Ménopause

Etre Femme après la ménopause

Publié le 30 avril 2015
Danièle Flamenbaum est gynécologue acupunctrice. Elle travaille sur les questions de psychanalyse transgénérationnelle. Elle a écrit « Femme désirée Femme désirante » et "Les Passeuses d'Histoires" (Payot)
Ce n’est pas parce que l’on ne peut plus être mère que l’on n’est plus une femme.
Ce n’est pas parce que l’on ne peut plus être mère que l’on n’est plus une femme.
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La ménopause est trop souvent perçue négativement. C'est pourtant une étape naturelle de notre vie de femme.

La ménopause plane au dessus des femmes comme un mauvais présage, comme une épée de Damoclès. Le fait de ne plus avoir leurs règles, de ne plus fonctionner sur un mode cyclique va leur faire prendre "un coup de vieux". Elles se sentent vulnérables, sans force, elles pensent se flétrir, elles perdent un peu le désir de vivre en général et de sexualité en particulier. 

Accepter le temps qui passe
Nous ne sommes pas de grandes sages, capables d'accepter le passage du temps et de l’apprécier comme une source d’expérience. De mon temps, ça s’appelait pourtant "le retour d’âge".

La femme se trouve alertée par des inconvénients, des désagréments qui annoncent la fin de cette aventure de vie cyclique. 

Comme ces troubles sont mis sur le compte de la chute hormonale, toutes les raisons physiologiques de la médecine occidentale confirment cet état d’être. L’arrêt des règles consécutif à l’arrêt des sécrétions hormonales par les ovaires est la cause de tous les maux, les expliquent et les justifient tous.

On pense ainsi qu'il faut se résigner à la baisse ou la suppression du désir, à la sécheresse qui occasionne une grande fragilité des muqueuses vulvo-vaginales et aux troubles de l’humeur.  

Renaître à la vie, pour soi
La tradition de la médecine chinoise ne pense pas la même chose. Cette philosophie nous permet de considérer la ménopause comme un passage à une autre période de vie qui peut s’appeler aussi "un deuxième printemps".

Certes les menstruations s’arrêtent, la femme n’a plus ses règles, ne fonctionne plus sur le mode cyclique qui avait marqué sa période de fécondité et il est vrai qu’une fonction importante disparaît, il n’est plus possible pour elle de donner corps à la vie, d’enfanter, devenir mère. 

"Je ne sers plus à rien" ai-je souvent entendu dans mes consultations. Les enfants sont partis, la femme ménopausée n’a pas vu le coup venir, elle est désemparée. Sans s’en rendre compte, elle était identifiée pour une grande partie d’elle-même à cette fonction maternelle. Quand la mère disparaît, la femme disparaît à son tour, les deux fonctions étaient confondues.

C'est là je pense l’origine des troubles. Même si la femme n’est pas nostalgique de ne plus avoir ses règles, qu’elle admet consciemment ne plus pouvoir ni vouloir avoir d’enfants, sa mémoire cellulaire ne le sait pas. La domination du maternel est programmée en elle depuis des générations. 

Vivre une sexualité épanouie
L’allongement de l’espérance de vie nous oblige à penser différemment. Ce n’est pas parce que l’on ne peut plus être mère que l’on n’est plus une femme. 

Pour assurer cette période riche en expériences et en devoirs de transmission, il est important de se déprendre d’idées fausses, colportées de générations en générations, et que nous portons encore en nous. Osons découvrir et instaurer une nouvelle façon de vivre qui nous est plus adéquate et nous correspond. 

Je veux parler particulièrement d’une conscience curieuse et heureuse du vieillissement : savoir qu’il s’agit d’un processus qui se fait par étapes, combien il est important de briser les tabous qui planent encore sur la sexualité et la mort. La sexualité est un grand réservoir d’énergie de vie, qui ne se tarit pas à la ménopause et peut toujours être une source d’alimentation de notre équilibre. Penser la mort et savoir la considérer brise l’obscurantisme dont on n’est toujours pas sorti. 

Notre héritage en matière de sexualité est tout à fait catastrophique et l’interdit ancestral de la vivre et d’en jouir fait encore partie de notre mémoire cellulaire, à notre insu. Si on ne comprend pas ce décalage, on ne comprend pas pourquoi on n’arrive pas à vivre comme on le pense et le souhaite. C’est toute l’importance d’un travail sur soi pour restaurer une capacité de penser juste, d’être authentique pour être fidèle à soi-même. 

Rester femme, heureuse dans l'âge
Il s’agit d’oser vivre une vieillesse heureuse, intéressante, vivante, celle qui nous correspond et nous fait devenir de plus en plus nous même. Il est de notre responsabilité de mourir en paix et c’est vraiment important pour nos descendants.

La ménopause est une mutation, le passage d’un état à un autre où on s’agrandit à d’autres capacités, on devient quelqu’un d’autre tout en restant nous-même. 

C’est l’occasion de faire le point, le bilan. Où en sommes-nous ? Comment en sommes-nous arrivés là ? Quel est notre désir pour l’avenir ? Que désirons-nous vivre absolument ? Désirons-nous nous sentir sexuées et vivre notre sexualité ? Pouvons-nous donner un sens à ce que nous avons traversé ? A-t-on encore un but, une tâche à accomplir pour notre réalisation et pouvoir partir en paix ? 

Jusque là, la femme a beaucoup donné d’elle-même pour construire sa famille biologique ou spirituelle, souvent elle a été épouse, mère et a réalisé une vie professionnelle qui lui a fait prendre une place dans la société.

Il s’agit d’accepter ce qui nous arrive, de reconnaître ce qui se passe, d'apprendre à ne plus être tout à l’autre. C’est l’âge de la maturité, le recul nous permet plus de détachement, moins de vulnérabilité. Nous avons objectivement moins de forces, moins d’énergie et il va être question de savoir se respecter pour ne pas la dilapider inutilement. Il va falloir apprendre à renoncer sans que ce soit triste ! C’est un temps où on apprend à prendre du temps pour soi, à se retirer et à se recueillir.

L’acceptation, c’est le pivot du passage à une autre étape. Elle inaugure toujours le changement et nous permet déjà de mieux respirer. 

L'experte : Danièle Flaumenbaum est gynécologue acupunctrice et travaille sur les questions de psychanalyse transgénérationnelle. Elle est l'auteur de Femme désirée Femme désirante (Payot 2006) et Les Passeuses d'Histoires (Payot 2015)

 

>> Pour une lecture optimisée, retrouvez cet article dans votre magazine iPad d'avril 2015

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