Accouchement : les bonnes réponses

Publié le 21 août 2008 - Mis à jour le 30 novembre 2012

Quand on attend un enfant – surtout le premier –, on se pose de nombreuses questions. Les plus importantes sont le « où ? » et le « avec qui ? ».
Car le « quand ? » et le « comment ? » vont largement en dépendre.

Accouchement : les bonnes réponses

Où accoucher ?
La clinique recommandée par son gynécologue, parce qu’il y travaille, n’est pas la seule possibilité ! Il est  pertinent d’enquêter sur tous les lieux existants dans son « coin » : hôpitaux, cliniques, petites maternités, cliniques « ouvertes » (où des sages-femmes libérales ont accès au « plateau technique » et où elles peuvent accoucher les femmes suivies pendant leur grossesse), maisons de naissance, et enfin le domicile avec la possibilité d’accueil dans une structure hospitalière en cas de problème… Et aussi de s’informer sur leurs pratiques, de connaître leurs chiffres (épisiotomies, césariennes, déclenchement, péridurales, etc.), et d’évaluer  leurs réactions à un « projet de naissance »(1) .
« Je m’étais tout d’abord inscrite, à reculons, dans la maternité la plus proche de chez moi, témoigne Céline. Je vivais cependant si mal la perspective d’accoucher là que je me suis rapidement tournée vers un établissement plus éloigné, mais dans lequel je pressentais que mes désirs seraient plus facilement acceptés. »
 

Sécurité et intimité
Pour Michel Odent, chirurgien et chercheur en obstétrique, les deux besoins fondamentaux d’une femme qui accouche sont la sécurité et l’intimité. Or, la sécurité de l’accouchement ne se résume pas à la  présence de matériels médicaux sophistiqués et disponibles. En fait, pour beaucoup de femmes, cet environnement surmédicalisé, où le bip-bip des machines remplace la chaleur humaine, est plus angoissant qu’autre chose. Il peut engendrer une sécrétion d’adrénaline, meilleur moyen pour… stopper le déroulement du travail.
Quant au besoin d’intimité , cela signifie un espace familier, clos et pas trop grand, faiblement éclairé, calme et avec peu de monde. Cela implique par ailleurs le moins de gestes intrusifs possible. Cela veut dire aussi, après la naissance, le respect et la protection des tout premiers moments favorisant l’établissement du lien mère-enfant.

Où trouver un tel cadre ?
Une grande structure n’est pas nécessairement antinomique du respect de ces besoins fondamentaux. On connaît l’exemple des maternités suédoises, où ont lieu plusieurs milliers d’accouchements par an, et où il est possible que cela se fasse dans le respect de la physiologie.
En France, cela va beaucoup moins de soi ! Néanmoins, on trouve maintenant des endroits où, si l’on a un « projet de naissance » bien argumenté, on peut obtenir ce que l’on souhaite  (tout en tenant compte d’une éventuelle nécessité médicale au dernier moment). « Avec de la communication et du dialogue et en sachant ce que l’on veut et pourquoi, constate Agnès, on parvient à obtenir des choses. Mon bébé a pu naître de façon relativement physiologique, quasiment à son heure, sans péridurale ni forceps. »

À quand les maisons de naissance ?
Structures indépendantes de l’hôpital, mais travaillant en réseau avec ce dernier, notamment quand un transfert de la femme s’impose en cours d’accouchement, les « Maisons de naissance » seraient bien sûr l’endroit idéal réunissant conditions de sécurité et d’intimité.
Elles fonctionneraient sous la responsabilité de sages-femmes et serviraient de lieux intermédiaires entre le domicile et l’hôpital. Elles permettraient le suivi de la grossesse, de l’accouchement et des suites de couches dans un même endroit, avec le même personnel, dans un environnement centré sur la santé et non la maladie.
En France, malheureusement, malgré le Plan « périnatalité » de 2004 qui préconisait l’expérimentation de ces structures, malgré l’existence de plusieurs projets parfaitement viables, malgré l’élaboration d’un cahier des charges par un groupe de travail, le dossier est actuellement au point mort.
Mais les maisons de naissance existent en Belgique, en Allemagne, en Suisse… C’est une possibilité pour celles qui sont prêtes à passer la frontière.

À la maison ?
C’est sans doute à la maison qu’il est le plus facile d’obtenir les conditions d’accouchement et d’accueil du bébé souhaitées. Certains couples font ce choix. Corinne a apprécié « les conditions idéales de travail que procure l’accouchement à domicile (intimité, choix des positions, alimentation, déplacements…) ».
Les professionnels de santé brandissent le spectre du risque inconsidéré. Pourtant, les études statistiques sur les accouchements à domicile accompagnés par un professionnel compétent (le plus souvent une sage-femme expérimentée) ont montré qu’il n’y avait pas plus de risque qu’à l’hôpital. Une étude(2) récente ayant porté sur plus de 5 000 accouchements à domicile aux États-Unis et au Canada a conclu qu’ils étaient associés à autant de sécurité, moins d’interventions et plus de satisfaction que les accouchements à faible risque à l’hôpital.

Avec qui accoucher ?
En maternité, il n’y a pas vraiment le choix, on accouchera avec qui sera là au moment ou l’on arrive. Par contre, « l’accompagnement global » avec une sage-femme libérale peut permettre d’accoucher avec la personne que l’on aura appris à connaître tout au long de sa grossesse. La loi Evin du 31 juillet 1991 donne à ces professionnelles l’accès aux plateaux techniques hospitaliers pour la pratique de leurs accouchements(3).
En maternité, on peut aussi se faire accompagner par une « doula », c’est-à-dire une femme expérimentée en matière de naissance, qui apporte des informations et un soutien matériel et émotionnel, différent et complémentaire de ceux proposés par un personnel de santé (4). Un certain nombre de sages-femmes ressentent assez mal ce recours à une doula, qu’elles perçoivent comme une rivale ou une sage-femme « au rabais ». Pourtant, comme le dit le Ciane(5), les doulas « n’entrent pas en concurrence avec les sages-femmes ou d’autres praticiens […] Elles veulent se situer dans le champ des services à la personne, et entendent proposer un accompagnement à la parentalité […] Elles se démarquent des sages-femmes et leur sont complémentaires ». (6)
Et le père ? Aujourd’hui, on insiste sur le soutien que le père peut et doit apporter à sa femme pendant le travail (par exemple dans la préparation par l’haptonomie (7)), et sur l’importance de sa présence au moment de la naissance. Il n’est pas souhaitable que le père soit présent à l’accouchement uniquement « parce que cela se fait » : une femme peut avoir envie d’accoucher sans la présence de son compagnon, et/ou ce dernier peut ne pas avoir le désir d’être là.
C’est en tout cas une décision à prendre ensemble (et à remettre éventuellement en cause le moment venu).

(1) Voir le site www.projet de
naissance.com, et celui de l’Afar : http://afar.info/projet-naissance.htm. Le nouveau carnet de maternité le définit ainsi : « C’est l’énoncé des souhaits sur le déroulement de la naissance de l’enfant ; il inclut l’organisation des soins, le suivi médical, la préparation à la naissance et à la parentalité, les modalités d’accouchement, les possibilités de suivi pendant la période post-natale, y compris les conditions d’un retour précoce au domicile, le recours en cas de difficultés. Il peut être formalisé par un document écrit rédigé par les parents. »
(2) Johnson KC, Daviss BA, Outcomes of planned home births with certified professional midwives : large prospective study in North America, BMJ 2005 ; 330 : 1416. Voir aussi la compilation sur le site de l’Afar : http://afar.info//compilations/aad-mdn-compil.pdf.
(3) Malheureusement, cette loi est toujours très mal appliquée, et les sages-femmes libérales se voient régulièrement refuser l’accès à ces plateaux techniques.
(4) Voir notamment l’association Doulas de France (http:// www.doulas.info) et l’association des Accompagnantes à la naissance (Alna, http://www.alna.fr).
(5) Collectif interassociatif autour de la naissance (http://ciane.info), qui regroupe 141 associations d’usagers de la naissance.

En savoir plus
La Coalition pour l'amélioration des services entourant la maternité a lancé l'Initiative amis des femmes qui enfantent (Mother-Baby-Friendly Childbirth Initiative) qui pourrait à l'avenir décerner un label aux maternités respectueuses de l'accouchement physiologique (voir le site www.motherfriendly.org et l'article d'Hélène Vadeboncœur dans les Dossiers de l'obstétrique, numéro de janvier 2005).
Nul doute qu'un tel label aiderait les futurs parents à choisir leur lieu d'accouchement. La déclinaison francophone du label est en cours d'étude au Ciane (Collectif interassociatif autour de la naissance, http://ciane.info).

Se préparer à l'allaitement
Inutile de préparer ses seins à l'allaitement, seuls les massages peuvent être agréables et aider certaines femmes à apprivoiser l'idée que, bientôt, la bouche d'un bébé « happera » leurs tétons, avec une vigueur parfois étonnante. La vraie préparation se fait dans le corps de la future maman. Dès le début de la grossesse, les seins augmentent de volume et deviennent sensibles à mesure que les glandes mammaires se développent ; l'aréole prend une couleur plus foncée ; les mamelons se font parfois plus durs et protubérants ; les glandes de Montgomery (petites excroissances sur l'aréole) se développent.
Au cours du deuxième trimestre, les seins commencent à produire du colostrum, ce premier lait qu'absorbera le nouveau-né. Chez certaines femmes, un peu de colostrum s'écoulera vers la fin de la grossesse.
La préparation se fait aussi et surtout dans la tête : en se documentant sur l'allaitement et le comportement normal d'un nouveau-né (livres, revues, sites web), en rencontrant des femmes qui allaitent dans les groupes de mères(1) et, enfin, en s'informant des pratiques en matière d'allaitement du lieu où l'on a prévu d'accoucher.
Pour « enquêter », on peut utiliser les 10 conditions OMS-Unicef comme grille de questionnaire(2).                        

(1) En premier lieu les groupes de La Leche League, l’association la plus présente partout en France (www.lllfrance.org). Les coordonnées de toutes les associations de soutien à l’allaitement se trouvent sur le site de la CoFAM (www.coordination-allaitement.org).
(2) Voir détail sur le site www.unicef.org/ french/nutrition/index_24806.html.

 

Cet article est tiré d’Alternative Santé - Le mensuel de défense et d’information des consommateurs de soins médicaux.


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Claude Didierjean-Jouveau
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