Deuil

Rencontre avec Armelle Six et Nans Thomassey: traverser le deuil et continuer à vivre

Publié le 10 juin 2017 - Mis à jour le 14 juin 2017
Laetitia Seitz est psychologue. Sur son blog bonheurminimaliste.com, elle partage ses trouvailles sur le minimalisme, la méditation, l'écologie...et sur son métier qui lui permet d'accompagner des personnes vers la vie qui les inspire

Suite au décès de son fils Gaspar, Amande a eu besoin de vivre un voyage initiatique pour aller de l'avant. Avec Nans Thomassey, ils ont réalisé le film Et je choisis de vivre.

J’ai eu la chance de pouvoir rencontrer Armelle Six et Nans Thomassey dans le cadre de leur tournée pour le projet “Et je choisis de vivre”. Armelle est conférencière et auteure et a elle-même perdu son fils. Nans, le réalisateur du film, est aussi animateur de la série « Nus et culottés ». Il a perdu sa sœur quand il était adolescent.

Et je choisis de vivre est un film à l’initiative d’Amande, une amie de Nans. Suite au décès de son fils Gaspar, elle a eu besoin de vivre un voyage initiatique et souhaitait partager ses rencontres auprès de personnes ayant vécu cette expérience à travers ce film. Elle a alors contacté Nans pour réaliser ce projet et lui-même s'est tourné vers Armelle Six pour l'accompagner.

 Interview authentique de deux personnes pleines d'humanité, d'authenticité, d'humilité et de sagesse proposant de lever ensemble le tabou du deuil et de passer de la solitude à la solidarité.

Est-ce que vous pouvez expliquer le titre du film « Et je choisis de vivre » ?
Nans
: Chaque mot est important. Souvent, on oppose « je choisis de vivre » à « malgré ma peine ». Là c’est « j'ai mal ET je choisis de vivre ». C'est une invitation à mettre un « et » à la place du « ou ». L’idée, c’est de reconnaître la douleur et  le potentiel de vie qui est là. Armelle parle très bien de la souffrance qu'elle ressent à l'intérieur en même tant que son élan de vie. Le fait de dire au présent « je choisis », c'est parce que c’est actualisé à chaque instant, même dans cette interview, on choisit aussi de vivre pleinement ce moment.

Armelle : Les choix qu’on va faire vont déterminer tout ce qui va suivre. Au moment de la mort de mon fils, j'ai choisi de tout quitter. C'était une question de vie ou de mort. On peut tous être amenés à vivre une épreuve difficile, il faut oser se demander « qu’est-ce que je choisis ? ». Ça change toute la dynamique de la vie : on en vient à reconnaitre sa puissance intérieure. La vie qu'on vit dépend aussi des choix qu'on fait à chaque instant : « qu'est-ce que j'ai envie de donner à cet instant, et à cette relation, à cette situation à ce que je vis là maintenant ? Qu’est-ce que je peux faire avec mes limites, mes incapacités du moment ? ». Choisir de vivre, c'est un engagement qui se vit à chaque instant. Ce n'est pas quelque chose qu'on fait une fois dans une vie et après on se dit « c'est bon, je suis engagée pour la vie ». Le bonheur se trouve dans mon attitude par rapport à ce qui se passe, quelque soient les expériences que je vis. Face à l'épreuve, c'est se demander : « est-ce que je me laisse submerger et m'enfoncer par les difficultés ou est-ce que je fais tout ce que je peux pour sortir de là ? ». Je me définis dans ce choix de vie, dans cette envie de vivre, de bonheur, de liens, de rencontres.

Nans : Aujourd’hui, en France, de très nombreuses personnes sont dans un état de deuil, c’est-à-dire un état assez fort qui les empêche d’aller au travail, d’avoir des relations comme ils aimeraient les avoir. Parler du deuil, ça devient vraiment un projet de société. On le voit par le nombre de donateurs (vous pouvez participer au projet d'Armelle et Nans ici) mais on le sent aussi dans les conférences. On est nombreux à avoir envie de mettre ce sujet sur la table.

Armelle : Dans ce film, il y a le désir de mettre la mort, le deuil dans la vie. Il permet d’en parler à grande échelle et peut-être de potentialiser nos forces de manière globale. C’est aussi se dire : « je peux choisir le monde dans lequel j’ai envie de vivre, j’ai du pouvoir ». Nous connaitrons tous des deuils, acceptons notre humanité, qui nécessite de vivre la douleur, l’impuissance, l’insécurité, la perte totale de repères… Mon fils m’a appris que le terreau de l'amour, c'est être capable de vivre et grandir avec le deuil. Je trouve que la mort nous apprend à vivre et à aimer.

Nans : C’est dur d’accepter nos limites et d’accepter notre rythme dans le deuil, même s’il est lent. Et ce que j’entends dans ce que tu dis, Armelle, et qui résonne très fort en moi, c’est que ces limites, on pourrait non pas vouloir les dépasser mais les aimer infiniment. J’ai remarqué que c’est à ce moment-là que les choses bougent. Peut-être que le plus grand choix à faire pour moi, c’est « je choisis de faire confiance ».

Armelle : La révolution démarre quand on est connecté à cet amour en nous, et à ce désir d’apporter quelque chose. Ce désir vient de l’écoute de ses émotions, de ses peurs. Sinon, qu’est-ce qu’on fait ? On se met des masques tout le temps et on finit par mourir à l’intérieur, peut-être avec la personne qui est morte. On meurt un peu à chaque fois où on se dit « non, toi, tu es censé sentir différemment, vivre les choses autrement ! Non, t’es censé être mieux que ça ! ».

Nans : J’ai envie de rebondir sur ce dont parle Armelle, qui dit « est-ce que je m’autorise à ressentir que je suis désespéré, perdu… ? ». Je sens ma responsabilité en tant que proche d'Amande quand elle se pose ces questions-là, quand elle dit qu’elle a perdu le goût de vivre. Qu’on le veuille ou non, on est tous interdépendants et solidaires par nature. Après, on peut se créer l’idée qu’on est indépendant. Mais alors, quand on se trouve dans des situations délicates, on se sent isolé et impuissant. La réalité, c’est que quoiqu’on fasse, ça a un impact sur les autres, et les autres ont un impact sur nous. A travers le film et les conférences que l'on organise, nous voulons laisser cette solidarité, ce développement collectif, se déployer et agir. Quand je me sens appartenir à un groupe, je me sens en confiance, parce que je sais qu’il y a ce filet qui peut me soutenir dans ce qui se vit. Quand je l’oublie, c’est toujours bon d’avoir des proches et un réseau d’amis solidaires.  Une étude du CREDOC de 2016 montre que pour toutes les personnes en deuil, le plus important, c’est d’être entendu, avant même d’être conseillé ou guidé. C’est grâce à notre solidarité aux uns et aux autres que l’on peut ressentir que « oui, je suis entendu et je peux m’abandonner à ce qui me traverse ».

Crédits photos : Armelle Six, Nans Thomassey, vyclem78
Pour soutenir leur projet, vous pouvez faire un don ici

L'auteur : Laetitia Seitz est psychologue. Ses sites internet : creersavie.fr et bonheurminimaliste.com
 

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