries contractées ne peuvent alors plus être traitées."

Pour plus de précisions lire la note d'information de la FNAB sur l'épidémie d'E.coli.

Agathe Thine
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