Allergies

Allergies alimentaires infantiles : gérer les agents stressants ?

Publié le 26 juin 2015 - Mis à jour le 3 août 2015
Sophrologue - spécialiste de la gestion du stress - Virginie Militon a travaillé dans de nombreuses structures pour des publics variés. Elle exerce en cabinet à Lyon (et à distance) et co-anime ponctuellement des conférences avec des professionnels de santé dans lesquelles elle traite la question des enjeux psychologiques liés à certaines pathologies.
Malgré les allergies, le repas reste un moment convivial
Malgré les allergies, le repas reste un moment convivial

Une allergie alimentaire impose une vigilance constante. Mais pas question d'être une source de stress ! Conseils et astuces pour gérer le quotidien.

En croissance continue chez les enfants, les allergies alimentaires constituent un problème majeur de santé publique : les allergènes peuvent être multiples et se trouver partout, ce qui implique pour les familles une hypervigilance, créant alors un état d'anxiété permanent. Même si le stress psychologique n'est pas la cause des allergies, nous savons aujourd'hui qu'il a un impact négatif sur les symptômes.
Le stress, un facteur aggravant ?
Des études scientifiques menées ces dix dernières années démontrent que le stress :
  • Aggrave les réactions allergiques
  • Augmente la durée des réactions
  • Déclenche de nouveaux symptômes
Lors du 8ème Congrès Francophone d'Allergologie (CFA) à Paris en 2013, le Dr Nhân Pham Thi, pneumo-pédiatre allergologue, déclare la prise en charge du stress « capitale à tous les niveaux de la maladie allergique ».  Selon son étude, les activités de détente et de gestion du stress diminuent les réactions allergiques et optimisent la prise en charge du patient.
Et du côté des parents ?
Selon l'étude des docteurs Knibb et Semper, publiée en 2013 dans la revue Pediatric Allergy and Immunology (UK), la simple suspicion d'allergie chez l'enfant entraîne pour le parent des symptômes d'anxiété plus ou moins importants, pouvant aller jusqu'à la dépression. 
La peur d'une réaction sévère et la perception que les parents ont des contraintes liées à la situation engendrent un état de sur-stress. Pour en sortir, AGIR devient alors une nécessité.
Comment gérer les agents stressants ?
1. Avant Consultation
  • REPLACER dans le contexte : le diagnostic n'est pas encore posé. Pour canaliser les ruminations dues à l'incertitude, noter les questions afin d'évacuer et distancier, l'allergologue y répondra le moment venu. 
2. Après diagnostic
  • IDENTIFIER ses peurs → les verbaliser pour pouvoir les dépasser.
  • MODIFIER son rapport à l'allergie : éviter à l'enfant le rôle de « victime à vie » face à des allergènes « persécuteurs » → très dommageable pour lui et ses proches. L'aider à s'approprier l'allergie pour s'autonomiser (ex : apprivoiser le stylo injecteur, etc.)
  • PERMETTRE à l'enfant une prise de conscience de son état sans alarmisme : être affirmatif, informatif, et flexible « nous trouverons des solutions. »
3. L’adaptation à un nouveau mode de vie
  • DEMONTRER qu'il est toujours possible de s'adapter : la vie est un processus d'adaptation. 
  • VALORISER les qualités, activités, et centres d'intérêts de l'enfant afin de ne pas le réduire à sa pathologie.
  • EVITER le piège des « si si si... » qui freine l'adaptation : « Si mon enfant n'était pas allergique… », etc. 
4. Appréhension d'une « crise » = hypervigilance  = stress
  • APPRENDRE à vivre au présent pour éviter l'anxiété d'anticipation. 
  • DEFOCALISER l'enfant de la source de stress : raconter chaque soir les moments positifs vécus la journée.
  • CULTIVER l'attention « large » pour changer sa façon de « faire attention » : être vigilant en restant ouvert au monde. 
5. La frustration 
  • AIDER l'enfant à énumérer les aliments qu'il peut manger.
  • EXPLORER mille façons de cuisiner en le faisant participer.
  • APPRECIER de découvrir d'autres saveurs.
6. Isolement : souffrance psychique
  • REAJUSTER les attentes envers l'entourage : accepter l’incapacité de certains à s'adapter, et lâcher-prise ! 
  • S'INFORMER et trouver du soutien : associations (AFPRAL), groupes d'entraide.
  • S'ASSURER que l'enfant ne soit pas mis à part : Préparer un goûter sans allergènes qu'il pourra déguster avec ses amis.
 
Témoignage de Marie-Laure, mère d'un enfant polyallergique - AFPRAL
« Il est primordial de ne pas enfermer l'enfant dans ses allergies. Il est enfant avant d'être allergique. Une remarque de mon fils riche d'enseignement lors d'une invitation à un anniversaire : "ne surtout pas dire que cette invitation est un problème" »
 
Quelques techniques utilisées en gestion du stress :
  • Relâchement des tensions (relaxation et méditation).
  • Déplacement de l’attention sur une autre partie du corps non douloureuse si symptôme localisé.
  • Substitution sensorielle pour diminuer une sensation désagréable.
  • Travail d'acceptation de l'allergie et du côté incommodant des réactions.
  • Maîtrise du souffle pour s'ancrer dans le présent et calmer l'anxiété d'anticipation.
  • Changement des croyances limitantes : ce que JE CROIS de mon état, ex : « je suis différent des autres ».
« Les enfants allergiques sont des enfants comme les autres, il doivent mener une vie familiale, scolaire, sociale normale et épanouie. Nous devons tout faire pour les aider, grâce à une approche multidisciplinaire. » Dr François Payot, pédiatre allergologue - Lyon 
Pour finir, gardons en mémoire qu'un enfant dont le système immunitaire réagit de façon intense à l'ingestion d'un aliment particulier, reste, en dehors de cette problématique, un enfant en bonne santé !
 
Retrouvez Virginie sur son site : www.virginiemiliton.com
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