Rencontre

Rencontre avec Sonia Bellouti, auteur des "Tétons flingueurs"

Publié le 12 février 2016
Sonia Bellouti, auteur du livre Les tétons flingueurs
Sonia Bellouti, auteur du livre Les tétons flingueurs
© DR

Sonia a partagé avec vous, lectrices de FemininBio, son expérience de la maladie. Aujourd'hui, elle publie un livre qui retrace son expérience du cancer du sein et dans lequel elle partage ses conseils. Les tétons flingueurs, un livre direct et profond.

Raconte-nous comment l'histoire a commencé ?
L’histoire a commencé dans ma salle de bain quand après la douche, j’ai passé ma main sur mon sein pour y découvrir une petite boule à fleur de peau. Un frisson m’a parcouru tout le corps, j’avais saisi dans l’instant l’évidence d’une tumeur. Il se trouve que cette petite boule, juste sous la peau, ce qui m’a permis de la détectée aussi facilement, n’était que le petit buisson qui cachait une forêt de 6 tumeurs plus profondes, plus ou moins grosses, disséminées dans tout le sein. S’en est suivie une longue série d’examens pour pouvoir déterminer la gravité et le niveau d’extension des tumeurs. Cela ne présageait rien de bon, et les résultats ont vite confirmé que mon instinct avait raison… Le bilan est tombé plusieurs semaines après ma découverte ; cancer multifocales, ganglions majoritairement touchés, et fort heureusement pas de métastases ailleurs. 
Quelle a été ta réaction ?
J’ai gardé secrète toute la première phase d’investigation, sans en parler à mes proches. Je ne voulais pas les inquiéter tant que je n’étais sûre de rien. A la fois pour les protéger et me permettre de continuer à vivre le plus naturellement possible. Je me savais capable de vivre le moment présent, d’oublier et de ne pas laisser les angoisses m’envahir. Je ne pouvais pas en dire autant de ma famille et de mes proches. Je ne pouvais pas voir dans leurs yeux les interrogations et la frayeur. Ma réaction a été égoïste, je préférais me gérer et ne pas avoir à gérer les autres tant que cela était possible. 
Et puis une fois le cancer confirmé, le plus difficile a été de l’annoncer à mon conjoint avec qui je venais à peine de m’installer, mes parents, mon fils et à l’entreprise qui venait tout juste de me confirmer mon recrutement. J’étais dans la crainte de voir mon chéri prendre ses pieds à son cou, mon fils rater sa terminale et mon nouveau job de rêve me passer sous le nez.
L’histoire m’apprendra qu’une bonne et belle étoile veillait sur moi, que la vie s’était chargée de préparer les meilleures conditions pour appréhender au mieux cette épreuve, parce aucun de ces redoutés scénarios ne s’est avéré. De cette expérience je ne garde pas le souvenir d’une lutte mais de la découverte de Moi à travers un cheminement spirituel fort. Ce n’était pas du courage, c’était de la Foi.
Quelles phases as-tu traversées ?
D’abord la surprise, parce que le cancer ça n’arrive qu’aux autres, suivi par un sentiment d’abattement et son cortège de questions aussi légitimes qu’inutiles : pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ? Ce n’est pas juste, je mérite mieux… Puis j’ai fini par accepter de tout mon être la situation. Je voulais être actrice de mon destin, j’étais enfin prête à vivre pleinement cette épreuve. L’acceptation m’a permis d’être dans la grâce et la joie, aussi étrange que cela puisse paraître. J’ai aussi connu et vécu dans chacune de mes cellules une extrême fatigue, l’épuisement physique qui, paradoxalement côtoyait beaucoup de force, celle qui m’a permis de me lever tous les matins et d’aller travailler malgré tout et jusqu’au bout.
Quelle est la place de l'alimentation dans ta vie ?
Aussi loin que je me souvienne, je me suis toujours souciée de mon alimentation. J’ai beaucoup lu sur le sujet et j’ai aussi expérimenté des régimes plus ou moins farfelus, voire nocifs parfois. Heureusement, de lectures en rencontres j’ai découvert un univers passionnant, je peux dire qu’au bout de 30 ans d’intérêt pour l’alimentation, je suis une férue de la question et que j’ai accumulé des connaissances qui me permettent aujourd’hui de me faire une idée plus précise de ce que devrait être la nourriture du corps en lien avec celle de l’esprit… manger en conscience ce qui nous fait du bien, qui nous maintient vivants.
Dans la sphère privée je ne rate pas une occasion de faire découvrir des alternatives à la cuisine classique. J’aime plus que tout passer du temps à élaborer des recettes à la fois « healthy et sexy » pour prouver à mon entourage que manger sain, végétarien ou végétalien, n’a rien d’ennuyeux bien au contraire. Mes plus belles explosions de papilles je les ai vécues dans le cadre d’ateliers de crusine (alimentation crue, dite vivante), c’est dire …
Aujourd’hui, plus que jamais, la nutrition a une place importante dans ma vie quotidienne et dans ma rémission que j’espère définitive. J’y consacre d’ailleurs plus de 20 pages dans Les Tétons Flingueurs et depuis peu j’anime des ateliers sur l’alimentation santé.
Quelle a été la place des médecines alternatives et complémentaires ?
Je ne compte pas uniquement sur la médecine allopathique que je trouve techniquement très au point mais « humainement » déficiente. Quand le cancer m’a été diagnostiqué, et après la courte période d’abattement qui a suivi, je me suis demandée clairement « qu’est ce que je peux faire pour m’aider à surmonter les traitements lourds et guérir ? » A partir de là, j’ai commencé à prospecter des thérapeutes en tout genre pour me constituer une sorte d’équipe de choc : médecine chinoise, quantique, anthroposophique, ostéopathe, faciathérapeute, coupeurs de feu... Cela me rassurait, et me rassure toujours, de me savoir suivie pour traiter le terrain dans sa globalité ; mon corps, mais aussi l’esprit et les énergies, dans leur ensemble. Je suis aujourd’hui encore traitée par la médecine traditionnelle chinoise et la médecine anthroposophique.
Quels conseils pourrais-tu donner à une femme qui apprend qu'elle a un cancer ?
Trouver un moteur pour mieux supporter le quotidien et aller de l’avant : le travail, l’amour, sa famille, ses enfants ou la quête de soi.
Trouver des ressources, souvent insoupçonnées, en soi, mais aussi dans les thérapies complémentaires pour mieux faire face à la maladie et aux effets secondaires des traitements.
Sortir de la honte. La maladie n’est ni une punition ni une fatalité.
As-tu un mantra de vie ?
Croire en Soi, croire en la Vie, croire en l’Amour… et me laisser surprendre.
Pourquoi avoir écrit un livre ?
J’en étais à ma 3e chimio quand j’ai été contactée par une connaissance qui venait d’être diagnostiquée d’un cancer du sein. Elle était paniquée, perdue et avait besoin de parler. Nous avons commencé une série de longs échanges ; sms, mails et conversations téléphoniques. C’est à ce moment que je me suis rendue compte qu’on avait sans doute la même maladie mais qu’on ne l’abordait pas du tout de la même manière. On peut être atteinte du même mal, dans un contexte assez similaire et le vivre de façon très différente. C’est là que l’idée d’aider et de partager mon expérience a commencé a germé. Je parlais de mon suivi thérapeutique aux infirmières, aux autres patientes qui partageaient la même salle de chimio. Après mes traitements, l’envie d’écrire m’a prise. C’était une puissante pulsion, plus forte que toutes les interrogations, mes hésitations et même les nombreuses phases d’interruption dans sa rédaction. 
Quelle est ta plus grande espérance ?
S’affranchir définitivement de mes peurs pour embrasser l’Emerveillement ou comme disait Krishnamurti, comprendre l’Intelligence de la vie. 
 
Sonia Bellouti est l'auteur du livre Les tétons flingueurs, paru aux éditions Kawa
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