Mandala

Mandalas : pourquoi ils reviennent en force

Publié le 12 décembre 2014 - Mis à jour le 24 septembre 2015
On retrouve des mandalas dans toutes les cultures. Ici, le dôme de la mosquée du Cheikh Lotfallah en Iran.
On retrouve des mandalas dans toutes les cultures. Ici, le dôme de la mosquée du Cheikh Lotfallah en Iran.

C'est le phénomène de cette fin d'année : les mandalas. Un simple effet de mode ? Pas du tout ! Elizabeth Leblanc-Coret, psychologue, décrypte pour nous les mandalas, qui peuvent aider à nous recentrer.

Livres de coloriages, agendas, posters,  les mandalas sont partout depuis la rentrée. Nous nous sommes adressées à une psy pour comprendre les raisons de cet engouement.

FemininBio : Quelle est l'origine du mot mandala?
Elizabeth Leblanc-Coret : C'est un terme sanskrit qui veut dire "cercle", "cercle magique". Mais si l'on va plus loin, l'étymologie veut aussi dire "palais", "temple", c’est-à-dire "lieu sacré". Le terme mandala se rapporte à une culture particulière, mais en tant que tels, ils existent depuis la nuit des temps et sont présents dans toutes les cultures. Par exemple, la rosace d'une cathédrale est un mandala.

Le mandala se présente-t-il toujours sous la forme d'un cercle ?
Pas forcément. Ce qui fait un mandala, c'est la présence d'un contenant et d'un centre. Le contenant peut être un cercle ou un carré. Symboliquement, le cercle est en relation avec ce qui est du ressort de l'esprit, du spirituel au sens de la pensée et de l'intellect. Le carré se rapporte au terrestre, au matériel. Dans les mandalas tibétains ou népalais, on trouve très souvent les deux : l'homme se définit par son ancrage à la terre, bien qu'il ait la tête dans les nuages. Toutefois, la plupart du temps, on fait un cercle car cela permet de se détacher de la matérialité. 

Ce détachement est important ?
Nous sommes dans une culture où la plupart des gens pensent que pour être heureux, il faut posséder le dernier portable à la mode, changer de voiture tous les ans… En même temps, ils se rendent bien compte que cela ne marche pas. Le sentiment de bien-être n'est pas dans la matérialité. Cela aide, bien sûr, mais l'être humain a besoin d'autre chose. Il aspire à se sentir exister, reconnu dans le groupe, dans une identité stable… A chaque fois que l'on place son centre à l'extérieur de soi, que l'on fait dépendre notre bonheur de facteurs extérieurs, on se perd. Plus je dépends de l'autre, plus je suis malheureux.

Qu'apporte alors le mandala ?
Le mandala apparait spontanément à chaque fois que l'on est dans un moment de perturbation, de confusion, de chaos, lorsqu'il y a besoin de se rassembler pour remettre le centre au centre, que ce soit au niveau individuel ou collectif. Je pense que cela explique pourquoi ils reviennent en force aujourd'hui. Nous traversons une période culturelle extrêmement perturbée et nous avons besoin de nous recentrer.

Comment le mandala peut-il nous aider à nous recentrer ?
Les mandalas se définissent par un contenant et un centre, ce qui délimite quatre zones : la zone extérieure, la bordure, la périphérie entre la bordure et le centre, et le centre lui-même. De par cette construction, l'effet de recentrage est immédiat. La zone extérieure est le contexte, notre environnement. La bordure, c'est ce qui me protège, comme les remparts d'un château ou les murs d'une maison. La périphérie est mon monde intérieur, qui s'organise selon les matrices (dessin de mandala NDLR) proposées. Et finalement le centre, c'est notre "moi".

A partir de cette construction, y a-t-il un sens de coloriage du mandala ?
Non, pas du tout. On colorie par touches, selon notre ressenti. Un jour on aura envie de colorier le centre, un autre la bordure ou un élément répétitif de la matrice… Et bien faisons-le ainsi ! Par contre, si une personne ressent le besoin de se poser un long moment sur un mandala, elle peut définir le sens de coloriage : de l'intérieur vers l'extérieur si elle cherche à se détacher d'un problème, de l'extérieur vers l'intérieur si elle ressent un besoin particulier de se recentrer. Dans ce cas, il faudra qu'elle aille jusqu'au bout du coloriage, sinon, elle risque d'avoir changé d'état d'esprit lorsqu'elle reprendra le mandala.

Y a-t-il des règles dans le coloriage des mandalas ?
Lorsque l'on fait un mandala à titre personnel, occasionnel, il n'y a aucune règle. Ou plutôt, il n'y en a qu'une : terminer le mandala avant d'en commencer un nouveau. Il faut apprendre à aller au bout des choses. Pour le reste, on est totalement libre, aussi bien sur le choix des couleurs que sur les zones à colorier, le temps à y passer ou même la régularité : on peut laisser passer dix jours entre deux coloriages. C'est là un des effets calmant du mandala : il n'y a pas d'enjeu, on peut donc lâcher prise. Le but n'est pas de faire un beau mandala, c'est de faire le mandala dont on a besoin.

Les couleurs utilisées ont-elles une signification ?
La symbolique des couleurs est culturelle, je ne cherche donc pas à l'interpréter. Inconsciemment, il est vrai que si l'on est énervé, on prendra plutôt des couleurs vives, si l'on a besoin de calme, des couleurs pastel, si l'on est d'humeur morose, des couleurs sombres... Le mandala reflète notre état d'esprit sur la période pendant laquelle on s'est penché dessus. Il y aura des zones sombres, claires et vives, unifiées sur le même mandala. C'est normal : nous sommes d'humeur variable, mais cela ne change pas notre personnalité.

Peut-on interpréter un mandala terminé ?
Ce qui est important dans le mandala, c'est le processus de coloriage. A mes yeux, un mandala terminé peut être archivé ! Cependant, si un patient m'explique pourquoi il a colorié son mandala de telle ou telle manière, là, c'est intéressant car on est dans la verbalisation du processus de coloriage. Mais l'avantage du mandala, c'est justement d'avoir un effet calmant et recentrant immédiat, sans qu'il soit nécessaire de mettre des mots sur le ressenti. 

Finalement, faire un mandala, c'est lâcher prise…
Oui, tout à fait. Le mandala ne peut pas être gouverné par la tête. Il demande une certaine confiance en soi, donc un certain lâcher prise. Rien que ça, c'est très fort ! Dans la vie moderne, on est toujours dans le contrôle, dans la maîtrise, dans la décision. Là, on se pose, tout simplement. D'ailleurs, beaucoup ont tendance à choisir les couleurs de leur mandala. Certes, le résultat est esthétique, mais ils restent dans une démarche intellectuelle, donc le lâcher prise n'est pas complet. Pour moi, le mandala est avant tout une projection de l'inconscient. 

Elizabeth Leblanc-Coret est psychologue et psychothérapeuthe. Elle a écrit Le mandala, miroir de soi Pensée jungienne et révélation de l'âme, paru aux éditions Dervy.

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Réaction à l'article
Par madamka le 11 avril 2015 à 12h01
art thérapie

je recommande à tous de pratiquer le dessin méditatif même s'il ne prend pas la forme du Mandala ,c'est un bonheur pour l’âme...

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